«Le bonheur, une idée nécessaire à préserver»

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INTERVIEW - La première édition de la Journée internationale du bonheur s'est tenue le 20 mars dernier. Entretien avec M. A Nassir Abdulaziz Al-Nasser, Qatari, Haut-Représentant des Nations-unies pour l'Alliance des civilisations, ancien Président de l'Assemblée générale de l'ONU, à l'initiative du projet.

Le Figaro - Pouvez-vous nous dire ce qu'est la Journée internationale du bonheur?

M. A Nassir Abdulaziz Al-Nasser - D'abord, laissez-moi vous expliquer pourquoi cette Journée internationale du bonheur. Elle est une initiative qui vise à promouvoir le bonheur comme un objectif universel pour tous. Elle a été instaurée par une résolution adoptée le 20 juin 2012 par consensus à l'Assemblée générale des Nations-unies, durant mon mandat de Président de la 66e session de l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations-unies.

Maintenant, pour répondre précisément à votre question sur le pourquoi de la Journée du bonheur, je dirai simplement: pour que l'Humanité atteigne le bonheur global, l'équilibre nécessaire entre la famille et le travail doit être accompagné d'un développement social. «Le développement et le bien-être économique d'une famille joue un rôle irremplaçable pour le bonheur de ses membres, pour la paix et la cohésion sociale, pour la progression de l'éducation et de l'intégration sociale». Voilà quelle est ma vision telle qu'elle a été reconnue par l'Assemblée générale des Nations unies lorsqu'elle a adopté la résolution. Donc, préservons ce bonheur!

Cette initiative est également à mettre au crédit du Bhoutan, un petit royaume de l'Himalaya. Il est le seul pays, dans le Monde, à disposer depuis les années 70 d'un indice national du bonheur. Cet indice de développement innovant est construit autour de neuf grandes catégories: sentiment de bien-être, santé, éducation, emploi du temps, diversités culturelles, bonne gouvernance, vitalité des communautés, diversité écologique, niveau de vie. Le Bhoutan est un bon exemple de ce que pourrait être la Journée mondiale du bonheur.

Quel contenu donnez-vous à la journée internationale du bonheur?

Laissez-moi d'abord vous expliquer commune mon sentiment personnel sur le bonheur. Lorsque nous lisons des philosophes comme Platon, Aristote, Rousseau, Locke et beaucoup d'autres qui ont réfléchi sur le bonheur humain, nous constatons que chacun propose différents critères pour l'évaluer. Ainsi, lorsque Aristote met en avant la vertu comme base nécessaire du bonheur humain, Platon, lui, en affirmant que l'âme humaine est constituée de trois pôles: la raison, la volonté et le désir, est convaincu que le bonheur est atteint lorsque les trois parties de l'âme sont en équilibre. Nous voyons bien ainsi qu'il est difficile de trouver une définition unique du bonheur humain.

Alors, récemment, nous avons adopté une approche plus pragmatique, fondée sur de grandes enquêtes d'opinion. En 1999, avant d'adopter la Déclaration du Millénaire, les Nations-unies ont conduit le plus grand sondage jamais réalisé. Quelques 57.000 adultes de 60 pays ont été interrogés. A la question «qu'est-ce qui vous se préoccupe le plus dans la vie», les habitants de tous pays ont cité le plus souvent deux items: une bonne santé et une vie familiale heureuse.

En 2013, le critère dominant cité dans les enquêtes auprès des jeunes comme étant celui qui apporte le maximum de bonheur a été les bonnes relations au sein de sa famille. Ainsi, comme nous l'observons, la définition du bonheur, telle que la donnent les habitants de notre planète, n'a pas fondamentalement changée depuis plusieurs années! Alors, continuons à préserver ce bonheur!

D'un point de vue très personnel, je suis certain que chacun peut apporter le bonheur de manière très simple: en valorisant l'amitié et la famille, en apportant de la gaité sur son lieu de travail, en étant créatif, en s'ouvrant aux autres, en restant souriant, en disant bonjour à ceux que l'on croise. Peu à peu, le bonheur deviendra un objectif de vie très quotidien.

Les grandes religions du monde mettent, d'ailleurs, en avant cette même idée du bonheur très quotidienne. Dans la philosophie bouddhiste l'accent est mis sur le «karunâ» et le «bikku», qui renvoient à la solidarité et à la compassion. Ces concepts sont proches du «zakat», un des piliers de l'islam ou du «tsedeka» de la religion juive qui signifie également justice. Ces concepts ont la même résonnance que l' «amour» et la «charité» de la religion chrétienne. Ces concepts, aussi vieux que l'humanité, constituent les bases du bien-être de l'humanité, de la solidarité et du bonheur.

Ces concepts universels nous donnent des objectifs dans la vie, ils fondent la culture universelle ainsi que les huit Objectifs de Développement du Millénaire des Nations-unies, adoptés en 2001. Nous devons nous en emparer avec passion. Ils sont les principes de base pour des sociétés équitables, justes et heureuses!

Pensez-vous que, en cette période de crise économique profonde, la Journée du bonheur puisse concerner directement les habitants de notre planète?

Il faut bien que vous notiez la très grande attention portée, tant dans la Déclaration du Millénaire, signée par 191 chefs d'État ou de gouvernement, que dans des huit Objectifs de Développement du Millénaire, à la santé, aux besoins de base de la famille comme l'eau ou la nourriture, à l'éducation de base, à la lutte contre la mortalité infantile, à l'amélioration de la condition des femmes, à la disparition de l'extrême pauvreté. C'est en ces domaines que, pour 1 milliard d'êtres d'humains, débute le bonheur et c'est en ces matières que nous devons porter l'effort de notre travail collectif. En 2015, les huit Objectifs de Développement du Millénaire fixés par les Nations unies changeront de nom et deviendront les Objectifs de Développement Durable, afin de marquer que c'est là que le bonheur débutera pour des millions de personnes.

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