La vente prochaine de Gulli donnera un coup de fouet aux chaînes jeunesse

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Andrey Burmakin/shutterstock.com
Andrey Burmakin/shutterstock.com

(AFP) - France Télévisions devrait bientôt vendre au groupe Lagardère ses 34% de Gulli, première chaîne jeunesse française, et débloquer le secteur: le groupe public pourra créer sur France 4 sa propre chaîne jeunesse et Lagardère envisage de nouvelles chaînes pour enfants.

Depuis des mois, Lagardère négocie avec France Télévisions le rachat des 34% de Gulli qui lui manquent pour contrôler 100% de cette chaîne née en 2005. Les deux parties sont enfin tombées d'accord sur un prix, d'environ 25 millions d'euros, prix que France Télévisions a accepté de baisser pour tenir compte de la prochaine transformation partielle de France 4 en chaîne jeunesse, selon une source proche du dossier.

Jusqu'ici, les deux groupes étaient liés par un pacte d'actionnaire avec clause de non-concurrence. Impossible donc pour France Télévisions de créer une chaîne jeunesse publique, comme le souhaitait la ministre de la Culture Aurélie Filippetti. En sortant de Gulli, France Télévisions pourra enfin créer sa chaîne jeunesse sur France 4, qui pour l'instant programme surtout des séries.

France 4 va ainsi devenir une chaîne hybride, avec des programmes jeunesse en journée et le soir des programmes innovants, un "laboratoire pour les nouvelles écritures", avait révélé mi-octobre la directrice des programmes de France 4, Sandrine Roustan, au micro d'Europe 1. "Le gouvernement s'est rallié à cette approche mixte", a-t-on confirmé au ministère de la Culture.

Le calendrier s'accélère: le groupe public a dit vouloir repositionner France 4 début 2014. La vente de Gulli, préalable indispensable, pourrait donc se régler vers fin de l'année. France Télévisions a refusé de commenter cette information.

Un point reste toutefois à négocier: Lagardère souhaite que France 4 élimine toute publicité sur ses futurs programmes jeunesse, en rappelant que c'était la volonté initiale du candidat Hollande. D'autant que le marché publicitaire de la télévision pour enfants n'est que de 100 millions d'euros, dont 30% pour Lagardère.

L'option "zéro publicité" serait difficile pour France Télévisions, dont la dotation publique baisse, alors que France 4 engrange environ 16 millions d'euros de publicité par an, selon La Tribune. Mais un compromis sur ce terrain semble possible car le groupe public ne diffuse que très peu de publicité sur ses programmes jeunesse.

Nouvelles chaînes jeunesse

Pour Lagardère, retrouver le contrôle de Gulli permettra de lancer d'autres projets pour renforcer le leadership de son pôle jeunesse, qui outre Gulli comprend les chaînes payantes Canal J et Tiji.

"Avec nos trois chaînes, nous détenons une part de marché d'environ 34% sur les 4-10 ans, devant les chaînes de Disney", a commenté à l'AFP Gérald-Brice Viret, patron des télévisions de Lagardère Active. "En prenant le contrôle de Gulli, nous prenons le risque mesuré d'avoir deux chaînes jeunesse gratuites en France, à condition que France 4 ne diffuse pas de publicité dans ses programmes jeunesse. Et nous pourrions créer d'autres chaînes jeunesse payantes, sur des thématiques complémentaires pas encore couvertes", a-t-il ajouté.

Gulli, qui diffuse 70% de dessins animés, dont 40% français, est un débouché clé pour l'animation hexagonale. Concurrencée par les autres chaînes de la TNT, elle a vu son chiffre d'affaires 2012 baisser de 4% à 43 millions d'euros, pour un bénéfice de 400.000 euros, et prévoit une année 2013 stable. Mais Lagardère y voit un potentiel de développement très fort, tant sur le numérique (son site et le "replay" - télévision de rattrapage - affichent 12 millions de vidéos vues par mois) que sur la diversification: centres de loisirs, tablettes pour enfants et bientôt une web radio en 2014.

Quant à France 4, elle redémarrera avec une direction renouvelée: la semaine dernière le groupe a remplacé Sandrine Roustan par Tiphaine de Raguenel, une ancienne de Lagardère, qui était directrice des activités jeunesse de France Télévisions. Elle codirigera la chaîne avec comme directeur éditorial Boris Razon, le "Monsieur Nouvelles écritures" du groupe public.

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