La zone tampon en Syrie voulue par Ankara rencontre peu d'écho

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LA ZONE TAMPON EN SYRIE VOULUE PAR ANKARA RENCONTRE PEU D'ÉCHO
LA ZONE TAMPON EN SYRIE VOULUE PAR ANKARA RENCONTRE PEU D'ÉCHO

par Jonathon Burch et Dominic Evans

ANKARA/BEYROUTH (Reuters) - Confrontée à un afflux croissant de réfugiés, la Turquie a exhorté mercredi les Nations unies à instaurer en Syrie une zone tampon en mesure d'abriter les civils fuyant les combats, une proposition jugée irréaliste par Bachar al Assad.

Ankara redoute de voir se reproduire une situation similaire à celle de la première guerre du Golfe lorsqu'un demi-million de Kurdes irakiens avaient fui leur pays en 1991 pour s'installer sur son territoire.

"Nous nous attendons à ce que les Nations unies s'engagent sur la question de la protection des réfugiés à l'intérieur de la Syrie et si possible de leur accueil dans des camps (en Syrie)", a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, lors d'une conférence de presse à Ankara.

"Quand on parle en terme de centaines de milliers, il ne s'agit plus d'un problème de conflit interne à un pays mais cela devient un grave problème international", a-t-il ajouté.

La Turquie s'est entretenue à ce sujet avec le Haut Commissaire de l'Onu pour les réfugiés, Antonio Guterres, et la responsable des opérations humanitaires de l'Onu, Valerie Amos, a-t-il précisé.

La France a apporté son soutien à cette initiative alors que le HCR estime que 200.000 personnes pourraient franchir la frontière turque en cas d'aggravation du conflit.

En revanche, les Etats-Unis et les autres pays occidentaux se montrent peu enthousiastes à l'idée d'instaurer une zone d'exclusion aérienne indispensable pour assurer la protection de des civils déplacés en Syrie.

La crise humanitaire syrienne doit être discutée jeudi lors d'une réunion de Conseil de sécurité de l'Onu mais elle ne devrait déboucher sur aucune mesure concrète, les Etats-Unis seront absents et la Russie pourrait aussi se tenir à l'écart.

Ahmet Davutoglu sera présent jeudi à New York pour présenter la proposition de son pays où plus de 80.000 personnes ont déjà trouvé refuge avec un afflux estimé à plus de 5.000 réfugiés par jour au cours de deux dernières semaines.

ASSAD RESTE INTRANSIGEANT

La France, qui assure la présidence tournante du Conseil e sécurité jusqu'à la fin du mois, espère malgré tout apporter quelques solutions et surtout relancer un processus diplomatique au point mort.

"Cela pose évidemment des problèmes considérables", a commenté le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui présidera la réunion. "Il faut que, comme le droit international le prévoit, il y ait un accès humanitaire au sein de la Syrie et il faut s'occuper de façon très active de ces réfugiés dont le nombre augmente au fur et à mesure que le clan de Bachar al Assad continue ses exactions", a-t-il poursuivi.

Cette paralysie de la communauté internationale favorise Bachar al Assad, qui a promis de réprimer la rébellion par tous les moyens.

Apparaissant pour la première fois en public depuis l'attentat à la bombe qui a coûté la vie à quatre hauts responsables des services de sécurité le 18 juillet, Assad a balayé l'idée d'une intervention internationale.

"Je pense que les discussions autour d'une zone tampon ne sont pas réalistes, même pour les pays hostiles à la Syrie", a déclaré Assad dans une interview à la chaîne syrienne Addounia, précisant qu'il s'exprimait depuis le palais présidentiel à Damas.

"Nous sommes engagés dans une bataille régionale et mondiale et cela prend du temps pour la résoudre. Mais je peux dire que nous faisons des progrès et que la situation est concrètement meilleure. Même si elle n'est pas résolue", a commenté le dirigeant syrien.

DIVISIONS DE L'OPPOSITION

Selon les opposants, les troupes gouvernementales ont massacré des centaines de personnes à Daraya, près de Damas, lors d'une offensive pour reprendre le contrôle des environs de la capitale.

Les rebelles ont annoncé avoir mené, mercredi, une attaque contre l'aéroport de Taftanaz, à 40 km au sud-est d'Alep, afin d'empêcher de nouveaux raids aériens.

Malgré une riposte de l'artillerie syrienne, les insurgés affirment avoir détruit plusieurs hélicoptères et avoir touché un bâtiment.

La principale faiblesse de l'opposition syrienne tient à ses divisions persistantes et profondes, illustrées mardi par la démission de Basma Kodmani du Conseil national syrien (CNS) qu'elle accuse d'avoir perdu sa crédibilité à l'étranger et la confiance parmi les Syriens.

C'est en ce sens qu'a plaidé Laurent Fabius pour la formation d'un gouvernement uni de transition reconnaissant et respectant les autres communautés alaouite et chrétienne.

De son côté, l'Iran qui demeure un allié fidèle de Damas, a annoncé vouloir présenter un projet de cessez-le-feu et de négociations de réconciliation lors du sommet du Mouvement des non-alignés à Téhéran.

Jonathon Burch et Tulay Karadeniz, Marine Pennetier et Pierre Serisier pour le service français

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