Lancement du chantier d'une centrale géothermique en Alsace

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par Gilbert Reilhac

RITTERSHOFFEN, Bas-Rhin (Reuters) - Le chantier de la future centrale géothermique qui alimentera en chaleur une usine alsacienne en mettant à profit les températures élevées à des profondeurs modérées dans le bassin rhénan, a été inauguré lundi à Rittershoffen (Bas-Rhin).

Présenté comme une première mondiale, s'agissant de géothermie profonde, elle devrait fournir, dès 2015, 24 mégawatts thermiques 24 heures sur 24, pendant au moins vingt ans, à l'usine Roquette Frères, un groupe industriel spécialisé dans la transformation des céréales.

Cela représente 30% des besoins de chaleur du site, l'équivalent annuel de 16.000 tonnes de pétrole et un gain pour l'environnement de 39.000 tonnes de CO2 par an.

"C'est une première plein de suspense. Est-ce qu'on va trouver de l'eau ? Est-ce que sa température sera suffisamment élevée ? Est-ce que le débit sera suffisant ?", a déclaré Fabrice Gourdellier, président de la société exploitante, Ecogi (Exploitation de la chaleur d'origine géothermale pour l'industrie).

Electricité de Strasbourg (filiale d'EDF), Roquette Frères et la Caisse des dépôts et consignations, les trois actionnaires d'Ecogi, ne partent pas pour autant à l'aventure.

Ecogi bénéficie des 20 années de recherches sur la géothermie profonde menées par EDF, Electricité de Strasbourg et des électriciens allemands à Soultz-sous-Forêt, situé à quelques kilomètres de là.

Une "anomalie" géologique du bassin rhénan, caractérisée par des températures élevées à des profondeurs relativement faibles (50 degrés à 400 mètres, 200 à 5.000 mètres) ont permis d'y mettre en service, en 2008, une centrale électrique expérimentale d'1,5 MGW.

PARI SUR L'AVENIR

Sur les deux hectares du site de Rittershoffen, situés en bord de route au milieu des champs, le mât de forage de 45 mètres de haut creuse depuis un mois un premier puits dont le diamètre de 47 centimètres au sommet se réduira à 20 centimètre en bas, à 2.500 mètres.

C'est à cette profondeur que les géologues pensent trouver, dans une roche naturellement fracturée, une eau à 180 degrés offrant un débit de 230 m3/h qui validera le projet.

Il s'agira alors, dès l'an prochain, de creuser un deuxième puits pour réaliser une boucle de convection de l'eau et passer à la construction de la centrale proprement dite.

Un échangeur y transférera la chaleur de l'eau du circuit géothermique primaire, saturée de sel, à la boucle d'eau douce secondaire qui alimentera l'usine, à 15 kilomètres de là, via une canalisation enterrée et calorifugée.

L'eau y passera de 160 à 70 ou 75 degrés après valorisation de sa chaleur par les différentes installations : amidonneries, glucoserie, éthanolerie et autres ateliers de transformation.

Le circuit secondaire de 30 kilomètres représente à lui seul plus du tiers de l'investissement, soit 17 millions sur un total de 45.

Le projet, qui s'inscrit dans les objectifs de développement de l'énergie géothermique définis par le Grenelle de l'environnement, bénéficie d'une subvention de 25 millions d'euros de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Celle-ci garantit également à hauteur de 90% le risque financier, avec la région Alsace et la Caisse des dépôts.

Quant au prix de revient prévisionnel de cette énergie future, il reste confidentiel mais compétitif, assure-t-on chez Roquette, un groupe qui affiche un chiffre d'affaires de 3 milliards d'euros.

"On fait un pari sur l'avenir en fonction de l'évolution attendue des prix du gaz et du CO2", a dit à Reuters Clément Robert, directeur de l'usine de Beinheim.

Yves Clarisse

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