La Turquie relâche plus de 750 soldats, Erdogan annule des plaintes

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    par Yesim Dikmen et Humeyra Pamuk 
    ANKARA/ISTANBUL, 30 juillet (Reuters) - La Turquie a relâché 
samedi plus de 750 soldats interpellés après le putsch manqué du 
15 juillet, rapportent les médias officiels turcs.  
    L'agence de presse officielle Anadolu (Anatolie) précise que 
ces 758 militaires ont été relâchés sur recommandation du 
parquet après avoir donné leur témoignage. La justice a accédé à 
cette requête, jugeant leur détention inutile.  
    Mais 231 autres soldats restent en garde à vue.  
    L'armée turque, la deuxième de l'Otan par les effectifs, a 
été durement touchée par la tentative de coup d'Etat et 40% des 
généraux et amiraux des forces armées ont été congédiés.  
    Le ministre turc de la Défense, Fikri Isik, a averti 
vendredi sur la chaîne NTV que la réorganisation de l'armée 
n'était pas achevée, ajoutant que les écoles militaires feraient 
l'objet d'un "nettoyage". 
    Au total, ce sont plus de 60.000 personnes qui ont été 
appréhendées, limogées ou suspendues pour liens présumés avec la 
tentative de coup d'Etat.  
    Samedi, 56 employés du tribunal constitutionnel ont été 
suspendus de leurs fonctions, rapporte la chaîne privée 
Haberturk. Parmi eux, une vingtaine de journalistes accrédités 
auprès de la cour ont été interpellés.  
    Le ministre de l'Intérieur Efkan Ala a précisé que plus de 
18.000 personnes avaient été interpellées depuis le putsch 
avorté et que 50.000 passeports avaient été annulés.  
     
    UN GESTE D'"UNITÉ" 
    Les alliés occidentaux de la Turquie, qui est membre de 
l'Otan, ont tous condamné le putsch, qui a coûté la vie à 237 
personnes et fait plus de 2.100 blessés selon le président Recep 
Tayyip Erdogan, mais ils se sont également inquiétés de la 
répression qui s'est ensuivie.  
    La purge massive vise officiellement les partisans de l'imam 
Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'avoir fomenté la tentative 
de coup d'Etat. Gülen, installé aux Etats-Unis et à la tête d'un 
vaste mouvement social et éducatif, dément toute implication et 
accuse le président turc d'être "empoisonné par le pouvoir".  
    Recep Tayyip Erdogan a annoncé vendredi soir qu'il retirait 
les plaintes déposées pour injures à son encontre, dans un geste 
exceptionnel d'"unité" qui pourrait viser à faire taire les 
critiques occidentales.  
    On ignore si cette décision concerne l'humoriste allemand 
Jan Böhmermann, qui est poursuivi en Allemagne pour avoir récité 
un poème injurieux à l'encontre d'Erdogan.   
    Selon le ministère de la Justice, le parquet a ouvert plus 
de 1.800 dossiers pour injure au chef de l'Etat depuis 
qu'Erdogan est devenu président en 2014, après avoir été Premier 
ministre pendant onze ans, de 2003 à 2014. Ces poursuites visent 
notamment des journalistes, des caricaturistes et parfois même 
des enfants. 
    Le président turc a rejeté avec véhémence vendredi les 
critiques occidentales contre les purges en cours au sein de 
l'armée et d'autres institutions dans la foulée du putsch 
manqué, laissant entendre que certains, aux Etats-Unis, se 
rangeaient au côté des comploteurs.   
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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