La vente de Visa Europe dope le trimestre de Crédit agricole

le , mis à jour à 08:39
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LES RÉSULTATS DE CRÉDIT AGRICOLE DOPÉS PAR LA VENTE DE VISA
LES RÉSULTATS DE CRÉDIT AGRICOLE DOPÉS PAR LA VENTE DE VISA

par Julien Ponthus et Maya Nikolaeva

PARIS (Reuters) - Crédit agricole SA a publié mercredi des résultats trimestriels marqués par les effets négatifs des taux d'intérêt historiquement bas mais dopés par une plus-value exceptionnelle de 350 millions d'euros sur la cession de ses titres dans Visa Europe.

Le produit net bancaire et le résultat net de la filiale cotée du groupe Crédit agricole atteignent respectivement 4,738 milliards et 1,158 milliard d'euros, soit plus que le consensus réalisé par Inquiry Financial pour Reuters qui fait apparaître une moyenne de 4,288 milliards et 900 millions pour ces indicateurs.

Retraité des éléments exceptionnels, CASA affiche une progression de 0,5% de ses revenus et de 13% de ses profits par rapport à la même période en 2015.

"La maîtrise des charges d'exploitation et la stabilisation des coûts du risque à un niveau très bas permettent de compenser une dynamique des revenus qui pâtit évidemment du contexte de taux d'intérêt", a commenté le directeur général, Philippe Brassac, lors d'une conférence téléphonique.

Si elle plombe les marges des banques, la baisse des taux d'intérêt contribue à solvabiliser entreprises et particuliers en abaissant les coûts d'emprunt et de refinancement, ce qui permet de baisser les provisions pour des créances douteuses.

Le coût du risque est ainsi en recul de 17,4% au deuxième trimestre et atteint 497 millions d’euros. Les effets négatifs des taux bas ont néanmoins lourdement touchés certaines divisions, comme la banque de détail en France.

LA MARGE D'INTÉRÊT SOUS PRESSION

L'enseigne LCL voit ainsi son résultat net baisser de 37,6% à 108 millions d'euros, à quoi il faut ajouter une provision de 41 millions pour la restructuration de son réseau commercial.

"Il est clair qu'en France, les taux clients, en particulier sur les crédits à l'habitat, ne cessent de baisser et que les renégociations et remboursements anticipés, qui avaient atteint des niveaux très élevés, ont commencé à progresser à nouveau ce trimestre", a relevé le directeur financier du groupe, Jérôme Grivet.

La marge d'intérêt est sous pression, a-t-il expliqué alors que CASA, dans sa banque de détail, a fait le pari d'augmenter ses parts sur un marché du crédit peu rémunérateur.

"La croissance des volumes ne peut totalement compenser cette pression", a-t-il admis, notant que "le poids de l'épargne à taux réglementé (comme le Livret A dont le taux de rémunération a été maintenu à 0,75% malgré l'inflation) freine également la baisse du coût des ressources des banques de réseaux".

La pression des taux d'intérêt s'est exercée sur les autres banques de détail de CASA, notamment Cariparma en Italie qui a vu son bénéfice baisser à 43 millions d'euros contre les 54 millions atteints au deuxième trimestre 2015.

Dans la banque de financement et d'investissement, le résultat net sous-jacent baisse de 8,3% à 365 millions d'euros alors qu'après une courte période d'accalmie après la tempête financière du début d'année, la crainte du Brexit a relancé la volatilité des marché au cours du deuxième trimestre.

D'autres divisions ont tiré leur épingle du jeu comme les services financiers spécialisés ou le pôle épargne et assurances. Ce dernier englobe la filiale cotée de gestion d'actifs Amundi, qui a franchi la barre des 1.000 milliards d'euros sous gestion.

"EURÊKA" FINALISÉ

Le groupe mutualiste a profité de la publication de ses résultats trimestriels pour annoncer la finalisation de l'opération "Eurêka", une simplification de sa structure capitalistique destinée à rassurer les investisseurs sur la solidité et la rentabilité de sa structure cotée.

Cette transaction intra-groupe à 18 milliards d'euros a mis en oeuvre le rachat par les 39 caisses régionales de la participation de 25% détenue par CASA dans ces dernières.

L'opération, qui sera comptabilisée dans les comptes au troisième trimestre, donnera lieu à un profit exceptionnel d'environ 1,25 milliard d'euros qui servira à gonfler les fonds propres de CASA.

La direction du Crédit agricole s'est félicité des résultats des tests de résistance organisés par l'Autorité bancaire européenne, publiés vendredi dernier, qui démontrent selon elle la solidité financière du groupe.

CASA, comme l'ensemble du secteur bancaire, a néanmoins souffert en Bourse depuis le début de la semaine car ces "stress tests" ont mis en évidence les fragilités de plusieurs établissements, comme l'italienne Monte dei Paschi.

La banque allemande Commerzbank a aussi ravivé la nervosité des marchés mardi après avoir dit s'attendre à un recul de son bénéfice cette année.

Philippe Brassac, qui convient que les taux d'intérêt bas constituent un "environnement adverse", se veut néanmoins rassurant pour le secteur bancaire européen.

"Objectivement, le risque de contagion de telle ou telle banque n'existe pas comme il pouvait exister en 2010 ou en 2011", assure-t-il, estimant que la Banque centrale européenne injecterait le cas échéant les liquidités nécessaires dans le système financier.

(Edité par Dominique Rodriguez)

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