La Turquie réorganise son armée, Washington regrette les purges

le , mis à jour à 15:03
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    * Des centaines de militaires congédiés, l'état-major 
inchangé 
    * Washington craint une coopération plus difficile avec 
Ankara 
    * Selon Fethullah Gülen, Erdogan est "empoisonné" par le 
pouvoir 
 
 (Actualisé avec annonce de fermeture de certaines casernes, 2e 
§) 
    par Tulay Karadeniz et Daren Butler 
    ISTANBUL, 29 juillet (Reuters) - La Turquie a commencé à 
réorganiser son armée à la suite du putsch manqué du 15 juillet, 
mais les Etats-Unis se plaignent de l'impact négatif de cette 
purge sur sa coopération avec Ankara dans la lutte contre 
l'organisation Etat islamique.  
    Le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a annoncé lors 
d'un discours retransmis en direct, vendredi, que les casernes 
d'où étaient partis des putschistes au soir du 15 juillet 
allaient être fermées, y compris une base aérienne proche 
d'Ankara qui avait servi aux comploteurs. 
    Réuni jeudi pendant cinq heures, le Conseil militaire 
suprême (YAS), organe de supervision des forces armées en 
Turquie, a promu 99 colonels au rang de général ou d'amiral et 
placé 48 généraux à la retraite. 
    Près de deux semaines après la tentative de coup d'Etat d'un 
groupe au sein de l'armée, qui a fait au moins 246 morts et qui 
a valu à près de 1.700 militaires, dont 40% de généraux et 
amiraux, d'être congédiés pour conduite déshonorante, les 
principaux responsables de l'état-major sont maintenus à leur 
poste. 
    Seuls changements notables, le chef d'état-major adjoint, le 
général Yasar Guler, est nommé commandant de la gendarmerie et 
le chef de la prestigieuse Première Armée, le général Umit 
Dundar, le remplace en tant que numéro deux de l'état-major, 
toujours dirigé par Hulusi Akar.    
    Jeudi soir, à l'issue de la réunion du YAS, le président 
turc, Recep Tayyip Erdogan, a fait savoir qu'il souhaitait que 
l'armée et les services secrets (MIT) soient placés sous le 
contrôle de la présidence et non plus du Premier ministre. 
  
    Recep Tayyip Erdogan accuse l'imam Fethullah Gülen, installé 
aux Etats-Unis, d'avoir fomenté le coup d'Etat, ce que ce 
dernier dément.  
    Cet ancien allié devenu ennemi juré du chef de l'Etat a 
estimé dans une interview au Corriere della Sera publiée 
vendredi que Tayyip Erdogan était "empoisonné" par le pouvoir.  
     
    INQUIÉTUDES 
    Le nombre d'employés du secteur public limogés depuis le 
putsch avorté s'élève désormais à 66.000, dont 43.000 dans 
l'enseignement, a rapporté l'agence de presse officielle Anadolu 
(Anatolie).  
    Les adversaires du président turc, qui a échappé de justesse 
à un enlèvement voire à une possible exécution pendant la 
tentative de coup de force, accusent Erdogan de se servir du 
putsch comme prétexte pour procéder à une répression aveugle de 
toute opposition dans le pays de 80 millions d'habitants.  
    Les Etats-Unis et l'Union européenne ont déjà fait part de 
leur inquiétude face à l'ampleur des purges.  
    Jeudi, le directeur du Renseignement américain, James 
Clapper, a déclaré que les limogeages d'officiers avaient un 
impact sur la coopération entre Ankara et Washington contre 
l'Etat islamique. "Beaucoup de nos interlocuteurs ont été 
arrêtés", a-t-il relevé. "Nul doute que cela va rendre la 
coopération plus difficile avec les Turcs." 
    Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a 
balayé ces inquiétudes vendredi en jugeant que l'armée turque 
sortirait renforcée une fois "nettoyée" de ses éléments 
gülénistes.  
    La Turquie autorise les Etats-Unis à utiliser sa base 
aérienne d'Incirlik pour mener des raids contre l'EI en Irak et 
en Syrie. Ces opérations ont été temporairement interrompues à 
la suite de la tentative de coup d'Etat.     
    Autre critique émanant de Washington, le département d'Etat 
s'est dit "profondément préoccupé" par les arrestations de 
journalistes lancées depuis le début de la semaine en Turquie. 
    Mevlut Cavusoglu a répondu que les personnes interpellées 
dans les médias n'étaient pas "de vrais journalistes".  
    Vendredi, la police a également appréhendé le président du 
conglomérat Boydak Holding et deux cadres du groupe. Six membres 
de la famille Boydak font au total l'objet d'un mandat d'arrêt. 
Ils sont accusés de financer le mouvement de Fethullah Gülen, 
qui chapeaute de nombreuses écoles et organisations caritatives. 
    Le parquet d'Izmir, sur la mer Egée, a de son côté ordonné 
l'arrestation de 200 policiers, rapporte l'agence Dogan. 
    Le ministre du Travail, Suleyman Soylu, a déclaré de son 
côté vendredi que les autorités enquêtaient sur les liens 
éventuels de 1.300 agents du ministère avec la tentative de 
putsch. 
 
 (Avec Ercan Gurses; Jean-Stéphane Brosse et Eric Faye pour le 
service français) 
 
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