La Turquie riposte en Syrie, qui présente ses excuses

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LA TURQUIE RIPOSTE EN SYRIE
LA TURQUIE RIPOSTE EN SYRIE

par Jonathon Burch et Murad Sezer

AKCAKALE, Turquie (Reuters) - La Turquie a mené jeudi de nouveaux tirs de représailles en Syrie, tuant trois militaires, au lendemain de la chute d'un obus de mortier qui a coûté la vie à cinq civils dans un village frontalier turc.

Cherchant à éviter une escalade après cet incident, le plus grave en dix-huit mois de soulèvement contre le président Bachar al Assad qui ont fait 30.000 morts, Damas a présenté ses excuses à la Turquie par le biais des Nations unies et promis que ce genre d'incident ne se répéterait pas.

A Ankara, le Parlement a donné son aval à d'autres opérations transfrontalières si le gouvernement le jugeait nécessaire. Le texte, visant initialement la rébellion kurde dans le nord de l'Irak, inclut l'hypothèse d'un nouveau débordement du conflit syrien en territoire turc.

Le vice-Premier ministre, Besir Atalay, a toutefois souligné que cette autorisation n'était pas une "déclaration de guerre". La priorité d'Ankara, a-t-il dit, est d'agir en coordination avec les instances internationales.

La Russie, principal allié de Damas, a dit avoir reçu l'assurance des autorités syriennes que le tir de mortier était un accident tragique et ne se reproduirait plus. Damas a adressé ses condoléances au peuple turc.

Mais le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan a estimé que les "actions agressives" de l'armée syrienne sur son territoire constituaient une menace grave à sa sécurité nationale et demandé aux députés d'approuver le déploiement de troupes turques au-delà de la frontière.

"La Turquie n'a pas intérêt à une guerre avec la Syrie. Mais la Turquie est capable de protéger ses frontières et ripostera quand cela sera nécessaire", a expliqué Ibrahim Kalin, conseiller d'Erdogan, sur son compte Twitter. "Les initiatives politiques et diplomatiques se poursuivront", a-t-il ajouté.

"GOUTTE D'EAU"

La Turquie a qualifié le tir, qui a coûté la vie à une mère, ses trois enfants, et à une proche, de "goutte d'eau" de trop.

Quelques heures plus tard, les services du Premier ministre turc annonçaient une riposte à cette "attaque abominable".

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a déclaré que le pilonnage d'un poste militaire dans le district de Tel Abyad, à 10 km environ à l'intérieur du territoire syrien, avait tué trois soldats syriens.

L'OSDH a également fait état d'affrontements entre forces et rebelles syriens aux alentours du poste militaire visé.

"Nous savons qu'ils ont subi des pertes", a déclaré un responsable de la sécurité turque sans autres détails.

Coïncidence du calendrier, l'extension d'une autorisation de cinq ans donnée à l'armée pour mener des opérations transfrontalières était jeudi à l'ordre du jour du Parlement.

L'accord visait initialement à autoriser les frappes contre des bastions kurdes dans le nord de l'Irak mais une note signée d'Ergodan et envoyée dans la nuit aux élus prend en compte l'incident d'Akçakale en soulignant qu'en dépit d'avertissements répétés, l'armée syrienne a lancé des actions agressives en territoire turc.

Un groupe de 25 à 30 manifestants rassemblés devant le Parlement et scandant "Nous ne voulons pas la guerre!" ou "Les Syriens sont nos frères" a été dispersé à coups de gaz lacrymogène par la police.

L'OTAN SOLIDAIRE

En juin, la Turquie avait vigoureusement protesté après la destruction d'un avion F-4 turc par un missile de la défense antiaérienne syrienne et annoncé une modification des règles d'engagement de son armée, priée de réagir à tout élément approchant considéré comme une menace.

Ankara partage 900 km de frontière avec la Syrie.

Damas a promis d'enquêter sur l'origine du tir de mortier, qui reste énigmatique à ce stade. La sécurité turque a établi qu'il provenait de Tel Abyad et déployé des renforts dans le secteur.

L'incident a été fermement condamné par l'Otan, les Etats-Unis ou encore la France qui ont affiché leur solidarité avec Ankara, pays membre de l'Alliance.

A Budapest, le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a toutefois dit "ne pas vouloir assister à la poursuite de l'escalade à propos de cet incident". La chancelière allemande Angela Merkel a condamné les actions de la Syrie et exhorté toutes les parties concernées à faire preuve de "bon sens".

L'Alliance atlantique s'est réunie d'urgence mercredi soir à Bruxelles conformément à l'article 4 du traité de l'Atlantique Nord qui prévoit des consultations extraordinaires si l'une des parties juge que son intégrité territoriale, son indépendance politique ou sa sécurité est menacée.

Elle a exigé l'arrêt immédiat des actions "agressives" de la Syrie contre la Turquie mais n'a pas invoqué l'article 5 qui autorise le recours à la force.

La Turquie a également demandé mercredi au Conseil de sécurité des Nations unies de prendre "les mesures nécessaires" pour faire cesser "l'agression" syrienne.

Selon des diplomates de l'Onu, le Conseil de sécurité pense publier jeudi une déclaration non contraignante condamnant le tir de mortier de la Syrie "dans les termes les plus fermes".

Le projet de déclaration obtenu par Reuters estime que l'attaque syrienne est "une démonstration du débordement de la crise en Syrie dans les Etats voisins à un degré alarmant".

Le chef de la diplomatie égyptienne, Mohamed Kamal Amr, a "appelé le gouvernement syrien à ne pas violer les frontières des pays voisins, avertissant contre les nombreux dangers pour l'ensemble de la région" en cas d'extension de la crise.

Danielle Rouquié, Hélène Duvigneau et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • M1539673 le jeudi 4 oct 2012 à 15:52

    bien joué, officiellement les rebelles viennent de la Turquie et la Turquie rappelle ainsi qu'il est le vieil ennemi : souviens-toi d'Antalaya (Antioche)que la Syrie conserve sur sa carte comme le sont les territoires du Jawlan (Golan)