La zone euro reste en récession, l'Allemagne y échappe

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LA CROISSANCE ALLEMANDE
LA CROISSANCE ALLEMANDE

BRUXELLES (Reuters) - L'Allemagne a renoué avec la croissance au premier trimestre mais pas suffisamment pour éviter à la zone euro un sixième trimestre consécutif de contraction alors que la France a rechuté en récession.

Le zone euro, qui réunit les dix-sept pays partageant la monnaie unique européenne, subit ainsi sa plus longue récession depuis le début du suivi statistique du bloc.

Le rythme de contraction de l'activité s'est toutefois réduit avec un recul du produit intérieur brut de 0,2% sur les trois premiers mois de l'année après -0,6% au quatrième trimestre 2012. Les économistes interrogés par Reuters s'attendaient en moyenne à une contraction de 0,1% de l'activité au premier trimestre.

"La misère continue", a commenté Carsten Brzeski, économiste à la banque ING. "Pratiquement tous les pays (de la zone) sauf l'Allemagne sont en récession et jusqu'à présent rien ne semble avoir permis de stopper cette spirale baissière."

L'économie s'est contractée en France mais aussi aux Pays-Bas, en Finlande et toujours en Italie, au Portugal, en Grèce et à Chypre. L'économie espagnole a enregistré un septième trimestre consécutif de contraction sur les trois premiers mois de cette année, selon des données publiées le mois dernier.

L'Allemagne, qui représente près d'un tiers de l'économie de la zone euro, a enregistré une croissance plus faible que prévu de 0,1% seulement, évitant la récession dans laquelle la France a replongé.

Le produit intérieur brut (PIB) de la France s'est contracté de 0,2% sur les trois premiers mois de 2013 après avoir déjà enregistré un recul d'une ampleur similaire au dernier trimestre 2012, rechutant en récession quatre ans après celle de 2008-2009, au plus fort de la crise financière.

L'économie italienne, la troisième de la zone euro par la taille, a connu un septième trimestre consécutif de contraction, une série sans précédent depuis le début des statistiques trimestrielles en 1970.

La contraction de l'activité au sein de la zone euro est désormais plus longue que la récession de quatre mois qui avait suivi l'éclatement de la crise financière en 2008-2009 mais son intensité est moindre.

L'euro a touché un plus bas de six semaines contre la devise américaine, pénalisé par les anticipations d'un nouvel assouplissement de la politique monétaire par la Banque centrale européenne (BCE) en réponse à l'affaiblissement de l'activité.

La BCE a abaissé ses taux directeurs à de nouveaux plus bas au début du mois et son président Mario Draghi s'est dit prêt à agir de nouveau en cas de dégradation de la situation économique.

Les dirigeants de l'UE qui doivent se réunir pour un Conseil européen la semaine prochaine à Bruxelles ont pris leur distance avec les politiques d'austérité qui ont dominé la réponse à la crise de la dette depuis 2009.

Il est toutefois peu probable qu'un nouvel assouplissement de la politique monétaire et une moindre austérité suffisent à sortir les économies de la zone euro de l'engrenage récessionniste.

"Une éventuelle reprise sera affreusement lente", prévient Nick Koumis, responsable de la recherche économique chez ABN AMRO.

DIVERGENCE FRANCO-ALLEMANDE

L'économie de la zone euro pourrait renouer avec la croissance au second semestre voire même dès le deuxième trimestre, selon une enquête Reuters auprès de 65 économistes publiée mardi. Ils ne s'attendent toutefois pas à une franche reprise de l'activité avant au moins 2015.

L'écart de performance entre les économies française et allemande est resté limité au premier trimestre mais les observateurs s'attendent à une divergence croissante qui risque d'aviver les tensions entre Paris et Berlin sur l'arbitrage entre croissance et rigueur budgétaire.

L'Allemagne peinera toutefois à repartir en solitaire. Pour Thomas Gitzel, économiste chez VP Bank, l'économie allemande connaîtra une accélération de l'activité au deuxième trimestre sous l'effet d'un rattrapage dans le secteur du bâtiment plombé par les conditions météorologiques défavorables de l'hiver.

"L'environnement économique global actuel rend une reprise prolongée moins vraisemblable", prévient-il toutefois. "Les difficultés en France et des chiffres décevants en provenance de Chine sont autant de pierres dans le jardin de la reprise allemande. Les espoirs d'une croissance significativement plus forte pourraient être prématurés", ajoute-t-il.

Confrontés à la dégradation de leurs perspectives économiques, plusieurs pays de la zone euro, dont la France et l'Espagne, ont obtenu des délais pour mener à bien le redressement de leurs comptes publics.

Berlin, qui s'en tient à son credo d'un nécessaire assainissement des finances publiques, ne s'est d'ailleurs pas opposé à cet assouplissement.

Robin Emmot et Sarah Marsh, Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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