La violence fait mal à l'image de Marseille

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L'IMAGE DE MARSEILLE PÂTIT DES VIOLENCES
L'IMAGE DE MARSEILLE PÂTIT DES VIOLENCES

par François Revilla

MARSEILLE (Reuters) - La flambée de violence que connaît Marseille écorne l'image de la ville qui éprouve désormais des difficultés pour attirer des cadres de haut niveau, effrayés par une criminalité très médiatisée.

Deux nouveaux meurtres jeudi, dont celui d'Adrien Anigo, fils du directeur sportif de l'Olympique de Marseille, portent à 15 le nombre de personnes tuées dans des règlements de comptes depuis le début de l'année et projettent à nouveau les feux de l'actualité sur la deuxième ville de France.

"La situation actuelle donne une mauvaise image de la ville. Depuis le début des années 2000, les entreprises marseillaises n'avaient aucune difficulté pour recruter des cadres de haut niveau mais cela a changé depuis le début de l'année", raconte Jean-Luc Chauvin, président de l'Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône (UPE 13).

"Certains sont hésitants ou demandent que leur famille puisse être installée ailleurs. C'est une inquiétude qu'ont les gens qui ne connaissent pas Marseille mais qui disparaît une fois qu'ils sont installés. Les règlements de comptes, ce n'est pas leur quotidien", ajoute-t-il.

À la veille d'une réunion, samedi, des élus locaux, du préfet des Bouches-du-Rhône et du préfet de police pour un "pacte pour la sécurité à Marseille", les Marseillais et les acteurs du monde économique ne cachent pas leur scepticisme.

Les représentants de la société civile marseillaise, qui ne sont pas conviés à cette réunion, regrettent de ne pas être écoutés par les élus locaux ou les différents ministres chargés du dossier marseillais.

"CULTURE DE LA VIOLENCE"

"Nous avons écrit à sept ministres pour présenter nos 23 propositions et seule Christiane Taubira (la ministre de la Justice) nous a reçus", dénonce Yamina Benchenni, porte-parole du Collectif du 1er juin, qui rassemble familles de victimes de règlements de comptes et habitants des quartiers Nord.

"Aujourd'hui, les familles sont démunies et abandonnées par les pouvoirs publics face à cette culture de la violence et l'engrenage des trafics. L'Education nationale, la police de proximité, tout est à repenser, mais on n'écoute toujours pas les habitants", ajoute-t-elle.

Même s'ils sont plus médiatisés, les règlements de comptes à Marseille ne sont pas plus nombreux que dans les années 1970 ou 1980. En revanche, les victimes sont souvent plus jeunes et font plutôt partie du monde de la délinquance que de celui de la grande criminalité. L'apparition d'armes de guerre comme les kalachnikov, régulièrement utilisées dans des braquages ou des règlements de comptes, a également changé la donne.

Si une grande partie de la cité phocéenne a déjà été classée en zone de sécurité prioritaire, la polémique sur le nombre insuffisant de fonctionnaires de police est récurrente.

"Les ministres de l'Intérieur se sont succédé à Marseille mais entre 2008 et 2012, la ville a perdu 400 fonctionnaires de police dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques", déplore Diego Martinez, secrétaire départemental du syndicat SGP-Police.

"Même si Manuel Valls a réamorcé la pompe des recrutements, aujourd'hui la police n'est plus sur le terrain, il nous manque encore 300 fonctionnaires. Pourtant, la situation devient de plus en plus grave", dit le syndicaliste, qui propose de faire de Marseille une zone d'expérimentation en sécurité publique, avec simplifications de procédure et une refonte des enquêtes.

BATMAN À LA RESCOUSSE ?

Porte-parole du collectif 'Un Batman pour Marseille ?", qui s'est créé en août et a reçu 5.000 signatures de soutien, le jeune chef d'entreprise Jean-Baptiste Jaussaud dénonce la récupération politique de la série de meurtres et l'absence de solution globale.

"On nous promet plus de policiers, on menace même de débarquer l'armée. Bientôt ils parleront d'envoyer Batman", dit-il. "Malheureusement, les résultats ne sont pas encore au rendez-vous et les Marseillais pas rassurés par cette cacophonie politique".

Le gouvernement réclame un "pacte national" pour Marseille mais l'opposition de droite réplique en accusant la gauche au pouvoir de laxisme en matière pénale.

L'image de violence que véhicule Marseille n'a pas empêché la ville de recevoir quatre millions de touristes depuis le début de l'année, un chiffre qui pourrait atteindre cinq millions en décembre.

"Aujourd'hui, il n'y a pas eu d'incidence économique, Marseille a connu une très bonne saison estivale", explique Pierre-Paul Alfonsi, président de l'Union des métiers de l'industrie hôtelière des Bouches-du-Rhône.

"Mais j'ai peur qu'à force de médiatisation à outrance de Marseille, même si les faits existent, on fasse beaucoup de mal économiquement à une ville qui n'en a pas besoin", conclut-il.

édité par Patrick Vignal

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  • M3032020 le vendredi 6 sept 2013 à 13:44

    Plus belle la vie... c'est vraiment à Marseille que ça se passe ???

  • gmnc le vendredi 6 sept 2013 à 13:44

    "Mais j'ai peur qu'à force de médiatisation à outrance de Marseille, même si les faits existent, on fasse beaucoup de mal économiquement à une ville qui n'en a pas besoin", conclut Pierre-Paul Alfonsi,ah bon ? parce que les meurtres il y en a besoin ????c'qu'il faut pas entendre des fois ...