La Turquie va libérer 38.000 détenus pour faire de la place

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 (Actualisé avec précisions sur le nombre des purges §12-14) 
    par Daren Butler 
    ISTANBUL, 18 août (Reuters) - La Turquie va libérer 38.000 
détenus de droit commun dans le cadre d'une réforme du régime de 
liberté conditionnelle alors que les prisons sont pleines après 
les purges qui ont suivi le coup d'Etat manqué du mois dernier. 
    L'assouplissement des conditions de libération anticipée est 
l'une des mesures figurant dans deux décrets publiés mercredi au 
Journal officiel sous le régime de l'état d'urgence déclaré pour 
trois mois quelques jours après le putsch avorté du 15 juillet. 
Le gouvernement n'a pas donné de raison à cette réforme pénale. 
    Les décrets prévoient aussi le limogeage de 2.360 policiers, 
d'une centaine de militaires et de près de 200 employés de 
l'autorité nationale des technologies de l'information et de la 
communication (BTK). 
    Tous sont accusés d'avoir des liens avec le prédicateur 
Fethullah Gülen, présenté par Ankara comme l'instigateur de la 
tentative de putsch. Ex-allié du président turc Recep Tayyip 
Erdogan et devenu son grand ennemi, Fethullah Gülen, qui vit en 
Pennsylvanie aux Etats-Unis depuis 1999, nie toute 
responsabilité. 
    La réforme assouplit les conditions requises pour obtenir 
une libération conditionnelle : les prisonniers devront avoir 
accompli la moitié de leur peine (contre les deux tiers jusqu'à 
présent) et avoir encore moins de deux ans à purger (contre un 
an auparavant). La mesure exclut les détenus condamnés pour 
terrorisme, meurtre et crimes sexuels. 
    Dans un entretien à la chaîne de télévision A Haber, le 
ministre de la Justice Bekir Bozdag a déclaré que 38.000 
personnes seraient libérées dans un premier temps, mais qu'au 
final, 93.000 personnes pourraient bénéficier du programme. 
    Bekir Bozdag n'a pas donné d'explication à cette réforme, 
qui intervient alors que la population carcérale a triplé en 
Turquie au cours des 15 dernières années. 
     
    PREMIÈRE INCULPATION 
    Selon des chiffres du ministère de la Justice obtenus par 
l'agence de presse Anatolie, quelque 213.500 prisonniers se 
trouvaient dans les prisons turques à la date du 16 août, soit 
26.000 de plus que la capacité maximale. 
    Les décrets publiés mercredi prévoient par ailleurs la 
fermeture de l'autorité des télécommunications (TIB) et 
autorisent le chef de l'Etat à nommer à la tête des forces 
armées n'importe quel général ou amiral, alors que le choix 
était jusqu'alors limité au chef d'état-major d'un des trois 
corps d'armée. 
    La réforme permet aussi à l'anciens pilotes de l'armée de 
l'air de reprendre du service, la Turquie manquant de pilotes 
après le limogeage de militaires dans le cadre de la purge.     
    Recep Tayyip Erdogan, accusé dès avant le coup d'Etat manqué 
de dérive autoritaire, accuse Fethullah Gülen et ses partisans 
d'avoir infiltré les institutions de l'Etat pour créer un "Etat 
parallèle" dans le but de s'emparer du pays. 
    La police turque a procédé à 40.029 interpellations dans le 
cadre des enquêtes sur le 15 juillet et 20.355 ont donné lieu à 
des placements en détention, a annoncé mercredi le Premier 
ministre Binali Yildirim, lors d'une allocution télévisée. 
    Dans les services publics, notamment l'armée, la police et 
l'appareil judiciaire, 79.900 personnes ont selon lui été 
démises de leurs fonctions. 
    Le chef du gouvernement a en outre fait état de la saisie de 
4.262 entreprises et institutions soupçonnées d'entretenir des 
liens avec Gülen. 
    Mardi, la première inculpation accusant formellement Gülen 
d'avoir été l'instigateur du putsch manqué a été présentée dans 
la province d'Usak, a annoncé l'agence de presse Anatolie. 
    L'enquête, qui a duré 11 mois, porte sur les faits qui sont 
reprochés à Fethullah Gülen à partir de 2013, mais accuse aussi 
le prédicateur d'avoir organisé un groupe "terroriste" armé pour 
renverser le gouvernement, abroger la Constitution et assassiner 
le président Erdogan le 15 juillet. 
    Le dossier d'inculpation, qui court sur plus de 2.200 pages, 
demande sa condamnation à deux peines de réclusion à perpétuité 
ainsi qu'à 1.900 années de prison, plus à des amendes se 
comptant en dizaines de millions de livres, précise Anatolie. 
    L'acte cite un total de 111 prévenus, dont 13 sont déjà en 
détention. Les Etats-Unis ont dit avoir besoin de preuves 
solides pour se décider pour une extradition de Fethullah Gülen. 
Mais il n'est pas clairement établi qu'Ankara ait déjà déposé 
une demande officielle en ce sens. 
 
 (Daren Butler; Julie Carriat, Henri-Pierre André, Tangi Salaün 
et Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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