La "troïka" attendue jeudi à Athènes, Merkel souffle le froid

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par Michael Winfrey et Ingrid Melander

ATHENES (Reuters) - La "troïka" des bailleurs de fonds de la Grèce est attendue demain à Athènes sur fond de remise en cause par l'Allemagne du deuxième plan d'aide décidé en juillet et de dissensions entre Européens sur l'implication du secteur privé dans le renflouement du pays.

Le retour des inspecteurs de la "troïka" (Union européenne, Banque centrale européenne et FMI) à Athènes annoncé par la Commission européenne intervient après l'annonce par les autorités grecques de nouvelles coupes budgétaires et hausses d'impôt destinées à obtenir le déblocage d'une sixième tranche d'aide de huit milliards d'euros.

Ce train de mesures, qui doit aussi permettre à la Grèce de respecter les engagements pris dans le cadre du deuxième plan de sauvetage que les dirigeants de l'UE ont validé en juillet, a déclenché une nouvelle vague de grèves et de manifestations dans le pays.

La chancelière allemande Angela Merkel a toutefois suggéré mardi que les bailleurs de fonds de la Grèce pourraient réexaminer une partie du deuxième plan de sauvetage d'un montant de 109 milliards d'euros, au vu des résultats de la mission d'inspection de la "troïka".

Priée de dire si l'accord serait mis en oeuvre comme décidé le 21 juillet ou s'il devrait y avoir une renégociation, la chancelière allemande a répondu sur la chaîne grecque de télévision NET : "Il nous faut attendre de voir les conclusions de la troïka (...) et ce qu'elle nous dira, si nous aurons ou non à renégocier."

PERTE ALOURDIE POUR LES CRÉANCIERS ?

Le gouvernement allemand n'a cessé de dire que les négociations sur les détails du second plan d'aide à la Grèce ne pourraient commencer que quand les représentants de la "troïka" auront dit si la Grèce remplit les conditions pour recevoir la sixième tranche d'aide dans le cadre du premier plan de sauvetage conclu en 2010.

L'Eurogroupe tiendra une réunion supplémentaire en octobre pour évoquer le cas grec et discuter du versement de cette sixième tranche d'aide, a aussi fait savoir mercredi la Commission européenne.

Le second plan de sauvetage conclu le 21 juillet vise à alléger le fardeau de la dette grecque en imposant une perte de 21% aux créanciers obligataires du pays dans le cadre d'un programme d'échange. Mais nombre d'économistes estiment qu'une perte de 50% sera nécessaire.

La participation du secteur privé à ce programme d'échange a atteint l'objectif de 90% et pourrait même le dépasser, selon le quotidien grec Naftemproriki qui cite un haut fonctionnaire du ministère grec des Finances. Le ministère lui-même s'est refusé à tout commentaire.

Le Financial Times fait de son côté état de divergence au sein de la zone euro sur l'implication du secteur privé. Citant des responsables européens, le quotidien britannique écrit que jusqu'à sept des 17 pays membres de la zone euro estiment que les créanciers privés devraient supporter des pertes plus importantes.

L'Allemagne et les Pays-Bas, partisans d'une ligne dure, s'opposent à la France et à la Banque centrale européenne qui redoutent les conséquences, pour les banques détentrices de dette grecque, de pertes alourdies.

ANGELA MERKEL FRAGILISÉE

Le Bundestag doit se prononcer jeudi sur l'élargissement du Fonds européen de stabilité financière sur lequel les dirigeants de l'UE sont tombés d'accord le 21 juillet.

Confrontée à une fronde de sa majorité, la chancelière allemande risque de devoir compter sur le soutien des sociaux démocrates du SPD et des Verts pour faire adopter le texte, fragilisant un peu plus son leadership.

En Grèce, les salariés des transports publics, les chauffeurs de taxis et les fonctionnaires des impôts entament mercredi une deuxième journée de grève, au lendemain de l'adoption par les parlementaires d'une nouvelle taxe immobilière très impopulaire.

Elle s'ajoute aux nombreuses mesures d'austérité décidées par le gouvernement alors que le pays connaît sa quatrième année consécutive de récession.

Les 154 élus du Parti socialiste (Pasok) se sont prononcés pour cette nouvelle taxe dont le vote constituait un test important sur la capacité du Premier ministre George Papandréou à maintenir la cohésion de sa majorité et à rassurer ses bailleurs de fonds.

Les inspecteurs de la "troïka" avaient suspendu leur mission en Grèce le 2 septembre pour protester contre la lenteur des réformes et le retard pris par Athènes dans la réduction de son déficit budgétaire.

Le ministre grec des Finances Evangelos Venizelos a depuis présenté de nouvelles mesures afin de tenir l'objectif d'une réduction du déficit budgétaire à 7,6% du PIB cette année.

Le gouvernement s'est ainsi engagé à supprimer un cinquième des 730.000 postes de fonctionnaires, à réduire dans les mêmes proportions la masse salariale de la fonction publique et à baisser de 4% le niveau des pensions de retraite, en plus de la réduction de 10% déjà mise en oeuvre.

Marc Joanny, édité par Gregory Schwartz

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