La Turquie reconstitue le parcours du kamikaze de Sultanahmet

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    par Orhan Coskun 
    ANKARA, 16 janvier (Reuters) - Nabil Fadli, Syrien né en 
Arabie saoudite qui a tué dix touristes allemands en se faisant 
exploser mardi à Istanbul, projetait un attentat majeur dans la 
nuit du nouvel an à Ankara mais a changé d'objectif après 
l'arrestation de deux complices, ont déclaré à Reuters deux 
hauts responsables turcs. 
    Depuis l'attaque au coeur du quartier touristique de 
Sultanahmet, les enquêteurs turcs tentent de reconstituer le 
parcours du kamikaze. 
    Né en 1988 en Arabie saoudite, où son père était enseignant, 
Fadli est retourné en Syrie avec sa famille huit ans plus tard. 
    Après le début de la crise en Syrie, le futur kamikaze 
aurait d'abord rejoint les forces du groupe rebelle islamiste 
Ahrar al-Sham il y a deux ans, rapporte un militant syrien, 
avant de rallier l'organisation Etat islamique (EI). Selon les 
éléments recueillis, il aurait été capturé et torturé, peut-être 
par la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple 
(YPG) -- ce que démentent des sources kurdes syriennes. 
    Fadli, qui n'était ni fiché ni surveillé par les services 
turcs du contre-terrorisme, est entré en Turquie le 18 décembre 
et s'est fait enregistrer comme réfugié syrien le 5 janvier à 
Istanbul, une semaine seulement avant de se faire exploser au 
milieu de groupes de touristes sur la place Sultanahmet, tout 
près de la Mosquée bleue et de la basilique Sainte-Sophie. 
    Mais d'après les enquêteurs, Fadli aurait initialement 
projeté de commettre une attaque suicide le 31 décembre au soir 
à Ankara, la capitale, sur la place Kizilay, où la foule se 
presse habituellement pour célébrer le passage à la nouvelle 
année. 
    "Il appartenait à un groupe qui préparait une grande attaque 
pour le réveillon du nouvel an à Ankara", souligne un haut 
responsable de la sécurité turque. Deux de ses complices 
présumés ont été arrêtés le 30 décembre (voir  ID:nL8N14J17A ). 
"Nous pensons qu'il a alors changé de ville pour mener une 
attaque différente", ajoute-t-il. 
    Quatre autres individus qui se sont fait enregistrer en même 
temps que Fadli à Istanbul ont été arrêtés. Ils sont soupçonnés 
d'appartenance au groupe qui a préparé l'attentat, poursuit ce 
responsable turc. 
    Les services turcs ne s'expliquent pas avec certitude 
pourquoi Fadli et ses complices présumés se sont signalés de la 
sorte. Certains responsables pensent qu'ils ont agi ainsi pour 
jeter le doute sur les réfugiés syriens cherchant à gagner 
l'Europe via la Turquie et compliquer les efforts mis en oeuvre 
par les Européens et Ankara pour gérer cette crise humanitaire. 
    Ils pensent par ailleurs que Fadli n'a pu agir sans le 
soutien d'une force organisée. "Il est évident que cette attaque 
a bénéficié d'un soutien et nous essayons de l'identifier. Cela 
pourrait être le PYD (ndlr, le Parti kurde syrien de l'union 
démocratique) où les moukhabarat (la police secrète du régime 
syrien)", dit un responsable gouvernemental. 
 
 (avec Katie Paul à Dubai, Angus McDowall à Riyadh et Tom Perry 
et Mariam Karouny à Beyrouth; Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 
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