La Turquie s'achemine vers de nouvelles élections à l'automne

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* Echec des discussions entre l'AKP et le CHP * Le PM souhaite des législatives anticipées dès que possible * L'instabilité politique s'ajoute aux menaces sécuritaires * La nouvelle mal accueillie par les marchés (Actualisé avec déclarations du Premier ministre et du président du CHP) par Gulsen Solaker et Ercan Gurses ANKARA, 13 août (Reuters) - Les électeurs turcs pourraient être de nouveau appelés aux urnes cet automne après l'échec jeudi des discussions engagées en vue de former une coalition, un facteur d'incertitude malvenu pour un pays engagé dans une double campagne militaire, contre les islamistes à ses frontières et contre les séparatistes kurdes sur son sol. Le Premier ministre, Ahmet Davutoglu, a déclaré que la convocation de nouvelles élections législatives semblaient désormais la seule option envisageable, les discussions entre son parti, l'AKP, et le CHP, principale formation de l'opposition, n'ayant pas permis de trouver un terrain d'entente. Il a appelé le Parlement à appeler lui-même à la tenue d'un nouveau scrutin et ajouté qu'il préférerait que celui-ci ait lieu le plus tôt possible. "Nous sommes convenus qu'il n'existait pour l'instant aucune base permettant de former un partenariat de gouvernement", a dit Ahmet Davutoglu lors d'une conférence de presse après une réunion d'une heure et demie avec le chef de file du CHP, Kemal Kilicdaroglu. "Il semble que (...) tous les autres canaux étant épuisés, la nécessité d'en appeler une nouvelle fois à la volonté nationale pour assurer la stabilité durable de notre pays ait fortement augmenté. En fait, elle est devenue la seule possibilité." L'annonce de l'échec des pourparlers a fait tomber la livre turque à son plus bas niveau historique face au dollar sur le marché des changes, à 2,8210 TRYTOM=D3 . La Bourse d'Istanbul, elle, a perdu jusqu'à 3% en séance pour finir la journée sur un repli de 1,39%. De nombreux investisseurs espéraient un accord entre l'AKP et le CHP, un parti de centre-gauche jugé favorable aux milieux d'affaires et redoutent de voir la perspective de nouvelles élections prolonger la période d'instabilité actuelle. "Du point de vue du climat des affaires, la Turquie a autant besoin d'élections anticipées en ce moment que d'un trou dans la tête", a commenté Nicholas Spiro, directeur du cabinet Spiro Sovereign Strategy à Londres. INSTABILITÉ Les craintes d'instabilité politique viennent s'ajouter aux tensions engendrées par la politique sécuritaire d'Ankara, qui a lancé le mois dernier une "guerre synchronisée contre le terrorisme" conjuguant des frappes aériennes contre des positions de l'organisation Etat islamique (EI) en Syrie et contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le nord de l'Irak. Les forces de sécurité ont en outre arrêté plusieurs centaines d'activistes présumés en Turquie. L'AKP peut encore tenter au cours des prochains jours de conclure un accord de coalition avec le parti nationaliste MHP, mais un haut responsable du parti au pouvoir a déclaré que la probabilité d'un tel accord était "très faible" alors que celle d'élections anticipées en novembre était très élevée. L'AKP a subi une sévère défaite lors des législatives de juin, perdant sa majorité parlementaire pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir en 2002. Ahmet Davutoglu a jusqu'au 23 août pour trouver un partenaire de coalition, faute de quoi le président Recep Tayyip Erdogan pourra convoquer de nouvelles élections. Le Premier ministre a estimé jeudi que la décision de convoquer des élections devait relever du Parlement et non du président, laissant entendre qu'il souhaitait un accord sur la formation d'un gouvernement temporaire jusqu'au scrutin anticipé. Le MHP a justement laissé entendre ces derniers jours qu'il pourrait soutenir un gouvernement AKP minoritaire pendant une brève période avant de nouvelles élections. Recep Tayyip Erdogan, lui, ne cache pas sa préférence pour un gouvernement s'appuyant sur un seul parti. Ahmet Davutoglu a toutefois déclaré jeudi que l'idée selon laquelle le président s'opposait à la formation d'une coalition était "complètement fausse". Il a précisé que l'éducation et la politique étrangère figuraient parmi les principaux points d'achoppement des pourparlers avec le CHP. Kemal Kilicdaroglu a pour sa part expliqué que l'AKP n'avait jamais présenté de véritable proposition de coalition et ne souhaitait qu'un accord de court terme ou un soutien à un gouvernement minoritaire. (avec Orhan Coskun et Ece Toksabay à Ankara, Ayla Jean Yackley, Humeyra Pamuk et David Dolan in Istanbul; Marc Angrand pour le service français)

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