Lacoste a peu de chances d'échapper au suisse Maus

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par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - Après l'accord signé entre Michel Lacoste et le groupe suisse Maus Frères, les chances sont minces de voir la société Lacoste, un des fleurons du prêt-à-porter français, échapper au contrôle du groupe helvétique.

Maus, déjà actionnaire à 35% de la célèbre marque au crocodile et propriétaire de Devanlay, principal licencié de Lacoste, a annoncé vendredi dernier avoir signé un accord avec Michel Lacoste et ses alliés familiaux pour leur racheter leur participation de 30,3%.

Cette offre, qui valorise l'entreprise entre 1,0 et 1,25 milliard d'euros, est valable jusqu'au 12 novembre au soir.

Elle est également proposée aux autres actionnaires familiaux (28,3% du capital), menés par Sophie Lacoste-Dournel, qui a pris la présidence de l'entreprise le 24 septembre et succédé à son père Michel dans des circonstances houleuses et contestées par ce dernier.

Après avoir accusé sa fille de faire le jeu du groupe suisse, Michel Lacoste, fils du fondateur René Lacoste, a fait brusquement volte-face et proposé sa participation au groupe helvétique.

Il a expliqué dans une interview au Journal du Dimanche "ne pas vouloir mettre en péril l'avenir de Lacoste" et qu'une cession était "la meilleure façon de soutenir la marque".

Alors que l'ensemble des actionnaires familiaux étaient liés par un pacte leur accordant un droit de préemption sur toute action cédée, Michel Lacoste, qui conteste à sa fille Sophie la présidence de l'entreprise, a signé un accord avec Maus Frères aux termes duquel il s'interdit, ainsi que ses alliés familiaux, de vendre ses actions aux autres membres de la famille si ces derniers souhaitent exercer leur droit de préemption.

"Sophie Lacoste et ses alliés ont en quelque sorte été piégés", dit-on dans l'entourage de la présidente de la société.

On ajoute de même source que "toutes les options sont envisagées", dont une contre-attaque en justice, tout en ajoutant que "les chances d'aboutir sont très incertaines".

Pour sa part, Michel Lacoste peut aussi choisir de dénoncer le pacte d'actionnaires, donc les droits de préemption, ce qui ne garantirait plus le même prix de rachat à Sophie Lacoste et ses alliés, qui comptent notamment son frère Philippe et sa cousine Corinne.

Entré au capital de Lacoste en 1998 en rachetant la société Devanlay, le groupe Maus, propriétaire des marques de prêt-à-porter Aigle et Gant, avait déjà voulu racheter la participation familiale lors de l'éclosion d'un premier conflit entre Michel Lacoste et son fils Philippe.

Créée en 1933 par le champion de tennis René Lacoste, la société et ses emblématiques polos frappés du crocodile a réalisé en 2011 un chiffre d'affaires de 1,6 milliard d'euros.

Cantonnée aux vêtements décontractés et classiques, la marque a fait l'objet, depuis deux ans, d'une importante relance sous la houlette de Jose Luis Duran, ancien PDG de Carrefour remercié par les grands actionnaires du distributeur et nommé directeur général de Devanlay en 2009. Elle a notamment recruté le styliste Felipe Oliveira Baptista, venu lui apporter un nouveau souffle créatif, et lancé un important programme d'ouvertures de magasins, à Paris, New York ou Londres.

Edité par Jean-Michel Bélot

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