La Turquie fulmine contre l'annulation de meetings en Allemagne

le , mis à jour à 12:17
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 (Actualisé avec déclaration du ministre turc de la Justice) 
    ANKARA, 3 mars (Reuters) - Ankara a accusé Berlin d'adopter 
une politique de "deux poids, deux mesures" à son égard et 
d'abriter les auteurs de crimes commis contre le Turquie, 
vendredi, au lendemain de l'annulation d'un meeting de son 
ministre de la Justice dans une ville du sud-ouest de 
l'Allemagne. 
    Bekir Bozdag devait s'exprimer devant la communauté turque 
allemande, estimée à 1,5 million de personnes, pour faire la 
promotion du référendum constitutionnel qui sera organisé en 
avril pour transformer la Turquie en régime présidentiel. 
    Mais dans un contexte de tension entre Berlin et Ankara au 
sujet de la détention en Turquie du journaliste turco-allemand 
Deniz Yücel, les autorités municipales de Gaggenau ont retiré 
leur autorisation en invoquant un manque de place sur le site 
retenu pour le meeting.  
    Au lendemain de cette annulation, l'hôtel de ville de 
Gaggenau a été évacué à la suite d'une alerte à la bombe, a 
déclaré le maire de la commune.   
    "Qu'ils se penchent un peu sur leur histoire (...). Leurs 
maux anciens remontent à la surface. Ils feraient mieux de 
s'occuper de soigner leurs propres maladies", a déclaré Bekir 
Bozag avant de brosser le tableau d'une Allemagne accueillante 
pour les ennemis de la Turquie.  
    "L'Allemagne est devenu le refuge de tous ceux qui 
commettent des crimes contre la Turquie, le PKK (Parti des 
travailleurs du Kurdistan), Le Feto (Mouvement du prédicateur 
Fethullah Gülen), le DHKP-C (organisation d'extrême gauche). 
Ceux qui ont commis le coup d'Etat et tous ceux qui commettent 
des crimes contre la Turquie ont fui là-bas." 
    "Cette décision dépasse la commune (de Gaggenau). C'est une 
décision scandaleuse qui va à l'encontre des usages 
diplomatiques", a-t-il ajouté. 
     
    L'ALLEMAGNE DOIT "APPRENDRE À BIEN SE COMPORTER" 
    Le ministère allemand des Affaires étrangères a réfuté ces 
accusations, assurant que le gouvernement fédéral n'était pas 
impliqué dans la décision d'annuler la réunion publique et qu'il 
ferait tout pour maintenir le dialogue avec la Turquie. 
    Un autre rassemblement auquel devait participer le ministre 
turc de l'Economie, Nihat Zeybecki, dimanche à Cologne, a 
également été annulé.  
    Le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, dont le 
ministère avait annoncé jeudi la convocation de l'ambassadeur 
d'Allemagne à Ankara, a dit vendredi à des journalistes ne pas 
pouvoir tolérer un tel revirement. 
    "Les dirigeants allemands nous ont dit que si des ministres 
turcs vont en Allemagne, ils doivent s'entretenir avec des 
ministres allemands. Devant de telles pressions, nous ne 
parlerons pas avec vous", a tempêté Mevlut Cavusoglu. 
    "Si vous voulez conserver de bonnes relations avec nous, 
vous allez devoir apprendre à bien vous comporter", a-t-il 
menacé, promettant une "réponse adaptée si nécessaire", sans 
autre précision. 
    Les relations entre Berlin et Ankara sont déjà au plus bas 
depuis les purges effectuées par le gouvernement turc après le 
putsch manqué du 15 juillet dernier et l'ouverture d'une enquête 
en Allemagne sur des soupçons d'espionnage par des imams turcs. 
    La chancelière Angela Merkel cherche néanmoins à éviter 
d'arriver au point de rupture pour ne pas compromettre l'accord 
sur les migrants conclu entre la Turquie et l'Union européenne, 
dont elle a été la grande architecte. 
 
 (Tulay Karadeniz, avec Andrea Shalal à Berlin; Tangi Salaün et 
Nicolas Delame pour le service français) 
 
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