La volatilité de l'euro, nouveau coup dur pour le carry trade

le , mis à jour à 12:01
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* Les positions courtes sur l'euro en baisse malgré la Grèce * La volatilité sur l'euro à un plus haut de 3 ans et demi par Lisa Twaronite TOKYO, 19 juin (Reuters) - L'euro a perdu son attrait comme devise de financement des opérations spéculatives sur les écarts de rendement (carry trades) malgré les inquiétudes sur la solvabilité de la Grèce, laissant les opérateurs sans réelle alternative en termes de devises liquides et à bon marché pour ce type d'opérations. Le yen était historiquement la devise de choix pour le financement du carry trade sur devises consistant à emprunter dans des devises à taux faible pour investir dans des devises nettement plus rémunératrices. Les incertitudes sur la poursuite de l'affaiblissement de la devise japonaise après un récent plus bas de huit ans contre le dollar l'ont rendu moins attractive. La perspective d'un relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale d'ici la fin de cette année a aussi pesé sur l'attrait du dollar comme devise de financement. Les carry trades sont d'autant plus rémunérateurs qu'ils sont financés dans une devise à taux faible, liquide, stable ou mieux encore qui se déprécie graduellement. Les trois devises les plus liquides sont le dollar .DXY , le yen JPY= et l'euro EUR= mais plus aucune n'offre toutes les caractéristiques de la parfaite devise de financement de carry trades comme cela a été le cas dans le passé. Les risques de dépréciation des devises émergentes liés à la perspective du durcissement de la politique monétaire américaine et le mouvement de baisse généralisée des rendements ont encore réduit l'intérêt des carry trades. "Il n'y a pas de réponse simple maintenant sur le choix de la bonne devise de financement", constate Mirza Baig, stratégiste taux et changes de BNP Paribas en Asie. Les positions courtes sur l'euro, pariant sur sa dépréciation, ont diminué pour la troisième semaine consécutive sur les sept jours au 9 juin, dernière date à laquelle des données de la Commodity Futures Trading Commission sont disponibles. COUP DE SEMONCE SUISSE L'appréciation de la devise européenne en dépit du blocage persistant dans les négociations entre la Grèce et ses créanciers laisse aussi penser que des opérations de carry trade financées en euro ont été débouclées. L'euro EUR= a été volatil depuis son plus bas de 12 ans à 1,0457 dollar atteint le 16 mars. Il est repassé momentanément au-dessus de 1,14 dollar jeudi. La volatilité implicite à un mois de l'euro-dollar EUR1MO= a bondi cette semaine à un plus haut de 3 ans à 14,3%. "La très forte hausse de la volatilité et l'absence de réaction de la Banque centrale européenne (BCE) à cette volatilité ont conduit le marché à se demander si l'euro était la devise de financement appropriée", a dit Baig. La BCE ne s'est pas émue non plus de la rapide remontée des rendements obligataires européens, ce qui a aussi accentué le débouclement de positions courtes sur l'euro, a-t-il ajouté. La perspective du maintien de politique monétaire ultra-accommodante par la Banque du Japon comme par le BCE plaide pour une dépréciation du yen comme de l'euro sur la durée. Mais leur récent accès de volatilité a rendu les investisseurs prudents et plus encore sur l'euro que sur la devise japonaise. "Dans le contexte actuel, en particulier avec la vigueur de l'euro en dépit de la possibilité d'une sortie de la Grèce, il y a plus d'hésitation à être court sur l'euro que sur le yen", a dit Bart Wakabayashi, responsable des activités sur le change de State Street Global Markets. Pourtant, certains carry trades financés en euro se sont révélés plus rentables que leurs équivalents en yen. Selon le modèle de carry trade d'Eikon, le produit d'informations financières en temps réel de Thomson Reuters, un carry trade sur la roupie indienne financé en yen a dégagé un rendement de 5% depuis le début de cette année avec un ratio Sharpe ajusté de la volatilité de 3,09, un niveau correspondant à un arbitrage rendement-risque raisonnable. Par comparaison, la même opération de carry financée en euro a offert un rendement de plus de 9% avec un ratio Sharpe de 2,37. Le franc suisse a été une bonne devise de financement jusqu'à la mi-janvier quand la Banque nationale suisse a abruptement abandonné son cours plancher du franc suisse contre l'euro provoquant une flambée de sa devise. Au-delà des accès de volatilité des devises de financement, les opérations de carry trade sont aussi pénalisées par la baisse généralisée des rendements et l'aplatissement des courbes des taux. "Les carry trades ne sont plus aussi en vogue", relève Naomi Muguruma, économiste chez Mitsubishi UFJ Morgan Staley Securities à Tokyo en faisant référence à un environnement réglementaire plus contraignant et à la baisse des rendements. "Même avec des financements à bas coût, les courbes des taux se sont aplaties partout dans le monde comparé à ce qu'elles étaient il y a un an ou deux." (Marc Joanny pour le service français)


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