Le bon filon des enterrements de vie de célibataire

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Les offres commerciales se développent depuis quelques années pour répondre à une demande grandissante d'activités entre amis.

Il y a le mariage, pour lequel on est prêt à consentir des folies afin d'en faire «le plus beau jour de sa vie». Et il y a un autre événement, célébré quelques jours ou semaines plus tôt, et dont le marché est en plein boom: l'enterrement de vie de jeune fille ou de garçon. Depuis 5 à 6 ans, les offres commerciales fleurissent en France pour proposer de nombreuses activités habituellement partagées entre amis pendant une journée ou un week-end entier.

«Auparavant, l'enterrement de vie de jeune fille consistait à donner des gages débiles et rigolos à la mariée ou à lui offrir un strip-teaseur. Aujourd'hui, tout n'est pas tourné vers la mariée. Ce sont des activités collectives pour découvrir de nouvelles choses et passer un bon moment entre filles», explique David Ribet, un des responsables de la société Savoir Danser, spécialisée dans les cours de danse privés. Créée en 2008, l'entreprise a constaté «une demande en perpétuelle augmentation» pour les enterrements de vie de jeune fille qui représentent l'essentiel des cours proposés. L'année dernière, Savoir Danser a même lancé un site spécialisé, baptisé evjf-paris.com. Au programme: des cours de salsa, rock, zumba, danse bollywood ou orientale, mais aussi des «idées plus farfelues» demandées par les participantes comme une chorégraphie sur Big Bisou, la bande originale de Rabbi Jacob ou encore de Goldorak.

«Les filles sont plus traditionnelles que les garçons»

«Le marché s'empare de tous les phénomènes sociaux», constate Martine Segalen, sociologue et professeur émerite à Paris X Nanterre. L'enterrement de vie de célibataires est «un rite amical entre jeunes» pour «marquer la fin de la liberté sexuelle» mais les références hard et arrosées à la sexualité se sont attenuées. «Aujourd'hui, il recouvre des formes extrêmement différentes en fonction du budget», note-t-elle. Une journée, ou bien un week-end. Dans les deux cas, des formules clés en main sont apparues et mettent en avant leurs prix négociés et l'accès garanti à des activités ou à des clubs. Le site Céliba'Bye, créé en 2010 organise ainsi des journées à thème avec des activités en plein air. Lancé la même année, l'agence Crazy Voyages propose des week-ends en province ou à l'étranger.

Ce marché en plein essor est en fait composé de deux marchés: filles et garçons ont en effet des attentes différentes.«On a très vite compris que les filles représentaient un marché avec une offre spécifique, explique Aurélien Boudier, de cofondateur de Crazy Voyages. Créé par trois associés pour organiser les enterrements de vie de garçons de leurs amis, le site s'adressaient initialement à une clientèle masculine avant de proposer leurs services aux amies de la mariée . «Les filles sont plus traditionnelles que les garçons. Elles veulent des soins, des shootings photos alors que les garçons aiment les limousines, les tirs à la kalachnikovs, les voiliers privatisés pour prendre des cours de surf et les croisières sur le Danube avec des strip-tease», remarque Aurélien Boudier. Côté destinations, tous plébiscitent l'Espagne mais les groupes de filles, généralement moins nombreux, préfèrent les destinations moins lointaines, notamment en France, alors que les garçons apprécient les pays de l'Est.

«Il y a encore un fort potentiel d'augmentation»

Sur ce marché, les professionnels veulent croire à de belles perspectives. Crazy Voyages se félicite ainsi d'avoir fait voyagé 5000 personnes l'année dernière, contre 2000 la première année. Pour 2012, il espère même multiplier par deux le nombre de ses clients. De son côté, Savoir Danser a multiplié par cinq le nombre de cours donnés et a augmenté son recrutement de 20% par an mais admet subir une baisse de régime cette année, peut-être liée à la période électorale, s'interroge David Ribet.

Même optimisme chez Céliba'bye, qui note qu'«il y a très peu d'acteurs sur le marché». «Il y a encore un fort potentiel d'augmentation, ne serait-ce que par rapport aux pays anglophones: multipliez le nombre de mariages par le nombre de participants, entre 9 et 10 en moyenne», remarque Stéphane Bloch, chef de projet pour le site. Le mariage a beau perdre du terrain, environ 250.000 sont célébrés chaque année. Soit le double de vies de célibataires à enterrer...

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