La Tunisie marque le premier anniversaire de sa révolution

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par Tarek Amara

TUNIS (Reuters) - Les Tunisiens ont célébré samedi le premier anniversaire de la chute du président Zine ben Ali et du triomphe de la "révolution du jasmin" qui a lancé le vaste mouvement du "printemps arabe" en Afrique du Nord et au Proche-Orient.

Les célébrations ont été fidèles à l'esprit de cette révolution tunisienne - bruyantes, spontanées, hautes en couleur, puisées dans l'énergie du peuple de la rue.

Des milliers de personnes ont afflué sur l'avenue Bourguiba, dans le centre de Tunis, là même où une foule immense était rassemblée il y a tout juste un an pour apprendre la fuite de Ben Ali après 23 années de pouvoir sans partage.

Depuis, la Tunisie est devenue un modèle pour les réformes démocratiques dans le monde arabe et sa révolte a remodelé le paysage politique de la région, inspirant les révolutions en Egypte et en Libye, les soulèvements en Syrie et au Yémen.

Les nouvelles autorités tunisiennes n'ont pas cherché à encadrer les célébrations publiques, invitant simplement la population à descendre dans les rues du centre de la capitale pour marquer le premier anniversaire de cette journée historique.

Moncef Marzouki, détenu politique sous Ben Ali qui est aujourd'hui le président de la République, avait déclaré la journée fériée. Il a marqué l'événement en graciant 9.000 prisonniers et en commuant 122 peines de mort.

La partie officielle des commémorations comprenait une cérémonie à laquelle ont assisté les chefs d'Etat du Qatar, de la Libye et de l'Algérie.

Hamadi Jebali, le nouveau Premier ministre islamiste, a salué un "jour de fierté" pour la Tunisie, qui par son exemple "a ouvert la voie au 'printemps arabe' et envoyé un message d'espoir à tous les peuples avides de liberté".

"FIERTÉ"

Des manifestants ont descendu l'avenue Bourguiba en criant "La Tunisie est libre" et "Adieu la dictature, bienvenue à la liberté". D'autres agitaient des drapeaux tunisiens ou brandissaient une cage à oiseau la porte grande ouverte, symbole de libération.

"C'est un événement que tous les Tunisiens doivent célébrer avec fierté. Je suis heureux que mes enfants puissent vivre dans un pays libre et qui a servi d'exemple au monde", a déclaré Samir Ben Omrane, venu avec sa femme et ses deux filles. Son épouse avait à la main un gâteau d'anniversaire surmonté d'une bougie.

Dans un communiqué, le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a salué le "courage" du peuple tunisien dont l'écho a retenti dans toute la région, où "d'autres peuples, encouragés par l'action de leurs frères et soeurs tunisiens, ont trouvé le courage de faire eux aussi entendre leurs justes aspirations".

Mais le pays, où les islamistes d'Ennahda ont remporté les élections législatives d'octobre dernier, est toujours confronté à une difficile situation économique, avec notamment un fort chômage.

Un groupe de jeunes gens s'est rassemblé devant le ministère de l'Intérieur pour réclamer des réformes plus ambitieuses.

"C'est vrai que Ben Ali n'est plus là, mais nous devons rester prudents et défendre la révolution. Ce qu'il nous faut, c'est bien séparer la politique et la religion", a dit l'un de ces jeunes manifestants, Walid Ben Salam, 25 ans.

"Nous devons rendre hommage aux martyrs de la révolution et ne pas non plus oublier les milliers de gens sans emploi."

Des proches de manifestants tués pendant la révolution se sont rassemblés devant l'ambassade d'Arabie saoudite pour demander l'extradition de Ben Ali et de sa femme Leïla Trabelsi, qui se sont réfugiés dans le royaume wahhabite.

Guy Kerivel pour le service français

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