Le banditisme corse remis en lumière par l'affaire Nacer

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LE BANDITISME CORSE REMIS EN LUMIÈRE PAR L'AFFAIRE NACER
LE BANDITISME CORSE REMIS EN LUMIÈRE PAR L'AFFAIRE NACER

PARIS/AJACCIO (Reuters) - L'enquête sur le 17e meurtre de l'année en Corse, celui à Ajaccio du président de la Chambre de commerce Jacques Nacer, ramène la police vers la piste du grand banditisme insulaire, phénomène dont l'expansion semble échapper aux autorités.

Le tueur, mercredi, était seul, grimé et il est parti à pied après avoir abattu sa victime de trois balles. Il peut être vu pendant une quinzaine de secondes sur un enregistrement de vidéosurveillance de la rue et la police examine d'autres enregistrements, dit-on de source proche de l'enquête.

Trois pistes principales sont envisagées : un règlement de comptes lié à un dossier judiciaire de malversations financières ayant fait "tomber" le précédent président de la Chambre de commerce et d'industrie de Corse-du-Sud, un litige lié à la gestion de Jacques Nacer ou un dossier lié au club de football de Ligue 1 d'Ajaccio dont il était secrétaire général.

En toile de fond, se dessine l'hypothèse d'une sorte de guerre des gangs, mais la confusion règne. Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a pressé vendredi l'ancien dirigeant nationaliste corse Alain Orsoni, ami de Jacques Nacer, de "parler". C'est son quatrième ami assassiné en deux ans.

Président du club de football d'Ajaccio, Alain Orsoni a dit ne rien savoir des assassins, tout en se décrivant comme "condamné à mort" et "cible prioritaire".

Les statistiques inclinent au pessimisme sur la résolution de l'affaire. Les 16 meurtres précédents de 2012 n'ont pas trouvé de solution judiciaire, et les dizaines de dossiers liés au grand banditisme corse traités à la juridiction spécialisée de Marseille n'ont abouti qu'à une poignée de procès.

L'absence de sanction judiciaire n'encourage pas les témoins éventuels à se manifester, dans un territoire dont la population équivaut à celle d'un arrondissement de Paris, 300.000 habitants.

VERS L'APPARITION D'UNE "MAFIA" ?

Jeudi, Manuel Valls a appelé les Corses à parler. Les élus locaux brocardent cette idée d'une supposée "omerta" comme un cliché et renvoient l'Etat à sa responsabilité.

Il apparaît, selon des enquêtes de presse et des magistrats interrogés par Reuters, que l'action contre le crime et le terrorisme en Corse a été marquée par des failles.

Il ne s'agit pas seulement des amnisties accordées dans les années 1980 aux membres des groupes armés indépendantistes, ou au problème d'image de l'Etat posé par le passage à la préfecture de Corse de Bernard Bonnet en 1998-1999, écroué pour avoir ordonné l'incendie nocturne de restaurants de plage.

La criminalité, si prégnante dans l'actualité judiciaire qu'elle a inspiré une récente série télévisée, "Mafiosa", se heurte d'abord à la misère d'un appareil judiciaire français qui amène le Conseil de l'Europe à le classer dans les derniers rangs d'une quarantaine de pays sur le continent.

Le pôle financier installé en Corse dans les années 1990 n'a, faute de moyens, pas produit de résultats significatifs. Les moyens policiers font aussi défaut, selon les syndicats.

Le banditisme fait tache d'huile, au risque selon certains de dégénérer en "mafia", un phénomène différent par le fait qu'il ne coiffe plus seulement des activités illégales mais s'enracine dans l'économie et s'appuie sur la société civile.

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a d'ailleurs utilisé jeudi pour la première fois ce terme de "mafia".

CERCLES DE JEU

Un premier symptôme peut être vu dans les affaires de cercles de jeu parisiens, comme le Wagram, dont deux clans du banditisme corse se sont disputés le contrôle, le premier chassant l'autre manu militari, en une seule soirée, en 2008.

Cet établissement proche des Champs-Elysées était fréquenté par des personnalités, des acteurs - dont certains de la série "Mafiosa" - et des policiers. Bernard Squarcini, ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), a été entendu comme témoin en avril dans ce dossier en raison de ses liens avec une employée et un ex-responsable du Wagram.

Dans une autre affaire en cours instruite par le juge antiterroriste Gilbert Thiel, sont apparus des liens amicaux, familiaux, de policier à indicateur, ou le tout à la fois, entre de supposés truands et des agents de la DCRI.

Dans un entretien au Monde fin octobre, le juge Thiel, proche de la retraite, a souligné ce problème de renseignement, crucial en matière de lutte contre le crime organisé.

"Ma crainte, c'est que la police judiciaire soit à la remorque de la DCRI, qui trie ses informations selon des critères inconnus de tous. Quand une machine qui déploie beaucoup d'énergie n'a pas de résultats depuis quatre ans, c'est probablement qu'il faut repenser le système", disait-il.

Thierry Lévêque à Paris, Roger Nicoli à Ajaccio, édité par Gilles Trequesser

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  • patr.fav le vendredi 16 nov 2012 à 17:19

    peut-être que c'est le coté obscure de l'état qui est à l'origine des assasinats tous ces assasinats sont bizarre!!!!

  • LeRaleur le vendredi 16 nov 2012 à 17:12

    Corse = Sicile.