La Turquie n'aura pas de passe-droit sur les visas, promet l'UE

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    par Alastair Macdonald 
    BRUXELLES, 28 avril (Reuters) - Le premier vice-président de 
la Commission européenne Frans Timmermans a réaffirmé jeudi que 
la Turquie n'obtiendrait pas de passe-droit sur la question des 
visas, que Bruxelles a promis de lever à la fin juin pour les 
ressortissants turcs si Ankara respecte les critères requis. 
    "Nous n'allons pas toucher à ces points de référence", a 
déclaré Frans Timmermans devant le Parlement européen, par 
allusion aux 72 critères fixés par l'Union européenne pour qu'un 
pays obtienne une exemption de visas.  
    "La balle est dans le camp de la Turquie. Elle dit pouvoir 
le faire", a-t-il ajouté. 
    La Commission annoncera mercredi si elle recommande ou non 
cette libéralisation du régime de visas promise par Bruxelles à 
la Turquie dans le cadre de leur accord conclu le 18 mars 
dernier pour tenter de régler la crise migratoire.  
    A Ankara, le ministre turc des Affaires européennes, Volkan 
Bozkir, a affirmé que les dernières lois visant à répondre aux 
critères définis par l'Union européenne seraient adoptées lundi. 
Interrogé par la chaîne de télévision NTV, il a dit s'attendre à 
ce que Bruxelles recommande la suppression des visas.  
    Les députés turcs devaient initialement se pencher vendredi 
et samedi sur ces projets de loi mais des bagarres dans 
l'hémicycle du Parlement ont conduit au report à lundi des 
débats.  
    Des députés du parti islamo-conservateur AKP au pouvoir et 
du parti d'opposition prokurde HDP ont en effet échangé des 
coups de poing mercredi soir après de vifs échanges sur les 
opérations menées par l'armée turque contre les séparatistes 
kurdes dans le sud-est du pays.  
     
    INQUIÉTUDES 
    Devant le Parlement européen, Frans Timmermans a noté les 
objections soulevées par des élus sur les attaques contre la 
liberté de la presse ou sur les violations des droits de l'homme 
en Turquie.  
    Il a cependant estimé que l'accélération des discussions 
avec Ankara sur l'adhésion de la Turquie à l'UE, autre promesse 
de Bruxelles dans le cadre de l'accord du 18 mars, serait un 
moyen de faire pression sur Ankara.  
    "S'ils veulent tellement se rapprocher de l'Europe, qu'ils 
prouvent qu'ils en sont capables", a lancé l'ancien ministre 
néerlandais des Affaires étrangères. "La distance entre nous et 
la Turquie ne va pas en diminuant, mais en augmentant en raison 
des droits de l'homme, des médias et de ce qui se produit dans 
la société civile." 
    La perspective de supprimer les visas pour les 75 millions 
de ressortissants turcs continue de préoccuper certains Etats 
membres.  
    Lors d'une réunion des ambassadeurs des Vingt-Huit jeudi à 
Bruxelles, la France et l'Allemagne ont proposé d'introduire un 
mécanisme spécial qui permettrait à l'UE de suspendre 
l'exemption de visas en cas par exemple d'arrivée massive et 
inattendue de ressortissants d'un pays.  
    Frans Timmermans a estimé que l'accord conclu entre l'UE et 
la Turquie était la seule solution possible pour endiguer 
l'afflux de migrants et réfugiés vers l'Europe.  
    "Ceux qui critiquent cet accord n'ont jamais proposé de 
solution de rechange que nous aurions pu mettre en oeuvre", 
a-t-il dit.     
    L'accord controversé du 18 mars prévoit le retour en Turquie 
de toutes les personnes arrivant illégalement sur les îles 
grecques de la mer Egée et dont la demande d'asile aura été 
rejetée selon le principe du "un pour un" (pour chaque Syrien 
renvoyé en Turquie depuis les îles grecques, un autre Syrien 
sera réinstallé de la Turquie vers l'UE). 
    Les organisations humanitaires de l'Onu et certaines ONG ont 
dénoncé cet accord comme moralement répréhensible et non 
respectueux du droit humanitaire international. 
 
 (Avec la rédaction d'Ankara; Pierre Sérisier et Jean-Stéphane 
Brosse pour le service français) 
 
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