Le bio creuse son sillon dans les vignes du Bordelais

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par Claude Canellas

BORDEAUX (Reuters) - La culture biologique fait son chemin dans le Bordelais avec une progression de l'ordre de 25% des surfaces entre 2010 et 2011, pour atteindre près de 7.274 hectares, soit 6,6% de la surface globale dans ce vignoble abonné aux crus prestigieux.

Selon Patrick Boudon, le président du Syndicat des vignerons bio d'Aquitaine, la progression est la même dans tous les vignobles de la région aquitaine (Bergerac, Buzet, Duras, Marmandais, Tursan, Madiran, Jurançon et Irouléguy), où 9.498 hectares de vignes étaient cultivées en bio fin 2011, dont près de 77% en Gironde, selon les dernières statistiques connues.

Les chiffres de l'Agence Bio, groupement d'intérêt public créé pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique, indiquent que 7.274 hectares étaient en bio dans le vignoble bordelais à la fin 2011, dont 4.444 en conversion.

"Il y a plusieurs raisons à ce développement, à commencer par la volonté des consommateurs d'aller vers des produits bio, une prise de conscience des vignerons. La crise économique joue aussi son rôle car, dans le Bordelais, si on sort des grandes appellations, la situation est très tendue et c'est une façon de valoriser son produit", indique Patrick Boudon.

La tendance s'est également amplifiée dans les grands crus, à l'image du château Guiraud, 1er grand cru en Sauternes, qui peut désormais faire figurer sur ses étiquettes le logo "AB" (agriculture biologique).

Si les Sauternes blancs liquoreux labellisés n'ont pas encore été commercialisés, les blancs secs 2011 l'ont été et permettent déjà à son propriétaire Xavier Planty d'en mesurer l'impact.

IMPACT AU NORD DE L'EUROPE

"J'ai tout de suite constaté un impact manifeste sur les pays du nord de l'Europe. Ça a permis d'ouvrir des marchés tels que la Norvège, l'Allemagne, la Suède, la Hollande. Cela dit, ce n'est pas tellement le logo qui fait la différence. Le challenge de l'agriculture biologique n'aura une valeur que si on fait des produits de haute valeur gustative", estime-t-il.

"Je suis confiant car déjà en primeurs on a eu beaucoup de succès", ajoute-t-il.

Si château Guiraud est un pionnier parmi les grands crus, le bio gagne aussi du terrain dans les grands vignobles.

"J'ai eu beaucoup de discussions avec certains d'entre eux au sein de l'Union des grands crus de Bordeaux. Ils ont tous envie, ils cherchent tous à faire mieux et déjà il y en a quelques-uns à Saint-Emilion qui vont passer en bio, et dans le Médoc certains font des essais", souligne Xavier Planty.

Les craintes anciennes de la viticulture traditionnelle sur les limites de la culture biologique tombent une à une.

A l'heure des vendanges, les viticulteurs bio sont confrontés aux effets d'une année atypique sur le plan climatique, avec des attaques de mildiou et une alternance de froid, des longues périodes de pluie et de sécheresse.

"C'est une année très éprouvante. Le mildiou a causé des dégâts chez les conventionnels mais surtout chez les bio, moins armés il est vrai pour lutter contre ce champignon, d'autant que souvent les gens manquent encore d'expérience", dit Patrick Boudon.

Xavier Planty estime pour sa part qu'il faut dix ans pour atteindre un niveau de connaissance suffisant pour tout maîtriser.

Dans le vignoble bordelais, la question environnementale avance au point que même dans le vignoble en culture traditionnelle le désherbage a souvent été abandonné et la filière organise la collecte des emballages vides de produits ?nologiques et d'hygiène.

Edité par Yves Clarisse

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