Le banditisme corse en lumière au procès visant un cercle de jeu

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OUVERTURE D'UN PROCÈS AUTOUR DU BANDITISME CORSE
OUVERTURE D'UN PROCÈS AUTOUR DU BANDITISME CORSE

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Le procès de dix membres et alliés présumés d'un clan de truands corses s'est ouvert lundi à Paris pour "association de malfaiteurs et extorsion" autour du cercle de jeu parisien Wagram, une affaire emblématique de ce phénomène criminel.

Prégnant depuis des décennies, le banditisme en Corse est revenu brutalement dans l'actualité avec l'assassinat de deux figures publiques, l'avocat Antoine Sollacaro mi-octobre et le président de la chambre de commerce d'Ajaccio Jacques Nacer un mois plus tard. Le gouvernement a promis d'agir.

L'épisode qui est jugé par le tribunal correctionnel de Paris donne une idée crue des moeurs des gangs corses.

Des écoutes téléphoniques menées en 2011 sur les membres d'un premier clan soupçonné d'exploiter le Wagram à des fins de blanchiment avaient permis aux policiers de vivre en direct le prise de contrôle de l'établissement par un clan rival.

Ce sont aujourd'hui les membres supposés de ce second clan qui comparaissent. Le Wagram est sous le coup d'une fermeture administrative et la justice poursuit l'enquête sur le premier clan "déposé" lors du putsch, où aurait officié Jean Testanière, proche de nombreuses personnalités parisiennes du show-business.

Les "victimes" du putsch, notamment Jean Testanière, ne sont pas parties civiles et ne se sont pas rendues à l'audience. Les supposés "assaillants" nient vigoureusement les faits et parlent de relations d'affaires. Ils n'ont pu s'exprimer eux-mêmes dans un première audience consacrée aux formalités.

"Il n'y a pas eu de sang, pas une victime même. Parce que les victimes, parlons-en. Ce sont des victimes bien étranges, ce sont des gens comme Jean Testanière qui sont tous mis en examen pour des faits autrement graves", a dit Me Francis Vuillemin, avocat d'Hervé Pacini, ancien banquier du cercle.

Il soutient qu'il n'a participé à aucune association de malfaiteurs et qu'il souhaitait simplement en 2011 reprendre sa place dans le monde des jeux où il a toujours travaillé. Les autres prévenus entendent aussi plaider la relaxe comme lui.

UNE INSTITUTION PARISIENNE

Le Wagram, proche des Champs-Elysées, était une véritable institution de la nuit de Paris avec plus de 1.000 m2 sur trois niveaux et 167 employés, prospérant sur la mode du poker.

Géré conjointement avec l'Eldo - 300 m2 et 96 employés - situé dans le IIIe arrondissement, il était selon l'accusation la cible du grand banditisme en raison de la facilité d'en sortir des espèces et d'y blanchir de l'argent.

Le contrôle de ces cercles par le gang bastiais de la "Brise de mer" a été troublé, raconte l'accusation, par l'assassinat de ses dirigeants présumés Richard Casanova en avril 2008 et Francis Guazzelli en novembre 2009, qui aurait provoqué une sorte de guerre de succession.

L'enjeu n'était pas mince puisqu'une dizaine d'associés du gang se partageaient alors, suivant l'enquête, 30.000 à 40.000 euros par mois chacun d'argent "noir" du Wagram et de l'Eldo. Le maintien de cette rente pour Sandra Germani, veuve de Richard Casanova, serait à l'origine du litige, a conclu l'instruction.

C'est dans ces conditions qu'est intervenu le coup de force du 19 janvier 2011 au cours duquel, selon les écoutes téléphoniques, un groupe d'hommes a pris la place manu militari des anciens gestionnaires du Wagram.

Le trésorier "sortant" Jean-François Rossi affirme avoir été menacé de décapitation et avoir donc accepté de partir.

Une heure plus tard, les responsables de l'Eldo étaient priés de déguerpir sur-le-champ.

Parmi les présumés "putschistes" figure un ancien employé du Wagram devenu acteur, Frédéric Graziani, qui a notamment joué dans la série télévisée "Mafiosa", mettant en scène un gang corse dirigé par une femme et dans laquelle une scène similaire à celle du putsch a été tournée. Il nie les faits.

Le procès se prolonge jusqu'au 21 décembre.

Edité par Yves Clarisse

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  • mlaure13 le mercredi 5 déc 2012 à 18:08

    La police (spécialisée) a bien montée son coup...elle a du en faire des "dossiers" sur tout le "beau monde" qui fréquentait cet établissement...une mine d'or !!!...