La vente d'optique en ligne suscite un vif débat

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La loi Lefebvre prévoit d'encadrer la vente de lentilles et de lunettes par Internet. Les opticiens ne souhaitent pas laisser ce marché récent mais prometteur aux nouveaux entrants.

Depuis sa présentation le 1er juin dernier par le secrétaire d'État Frédéric Lefevbre, le projet de loi de protection des consommateurs tient de nombreux professionnels en haleine. Ce texte, qui traite de domaines aussi divers que le logement, l'assurance, l'énergie et la distribution alimentaire, a été débattu en commission des affaires économiques mercredi et mardi. Ses membres ont examiné pas moins de 334 amendements, dont 26 portant sur le seul sujet de la distribution de lentilles et lunettes par Internet.

Le projet de loi vise à donner la possibilité à l'acheteur en ligne de lentilles et de lunettes de vue de se rétracter jusqu'à sept jours après la réception du produit et de le retourner pour obtenir soit le remboursement soit un échange. La loi introduirait ainsi une exception à la réglementation pour les produits sur mesure.

La seconde mesure envisagée est beaucoup plus controversée: il s'agit «d'encadrer la vente à distance de lentilles de contact correctrices, pour garantir aux consommateurs de pouvoir bénéficier des conseils et de l'information nécessaire de la part d'un opticien lunetier diplômé».

Cette disposition pourrait en fait rendre obligatoire le passage en magasin pour la prise de mesures et la délivrance finale de l'équipement optique. Des amendements ont d'ailleurs été déposés en ce sens.

Les distributeurs exclusivement présents sur Internet (Lentillesmoinschères, Happyview, Direct-Optic...), qui ont été auditionnés par le ministère de la Santé, en craignent les conséquences. D'autant qu'ils redoutent qu'il ne s'agisse que d'un premier pas augurant de restrictions futures sur le marché des lunettes. Les lentilles ne représentent en effet qu'une faible part du marché français de l'optique, qui pèse près de 5,5 milliards d'euros. Quarante millions de Français corrigent leur vue, mais seulement 3 millions le font avec des lentilles.

L'exception française

En raison du vieillissement de la population, le marché de l'optique est structurellement porteur. «La population d'opticiens a quasiment doublé entre 2000 et 2009. Cet accroissement rapide du réseau commercial pèse sur les performances ­individuelles des boutiques depuis 2005», explique le cabinet d'études Xerfi. Trois groupes dominent le marché: Krys, l'Alliance optique (indépendants sans enseigne commune) et Gadol (Optic 2000 et Lissac) ont chacun une part de marché supérieure à 10%.

Depuis 2009 et l'assouplissement de la législation française, demandée par Bruxelles, des concurrents d'un nouveau type sont arrivés. Une quarantaine de sites proposent à ce jour des lentilles ou des lunettes à prix plus bas, leur part de marché étant estimée à environ 1%. Bien moins qu'en Allemagne, où la part de ce canal de vente serait plus près de 5%, sept ans après l'arrivée du premier entrant.

«Si la protection à la française n'est pas en harmonie avec celle de nos voisins européens, cela revient à stimuler les achats en ligne auprès de sites étrangers qui ne sont pas tenus par des professionnels qualifiés ainsi qu'à encourager les sites français à partir pour l'étranger», met en garde l'Union des opticiens, l'un des syndicats de la profession. Alors que, d'un côté comme de l'autre, on se garde d'exprimer ses opinions, car «le processus n'est pas terminé», les annonces récentes - comme le lancement du site de Krys en février dernier et celui d'un site de vente de lentilles hier - montrent que les acteurs anticipent la réglementation. Le texte doit être examiné par le Sénat début octobre, l'adoption par le Parlement étant prévue d'ici à la fin de l'année.

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