La voie des réformes s'annonce étroite pour Manuel Valls

le
10
LA VOIE DES RÉFORMES S'ANNONCE ÉTROITE POUR MANUEL VALLS
LA VOIE DES RÉFORMES S'ANNONCE ÉTROITE POUR MANUEL VALLS

par Emmanuel Jarry

POITIERS, Vienne (Reuters) - Manuel Valls a promis ce week-end qu'il n'y aurait pas de pause dans les réformes mais la voie est étroite entre les exigences de son camp et des partenaires sociaux, les contraintes budgétaires et le souci de reconquérir l'opinion d'ici la présidentielle de 2017.

Une priorité s'impose au Premier ministre : enrayer la progression du chômage qui ne cesse de battre des records et sera une clef des prochaines échéances électorales.

"La question de l'emploi et donc des relations avec les entreprises est le sujet de préoccupation principal du président et du Premier ministre", souligne un élu proche de Manuel Valls.

"On ne parle que de ça aux petits déjeuners de la majorité à Matignon : comment faire pour avoir des relations plus apaisées avec les entreprises et ne pas lâcher des avantages sans contreparties", explique ce député.

Une première réponse sera donnée mardi à l'issue d'une réunion autour de François Hollande sur la relance de l'emploi dans les PME et très petites entreprises (TPE).

Manuel Valls pourrait notamment plafonner les indemnités pour licenciement abusif accordées par les prud'hommes.

Cette mesure est censée supprimer une cause de la "peur d'embaucher" évoquée par le patronat à longueur de déclarations, ce qui a amené le Premier ministre à dénoncer samedi à Poitiers le "discours anxiogène" de certains dirigeants du Medef.

Le Parti socialiste, pour une fois presque unanime, le presse de réorienter 15 milliards d'euros de baisse de charges restant dues aux entreprises si elles ne tiennent pas leurs engagements en matière d'emploi et d'investissement.

RASSURER LES ENTREPRISES

"Nous évaluerons avec les partenaires sociaux et les parlementaires la tenue de ces engagements. Ce rendez-vous approche", s'est borné à dire Manuel Valls au congrès du PS.

Le patronat dénonce par avance une réorientation qui serait à ses yeux une trahison de la parole de l'Etat. Or, souligne le même député, "François Hollande et Manuel Valls veulent rassurer les entreprises pour qu'elles embauchent".

Une ministre assurait cette semaine que, si modification il y avait, les aides resteraient sur "l'économie, l'emploi, pas sur le pouvoir d'achat".

Une solution intermédiaire pourrait être de réorienter une partie de ces 15 milliards vers les PME qui en ont le plus besoin, notamment, dans l'industrie, celles qui sont exposées à la concurrence internationale, explique cet élu.

Du côté des syndicats, une porte s'est fermée, celle d'un assouplissement du contrat de travail, demandé par le patronat mais auquel le gouvernement s'est résigné à renoncer.

Selon un sondage CSA publié vendredi par Les Echos, près d'un Français sur deux serait favorable à la création d'un contrat à durée indéterminée avec des clauses facilitant le licenciement en cas de difficulté économique, par exemple.

Mais "Manuel Valls sait que s'il touche au contrat de travail, il va se payer un conflit avec la CFDT", syndicat plutôt bien disposé à l'égard du gouvernement, souligne un parlementaire socialiste spécialiste de ces questions.

"En revanche, il peut y avoir des discussions sur les relations dans les entreprises, sur le ciblage des aides. Le redémarrage du chômage des jeunes peut justifier des mesures un peu fortes", souligne cet élu, pour qui l'emploi aidé ne peut pas être la réponse.

GRANDE CONFÉRENCE SOCIALE

Manuel Valls dispose d'un "dernier va-tout", estime-t-il encore : convoquer une grande conférence sociale à la fin de cette année ou au début de 2016 pour tenter de mettre d'accord les partenaires sociaux.

"Le Premier ministre en parle. Il en a très envie. Mais il doit y avoir des choses suffisamment intéressantes pour que le Medef accepte de se mettre autour de la table sans franchir des lignes rouges comme le contrat de travail", ajoute-t-il. "S'il veut tout le monde autour de la table, il faut du contenu."

