Laurent Labit : " On s'attache surtout à travailler sur nous "

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Leader du Top 14 avant de se rendre à Montpellier samedi, le co-entraîneur du Racing 92 Laurent Labit revient sur le changement de philosophie de son équipe, qui se concentre désormais plus sur son propre jeu que sur celui de l'adversaire.

Laurent Labit, vous avez revu le derby, quels enseignements en avez-vous tiré ?
Ce qui nous a plu, c’est le caractère de notre équipe et les capacités qu’on a eues à mettre le Stade Français en difficulté tout au long du match. Ce qui nous a déplu, c’est notre entame de match, où on a été trop attentistes, on a trop subi et on a trop laissé l’initiative au Stade Français. On savait bien que c’est une équipe qui aime démarrer les matchs pied au plancher, encore plus dans la situation dans laquelle ils étaient, et on a été trop passif sur les 15-20 premières minutes. Ensuite, on a su rectifier le tir, maîtriser le ballon et le match. Dans la situation où était le Stade Français, plus le match avançait, plus ils doutaient. A l’heure de jeu, l’indiscipline est arrivée et ça a fait basculer le match. Avec le calendrier qui nous attend, on ne pourra pas se permettre de démarrer le match après 15 ou 20 minutes, et surtout avec un déficit de 13 ou 15 points, quasiment cadeaux, comme ça a été le cas depuis trois week-ends.

Avez-vous revu vos objectifs à la hausse par rapport au début de saison ?
L’objectif, il est la qualification sur les deux compétitions. En championnat, le programme s’annonce très relevé. On va récupérer un maximum de joueurs dès la semaine prochaine, en espérant ne pas avoir de pépins. Si on peut s’éviter un match de barrage, ce serait une bonne chose, si on pouvait recevoir un match de barrage, ce serait une bonne chose. Après, on aura la Coupe d’Europe à gérer, qui est aujourd’hui l’objectif le plus important pour nous. Si on va en demies ou en finale, on sait qu’on va laisser de l’énergie, mais on sait aussi qu’avec l’équipe qu’on a, même si on finissait cinquième ou sixième du championnat, on peut aller gagner partout en barrages ou en demi-finales.

Avez-vous la volonté de densifier votre pack pour le match face à Montpellier et ses nombreux Sud-Africains samedi ?
Bien sûr qu’on tient compte des qualités et des défauts de nos adversaires, mais on s’attache surtout à travailler sur nous, et c’est un changement de philosophie qu’on a adopté avec Laurent (Travers). Ce qui nous intéresse, c’est ce qu’on est capable de produire contre n’importe quelle équipe, et avec n’importe quelle physionomie d’équipe. Montpellier est une équipe puissante et très dense, mais on va essayer de mettre notre jeu en place.

A Clermont, en décembre, vous aviez fait tourner et ça avait marché. Espérez-vous le même scénario samedi, alors que vous êtes privé de vos internationaux et que Dan Carter et Brice Dulin sont laissés au repos ?
Pour nous, c’est un match important. Pour les joueurs qui jouent moins, pour les jeunes, c’est une possibilité de se montrer. Si on peut se comporter comme à Clermont le 27 décembre, évidemment qu’on ne s’en privera pas, même si on sait que Montpellier fait partie des équipes en forme du moment.

« On s’est un petit peu trompé dans le jeu qu’on voulait faire avant »

Cette volonté de changer de philosophie est-elle intervenue à partir de la défaite à la dernière minute contre les Saracens en quarts de finale de Champions Cup l’an passé ?
On l’a vu pendant la Coupe du monde, ou pendant les gros matchs. C’est l’évolution du rugby. Il faut passer un peu plus de temps sur notre animation offensive, sur ce qu’on est capable de faire. Bien sûr, les phases de conquête sont toujours importantes, mais on voit bien aujourd’hui que le jeu démarre surtout après les turnovers, les mauvais jeux au pied, les ballons récupérés dans le jeu, les relances... Donc on préfère se concentrer là-dessus, plutôt que sur le fait d’avoir une très bonne défense.

La venue de Dan Carter a-t-elle facilité ce changement ?
Non, c’est la même chose pour tous les joueurs. La seule différence, c’est qu’avec un joueur du niveau de Dan, les choses vont plus vites et, forcément, c’est plus facile. Mais les autres joueurs à ce poste-là, que ce soit (Johan) Goosen, on l’a vu samedi, où (Rémi) Talès, ou (Benjamin) Dambielle, sont capables aussi de le faire si on décide d’orienter le jeu sur nous.

Avec Jonathan Sexton, qui était souvent blessé, c’était moins facile d’imposer son jeu sur la durée ?
On s’est un petit peu trompé dans le jeu qu’on voulait faire avant. Un jeu qui était vraiment, je ne vais pas dire stéréotypé, mais avec des principes, des systèmes, on voulait que tout soit programmé. Alors que là, aujourd’hui, que ce soit avec Dan (Carter), Talo (Talès), Dambi (Dambielle) ou Goos (Goosen), on est plus sur la capacité à s’adapter si la situation n’arrive pas comme elle était prévue. On a un jeu plus sur l’adaptabilité que les Anglo-Saxons, qui ont un principe et qui n’en changent pas.

Un mot sur Serge Kampf, décédé ce mardi ?
C’était quelqu’un à part dans le rugby, un amoureux du rugby, qui a donné de son temps et beaucoup de son argent, pour simplement avoir en retour la passion des hommes et du rugby. C’est une grande tristesse. C’était un grand privilège de l’avoir côtoyé au sein des Barbarians. Aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui investissent, mais avec quelque chose derrière, pour en retirer de l’image, ce qui n’était pas son cas. C’était quelqu’un qui ne se mettait jamais en avant, comme Pierre Fabre que j’ai connu à Castres.

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