La zone euro retombe en déflation, pression accrue sur la BCE

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LES PRIX À LA CONSOMMATION RECULENT DANS LA ZONE EURO
LES PRIX À LA CONSOMMATION RECULENT DANS LA ZONE EURO

par Francesco Guarascio et Balazs Koranyi

BRUXELLES (Reuters) - L'inflation dans la zone euro a baissé plus vite que prévu en février pour retomber en territoire négatif, montre lundi la première estimation d'Eurostat, qui devrait renforcer la pression en faveur d'un nouvel assouplissement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) la semaine prochaine.

Les prix à la consommation ont baissé de 0,2% en rythme annuel dans les 19 pays de la zone euro, après avoir progressé de 0,3% en janvier, a précisé l'office statistique de l'Union européenne. Il s'agit de la première inflation négative depuis le mois de septembre, lorsque le taux était tombé à -0,1%.

Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne un taux d'inflation à zéro sur un an.

Associée à la faiblesse de la confiance et de l'activité, cette mauvaise surprise sur le plan de l'inflation suggère que la timide croissance dans la zone euro ralentit encore, renforçant la nécessité de mesures de soutien pour relancer la croissance.

"La déflation serait un désastre pour la zone euro car elle augmenterait le poids déjà élevé de la dette", dit l'économiste de Nordea, Holger Sandte. "C'est pourquoi la BCE va continuer à assouplir de façon significative sa politique monétaire."

"Mais quelle que soit la décision de la BCE à sa réunion du 10 mars, l'inflation devrait stagner autour de zéro dans les prochains mois avant de repartir à la hausse -- à condition que les prix du pétrole se comportent bien", ajoute-t-il.

L'euro est tombé à un creux de quatre semaines, de 1,0896 dollar, et le taux de rendement du Bund allemand à 10 ans, l'obligation de référence en Europe, à un plus bas de dix mois après la publication de l'estimation rapide d'Eurostat.

EFFET D'ENTRAÎNEMENT DU PÉTROLE

Plus alarmant encore, l'inflation de base, hors énergie et produits alimentaires frais, un indicateur suivi de près par la BCE, a également baissé plus rapidement que prévu, à +0,8% après +1,0% en janvier.

Cela semble montrer que la baisse du coût de l'énergie se répercute sur les prix des autres biens et sur ceux des services, créant un effet d'entraînement qui pourrait prolonger la phase d'inflation faible et plonger la zone dans une déflation durable.

Le consensus Reuters prévoyait un taux de +0,9% pour cette mesure de l'inflation.

De fait, le gouverneur de la Banque de France Villeroy de Galhau a averti dimanche que la BCE pourrait injecter plus de liquidités dans le système financier de la zone euro, expliquant que la faiblesse des cours du pétrole risquait d'avoir un impact négatif à long terme sur les économies de la région.

Les prix de l'énergie ont diminué de 8,0% sur un an en février, leur plus net repli depuis le mois d'octobre, nettement supérieur à la baisse de 5,4% enregistrée au mois de janvier.

Les prix des produits alimentaires, de l'alcool et du tabac ont augmenté de 0,7% après 1,0% en janvier. La décélération du mouvement de hausse de ce sous-indice a commencé en novembre.

Le sentiment économique en zone euro s'est encore détérioré en février, selon les données de la Commission européenne publiées la semaine dernière, avec une confiance du consommateur en baisse, ce qui augure mal des futures dépenses des ménages.

Les ministres des Finances du G20 réunis à Shanghai vendredi et samedi ont convenu d'utiliser "tous les instruments de politique" - monétaires, budgétaires et structurels - individuellement et collectivement" pour sortir l'économie mondiale de sa torpeur, sans pour autant annoncer de mesures concrètes.

Tous ces éléments plaident en faveur de nouvelles mesures de la BCE, qui réunit son conseil des gouverneurs le 10 mars.

"Les données en matière d'inflation exercent une pression supplémentaire sur eux pour faire quelque chose. Malheureusement, le nombre d'instruments disponibles n'augmente pas", note David Kohl, économiste chez Julius Baer.

"La BCE peut-elle y faire quelque chose? Pas trop ou en tout cas probablement pas", ajoute-t-il, en référence à l'éventail limité d'instruments encore à la disposition de la BCE, après la baisse des taux en territoire négatif et le programme massif de rachats d'actifs pour injecter des liquidités dans l'économie.

Selon les économistes, la BCE devrait abaisser de 10 points de base son taux de dépôt, à -0,4%, lors de sa prochaine réunion et élargir son programme de rachat d'actifs actuellement qui porte actuellement sur 60 milliards d'euros par mois. Elle a déjà annoncé qu'elle abaisserait ses prévisions d'inflation.

(Juliette Rouillon pour le service français, édité par Véronique Tison)

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