La Turquie frappe à nouveau l'Etat islamique, les Kurdes

le , mis à jour à 17:36
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* Nouvelles frappes turques contre l'EI en Syrie * Frappes contre les Kurdes du PKK dans le nord de l'Irak * Le processus de paix avec les Kurdes risque d'être compromis * La Turquie veut crée des zones de "sécurité" en Syrie (Ece Toksabay) ANKARA, 25 juillet (Reuters) - Des avions de chasse turcs et des forces au sol ont lancé samedi des attaques contre l'Etat islamique en Syrie et contre des camps du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Irak, Ankara expliquant vouloir créer "une zone de sécurité" à ses frontières. La Turquie poursuivra ce genre d'opérations tant qu'elle se sentira menacée, a commenté samedi le Premier ministre turc, lors d'une conférence de presse. "Ces opérations ne sont pas des 'opérations ponctuelles' et continueront tant qu'il y a une menace à l'encontre de la Turquie", a dit Ahmet Davutoglu à Ankara. Une fois le nord de la Syrie débarrassé de l'EI, "des zones de sécurité seront créées de façon naturelle", a pour sa part déclaré le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu lors d'une conférence de presse. "Nous avons toujours défendu les zones de sécurité et les zones d'exclusion aérienne en Syrie", a-t-il ajouté. La Turquie a longtemps voulu une zone d'exclusion aérienne ou une "zone de sécurité" dans le nord de la Syrie, mais Washington n'y était pas favorable, les Etats-Unis estimant qu'une pression militaire directe sur l'EI et non "une zone de sécurité" était la meilleure façon de mettre fin aux combats dans la région et à l'afflux de réfugiés. Après avoir longtemps été réticente à s'engager dans la lutte contre l'Etat islamique, qui contrôle une grande partie du nord et de l'est de la Syrie, ainsi que l'importantes zones dans le nord et l'ouest de l'Irak, la Turquie a pour la première fois bombardé vendredi des positions du groupe fondamentaliste sunnite. La Syrie semble désormais vouloir être en première ligne dans la bataille contre l'EI. Elle a ainsi autorisé les avions de la coalition internationale menée par les Etats-Unis à décoller de ses bases militaires pour procéder à des frappes contre l'EI. ARRESTATIONS MASSIVES Ce changement de stratégie semble être dû à l'attentat suicide attribué à l'EI qui a fait 32 morts lundi à Suruç, dans le sud-est de la Turquie, près de la frontière avec la Syrie. De nombreuses personnes tuées dans l'attentat étaient kurdes, ce qui a déclenché une vague de violences dans le Sud-Est turc, à majorité kurde. Les activistes kurdes ont accusé le président turc Recep Tayyip Erdogan et l'AKP, le parti islamo-conservateur qu'il a fondé, de soutenir secrètement l'EI contre les Kurdes syriens. Ankara dément cette accusation. Tandis que l'aviation turque menait vendredi sa toute première frappe contre l'EI en Syrie, la police turque a interpellé des centaines de personnes soupçonnées de militer pour les Kurdes ou de faire partie de l'EI. Samedi, le nombre d'arrestations atteignait près de 600. De nombreuses voix accusent le président turc de se cacher derrière la campagne contre l'EI pour lancer la répression contre les Kurdes. Le parti d'opposition prokurde HDP (Parti démocratique des peuples) a réagi dans un communiqué en expliquant qu'il était "inacceptable qu'Erdogan et le gouvernement AKP combattent le peuple kurde dans le cadre de leur lutte contre l'Etat islamique". Il demande que "cessent immédiatement les attaques militaires, les bombardements, les détentions politiques et les pressions." Les frappes aériennes ont touché des sites du PKK en plusieurs endroits ciblant des entrepôts, des "points logistiques", des locaux d'habitation et des bâtiments de stockage, précise le communiqué du Premier ministre turc. Ces frappes risquent de fragiliser un peu plus les discussions de paix avec les séparatistes du PKK entamées en 2012 pour tenter de mettre fin à un conflit qui a fait plus de 40.000 morts en trente ans. Le PKK a estimé samedi que la trêve avec Ankara n'avait "plus aucun sens" après les attaques des avions turcs contre ses positions. Par ailleurs, les autorités d'Istanbul ont annoncé qu'elles n'avaient pas l'intention d'autoriser la marche pour la paix prévue pour dimanche avec le soutien d'une partie de l'opposition, mettant en avant des préoccupations liées à la sécurité et à la "densité" du trafic urbain. (Avec Gulsen Solaker et Orhan Coskun; Marc Joanny et Danielle Rouquié pour le service français)

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