Laurence Parisot joue son va-tout dans la bataille du Medef

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LAURENCE PARISOT JOUE SON VA-TOUT DANS LA BATAILLE DU MEDEF
LAURENCE PARISOT JOUE SON VA-TOUT DANS LA BATAILLE DU MEDEF

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Désireuse de rester à la tête du Medef mais isolée, Laurence Parisot joue son va-tout jeudi matin au Conseil exécutif de l'organisation patronale, appelé à se prononcer sur une réforme statutaire qui lui permettrait de briguer un troisième mandat.

De plus en plus contestée dans l'organisation et cible d'une vigoureuse campagne des opposants à ce changement de statuts, dont les quatre candidats déclarés à sa succession, la "patronne des patrons" paraît désormais elle-même en proie au doute.

"Je serai très attentive à une chose essentielle", a-t-elle dit mercredi sur RTL : "Est-ce qu'il y a quelqu'un qui porte sérieusement (...) à la fois les valeurs entrepreneuriales mais aussi les valeurs de démocratie sociale, des valeurs de recherche de compromis ?"

Elle déclarait déjà lundi aux Echos ne vouloir prendre de "décision définitive" sur son éventuelle candidature qu'après l'adoption de nouveaux statuts - ce qui passe par un vote à la majorité des deux tiers en Assemblée générale extraordinaire et paraît de plus en plus hypothétique.

Selon les statuts actuels, le président du Medef est élu pour cinq ans, un mandat renouvelable une seule fois pour trois ans. Elue en 2005 et reconduite en 2010, Laurence Parisot devrait donc céder la place le 1er juillet.

Mais en janvier, après la conclusion avec trois syndicats d'un accord sur la réforme du marché du travail aujourd'hui transposé dans un projet de loi, elle a annoncé à la surprise générale sa volonté de prolonger son bail. Tollé immédiat.

"Quand Laurence Parisot s'est représentée en 2010, c'était pour un dernier mandat de trois ans. C'est pourquoi il n'y avait pas eu de candidat en face d'elle", explique Charles Beigbeder, personnalité qualifiée membre du Conseil exécutif. "Changer les règles maintenant aurait quelque chose d'immoral."

JUSQU'AU BOUT ?

La présidente du Medef a gagné une première bataille le 18 mars, avec la décision d'un comité des "sages" de sept membres, de recommander que le mandat de cinq ans soit la norme et qu'il n'y ait plus de limite à son renouvellement.

Mais la suite s'annonce des plus incertaines pour Laurence Parisot, dont plusieurs proches ont rejoint les rangs de ses opposants et qui a vu s'élever contre cette réforme statutaire les fédérations les plus puissantes du Medef.

Ses opposants, qui dénoncent un changement de règles du jeu pour convenance personnelle à quelques mois du scrutin, ont obtenu que les 45 membres du Conseil exécutif votent à bulletin secret, ce dont elle ne voulait pas initialement.

Des présidents de fédérations, membres du conseil exécutif et rivaux de Laurence Parisot interrogés par Reuters jugent probable une mise en minorité de la présidente du Medef jeudi.

"Je pense que ça sera serré mais que ça ne passera pas", dit ainsi Geoffroy Roux de Bézieux, un candidat à sa succession.

Jean-Claude Volot, lui aussi sur les rangs, n'exclut pas qu'elle trouve une "astuce statutaire" pour soumettre malgré tout son projet de réforme aux 561 membres de l'assemblée générale dotés du droit de vote, convoqués le 16 avril pour approuver les comptes de l'organisation patronale.

L'astuce résiderait dans l'article 6 des statuts du Medef selon lequel elle peut, si elle "l'estime nécessaire", convoquer l'assemblée générale après avis du conseil exécutif.

Mais si elle passe outre un vote négatif du conseil exécutif, "ça sera un massacre à l'assemblée générale", prédit Charles Beigbeder. "C'est une autocrate et les autocrates sont suicidaires quand ils sont dans la phase de perte de pouvoir", renchérit Jean-Claude Volot.

TROP POLITIQUE ?

Les détracteurs de Laurence Parisot déplorent que sa bataille "personnelle" détourne l'organisation patronale de ses missions de défense des entreprises au moment où elles en ont le plus besoin en raison de la crise.

"Mme Parisot est en train de mettre à mal l'image de notre mouvement et, au-delà, des entreprises et des entrepreneurs", déclarait ainsi mardi dans Les Echos un autre candidat à la présidence du Medef, Pierre Gattaz.

Beaucoup la jugent trop politique et pas assez attentive aux besoins des entreprises. Certains, peu suspects de sympathie pour la gauche, lui reprochent sa proximité avec l'ex-président UMP de la République Nicolas Sarkozy.

"Elle l'a clairement soutenu pendant la dernière campagne présidentielle. Elle n'est pas la mieux placée pour discuter avec un gouvernement de gauche", confie ainsi à Reuters un dirigeant régional du Medef.

Laurence Parisot se défend en brandissant l'épouvantail d'un Medef "de combat" dont seraient partisans selon elle ses rivaux.

"Il ne faut surtout pas favoriser les antagonismes comme certains voudraient le faire car ce serait la porte ouverte au pire, c'est-à-dire au populisme", disait-elle encore mercredi.

Si Pierre Gattaz dit assumer "parfaitement" l'idée d'un "Medef de combat", Geoffroy Roux de Bézieux, dénonce pour sa part ce qui n'est à ses yeux que rhétorique de campagne :

"Je n'ai jamais prononcé ces mots-là. Je n'ai jamais décrit une vision du Medef qui serait dans un affrontement systématique contre toutes les propositions du gouvernement", dit-il.

Les grandes fédérations du Medef ont déjà programmé l'audition des candidats à la succession de Laurence Parisot.

Pour la puissante Union des métiers de l'industrie et de la métallurgie (UIMM), qui est traditionnellement un des faiseurs de roi du patronat, ce sera le 18 avril.

Avec Chine Labbé, édité par Yves Clarisse

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