La vente de médicaments sur Internet entravée

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Le gouvernement veut que les médicaments sur Internet soient plus chers qu'en officine. Une mesure absurde pour l'Autorité de la concurrence, qui lance aussi une enquête sur la chaîne de distribution du médicament.

Décidément, le gouvernement freine la vente de médicaments sur Internet. Forcé, après la décision du Conseil d'État mi-février, d'accepter le commerce en ligne de l'ensemble des médicaments non prescrits, il est en train d'élaborer un code de «bonnes pratiques» truffé de mesures très restrictives. Dans la version actuelle de ce guide, les pharmaciens seront contraints de pratiquer les mêmes prix en ligne et en pharmacie. Les médicaments seront même plus chers sur Internet puisqu'il faudra ajouter le coût de la livraison au prix de vente. Autre proposition décourageante pour les pharmaciens qui veulent se lancer sur le Net: l'obligation d'avoir en stock, dans les ­officines, la totalité des produits mis en vente sur Internet. «Ces mesures sont très dissuasives», regrette Bruno Lasserre, président de l'Autorité de la concurrence, qui doit donner son avis sur ce code de «bonnes pratiques».

Pour lui, il ne s'agit pourtant pas de remettre en question le monopole des pharmaciens. «Au contraire, Internet est un gisement de croissance offert aux pharmaciens d'officine dynamiques et désireux de se moderniser. C'est aussi un moyen pour les consommateurs isolés ou manquant de temps d'avoir accès plus facilement aux médicaments», souligne-t-il. À condition évidemment que les prix en ligne ne soient pas plus élevés qu'en pharmacie. Bruno Lasserre n'estime pas non plus que la vente en ligne pose un problème de santé publique: «En Grande-Bretagne et en Allemagne, où la vente des médicaments, même prescrits, est autorisée en ligne et pas seulement par les pharmaciens, il n'y a pas eu de drame sanitaire. La hausse des ventes en ligne de médicaments reste d'ailleurs modérée.»

L'Autorité de la concurrence est très favorable à la vente en ligne. Entre Internet et la montée en puissance des génériques, de «nouvelles opportunités de baisse des prix, d'accroissement des ser­vices, d'innovation, s'ouvrent». «Nous ne voulons pas qu'elles soient gommées par des textes trop restrictifs ou par l'opposition des différents acteurs», indique Bruno Lasserre.

Un avis fin 2013

L'organisme public, chargé de veiller au libre jeu de la concurrence, lance donc une vaste enquête sectorielle sur la chaîne de distribution du médicament.

Elle regardera de près comment se forme la chaîne des prix à chaque échelon - laboratoires, grossistes-répartiteurs, pharmaciens - et vérifiera si les avantages de prix sont répercutés jusqu'au bout de la chaîne. L'Autorité se fixe près d'un an pour rendre un avis fin 2013, après des entretiens avec tous les acteurs de la chaîne et une consultation publique dans le courant de l'été. L'institut se penchera sur les relations des grossistes-répartiteurs, une profession «actuellement confrontée à des difficultés économiques» avec les laboratoires et les pharmaciens.

Il regardera aussi de près les man½uvres des laboratoires pour retarder l'arrivée des génériques sur le marché. Les groupes pharmaceutiques qui commercialisent des marques cherchent à prolonger le plus possible la vie de leurs produits vedettes, condamnés à une chute brutale des ventes lors de l'extinction des brevets qui les protègent. Ils n'hésitent pas parfois à conclure des accords avec les fabricants de génériques ou à lancer des campagnes de dénigrement. Plusieurs investigations sont d'ailleurs en cours, notamment sur la politique de Sanofi vis-à-vis des génériques du Plavix, et celle de Schering-Plough sur ceux du Subutex, qui pourraient déboucher sur des sanctions. Mais l'enquête sectorielle lancée aujourd'hui n'a pas pour objet de sanctionner. Il s'agira plutôt de ­faire des propositions, de donner des conseils pratiques. «Dans le domaine de l'information, de l'organisation des campagnes de vente, il pourra s'agir de préconisations pour que l'information diffusée par les ­visiteurs médicaux soit la plus ob­jective possible», précise Bruno Lasserre.

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  • lhonderm le mardi 26 fév 2013 à 13:26

    Paumont1 raconte encore n'importe quoi. La concurrence est un leurre.... regardez les prix téléphoniques avec l'arrivée de Free. Ce qui est factuel c'est ceci : Prix des médicaments génériques: La France est le deuxième pays le plus cher en Europe. De plus dire qu'il faut payer plus de taxes pour la sécu pour avoir un chômage en baisse est une idiotie de plus haut niveau. Un crime au cerveau humain. Les médicaments sont aussi dangereux. Mais pas plus sur internet que dans une boutique.

  • paumont1 le mardi 26 fév 2013 à 12:04

    je pense que vous ne connaissez pas le dossier:1) la concurrence est un leurre, voir les prix de l'énergie, 2) payer les médicaments moins cher = chômage en hausse (si vous aimez voir augmenter les impôts...), 3 les médicaments, c'est dangereux!

  • pichou59 le mardi 26 fév 2013 à 11:15

    pour le lobbying des petits copains !!!!! cadeaux, voyages d'études......

  • M140210 le mardi 26 fév 2013 à 10:57

    Comment faire une entrave, mettre des piquets partout. Ils pratiquent donc le même langage que pour l'économie. Toujours aussi nuls, c'est franchement effrayant. Où sont les co*nnards qui ont voté pour eux et nient tout en bloc?

  • pichou59 le mardi 26 fév 2013 à 10:20

    "L'ENA est impitoyable pour ceux qui sortent du moule, insiste François Marc-Antoine. L'école inculque l'idée que faire bouger les choses revient à se faire mal voir.......... : l'express, http://www.lexpress.fr/actualite/politique/du-coeur-a-l-ena_499163.html

  • M8252219 le mardi 26 fév 2013 à 10:14

    lobbying des pharmaciens et des labos, copinage, république des corporatismes, un gouvernement sans gouvernance responsable,

  • steimbcs le mardi 26 fév 2013 à 09:59

    moi je pense qu'il a des copains/electeurs pharmaciens. Je ne vois pas pourquoi on pourrait acheter des chaussures ou des culottes au prix du marché et pas des médicaments. Soit ils ont le droit de vendre et dans ce cas c'est au vendeur de fixser son prix soit ils n'ont pas le droit pour des raisons de risques (doute...) et alors ils ne vendent pas point barre.

  • steimbcs le mardi 26 fév 2013 à 09:54

    il y a du cheval dedans ?

  • Lou.MART le mardi 26 fév 2013 à 09:29

    Décidemment les idées ou décisions du gouvernement sont caricaturales et jamais franches. Pourquoi sans arrêt utiliser des faux-fuyants ?

  • M4416356 le mardi 26 fév 2013 à 08:48

    Le lobbying des pharmaciens a encore payé. Voir sur rue89 le résumé de l'émission "les infiltrés" de FR2 de vendredi dernier. Instructif!