En attendant, le Premier ministre a confié en marge du congrès du PS vouloir aller vite pour faire passer le projet de loi sur la croissance et l'activité du ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, quitte à recourir de nouveau à la procédure de l'adoption sans vote.

Les députés "frondeurs" du PS, qui avaient refusé de voter ce texte en première lecture, exigent toujours des modifications sur un texte qu'ils jugent d'inspiration trop libérale.

Sous la pression du PS, Manuel Valls a également promis d'engager le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu, "première étape d'une modernisation" du système fiscal.

Mais pour le reste, "tout ce qui sera en dehors de la question de l'emploi sera considéré comme non prioritaire", estime un député proche du Premier ministre.

(Avec Julien Ponthus et Grégory Blachier)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M9841359 le lundi 8 juin 2015 à 13:06

    (suite) Tout comme d’autres qui ne décrivent pas une réalité mais prônent une opinion, un point de vue pourtant repris par une majorité de médias : coût du travail, charges, compétitivité, assistanat... Que l’on peut aussi bien nommer, « de l’autre côté » : salaires directs, salaires indirects, réduction des salaires, solidarité nationale...

  • M9841359 le lundi 8 juin 2015 à 13:03

    (suite) Alors qu'il suffit d’ouvrir un livre d’histoire pour constater l'inverse (les propositions libérales étant historiquement régressives). Certes ce n'est pas nouveau, les médias en général soutiennent les "réformes" depuis 30 ans... Est-ce une raison pour s'y résigner et admettre cette manipulation sémantique qui ruine le débat public ?

  • M9841359 le lundi 8 juin 2015 à 13:01

    Il faut cesser avec ce terme de "réforme", idéologiquement marqué à droite (par déformation). On peut certes avoir des opinions libérales en économie, mais il serait bon que les journalistes cessent, avec ce terme "positif" de sous-entendre en permanence que des lois libérales sont un progrès, une avancée, alors que c'est justement ce qui doit faire débat. Avec ce terme, toute personne proposant d'autres réformes (de gauche disons pour aller vite) semble être réactionnaire ou conservatrice !

  • groundze le lundi 8 juin 2015 à 11:06

    Je n'embaucherai pas avant 2017 c est simple

  • M7097610 le lundi 8 juin 2015 à 10:40

    la retraite ruineuse des fonctionnaires et des "zélus" de la ripoublique ? A quand la reforme ????

  • M8252219 le lundi 8 juin 2015 à 10:37

    Ce qu'il faut réduire, Ce sont les 15 à 20% de dépenses publiques de fonctionnement et de social de plus que nos voisins européens qui font que nous ne relancerons pas l'économie et l'industrie française avec ce boulet aux pieds. trop d'élus trop bien payés,trop de fonctionnaires improductifs, trop de salariés à régimes et statuts spéciaux peu productifs et avec trop d'avantages.

  • bearnhar le lundi 8 juin 2015 à 10:36

    Meme une simple journée de carence dans la fonction publique, c'était trop pour eux, éliminée. Dans le privé c'est trois jours. Les citoyens seraient fondés à mener une action de groupe contre l'état, une telle discrimination est illégale. Là on accuse les salariés du privé d'etres des fraudeurs, et on les sanctionne à priori sans qu'ils puissent faire valoir leur bonne foi. Ces politiques sont à mettre dehors dès que possible.

  • d.e.s.t. le lundi 8 juin 2015 à 10:24

    Pas de pause dans les réformes, M.Valls? Où sont ces réformes? vous vous moquez de nous , avec votre million de fonctionnaires inutiles! C'est là qu'il faut en faire, car c'est la fonction publique (ou plutôt la Ponction publique) qui nous entraîne vers le bas!

  • bearnhar le lundi 8 juin 2015 à 10:19

    Samedi à Berlin pour voir la finale de foot, dimanche à RG pour voir celle de tenis. On ne sait pas si la France va repartir, en tout cas bon petit WE pour Valls...

  • M7097610 le lundi 8 juin 2015 à 10:15

    reforme du chomage des intermittents du spectacle ????