La trêve tient bon à Gaza malgré la défiance réciproque

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LA TRÊVE SEMBLE TENIR BON À GAZA
LA TRÊVE SEMBLE TENIR BON À GAZA

par Nidal al-Mughrabi et Alistair Lyon

GAZA/JERUSALEM (Reuters) - L'accord de cessez-le-feu conclu par le Hamas et Israël semblait tenir jeudi en dépit de la profonde défiance qui règne entre les deux parties après huit jours d'affrontements.

L'accord signé sous l'égide du nouveau gouvernement égyptien issu des Frères musulmans a permis d'écarter au moins provisoirement la perspective d'une offensive terrestre dans l'enclave tenue depuis juin 2007 par le mouvement islamiste.

Après son entrée en vigueur mercredi soir à 19h00 GMT, une douzaine de roquettes tirées de la bande de Gaza se sont encore abattues dans des zones inhabitées de l'Etat hébreu, rapporte la police. Une explosion a par ailleurs été signalée à Gaza, mais elle n'a pas fait de victimes et la cause en reste incertaine.

Depuis le 14 novembre, date du lancement de l'opération israélienne "Pilier de défense", bombardements et raids aériens ont fait 162 morts, dont 37 enfants et onze femmes, dans l'enclave palestinienne, tandis que les tirs de roquettes palestiniens ont coûté la vie à cinq Israéliens.

Selon le ministère israélien de la Défense, la quantité d'explosifs déversés sur la bande de Gaza est 1.000 fois supérieure à celle qui s'est abattue sur l'Etat hébreu.

Des employés municipaux se sont attaqués jeudi au nettoyage des rues de Gaza, jonchées de débris, où les commerces ont ouvert leurs portes. Dans le sud d'Israël, les écoles sont restées fermées par mesure de précaution. Les sirènes ont encore retenti dans la matinée, mais l'armée a fait savoir qu'il s'agissait d'une fausse alerte.

"LE DOIGT SUR LA GÂCHETTE"

Le chef de file du Hamas, Khaled Méchaal, a promis que le mouvement respecterait le cessez-le-feu si le gouvernement israélien s'y tenait. "S'il ne le respecte pas, nous avons le doigt sur la gâchette", a-t-il dit lors d'une conférence de presse au Caire.

Le Premier ministre israélien a quant à lui dit avoir donné son accord à une trêve prolongée sans exclure une approche plus musclée à l'avenir. "Je sais que certains citoyens attendent une action militaire plus sévère et peut-être que nous devrons procéder ainsi", a déclaré Benjamin Netanyahu, qui briguera un nouveau mandat le 22 janvier.

L'opposition n'a pas tardé à rompre l'"union sacrée" qui a prévalu pendant les affrontements. "On ne transige pas avec le terrorisme, on le terrasse. Malheureusement, aucune victoire décisive n'a été obtenue et notre dissuasion n'a pas été restaurée", écrit Saul Mofaz, chef de fil du parti centriste Kadima, sur sa page Facebook.

Des manifestations contre l'accord de cessez-le-feu ont notamment eu lieu à Kiryat Malachi, dans le sud du pays, où trois Israéliens avaient été tués par un tir de roquettes gazaouies.

Des divergences sont par ailleurs apparues en ce qui concerne les conditions du cessez-le-feu, fruit de la médiation égyptienne appuyée par les Etats-Unis. Selon le texte de l'accord obtenu par Reuters, Israël doit cesser toute incursion et renoncer à s'en prendre à des individus, tandis que tous les mouvements palestiniens doivent mettre fin aux tirs de roquettes et à leurs attaques à la frontière.

LEVÉE DU BLOCUS HORS DE QUESTION

Il prévoit en outre un allégement du blocus israélien de la bande de Gaza, que le Premier ministre britannique, David Cameron, a qualifiée de "prison à ciel ouvert". Des mesures en ce sens doivent être "négociées dans les 24 heures qui suivent l'entrée en vigueur du cessez-le-feu", peut-on y lire.

La levée de ce blocus mis en place après la victoire électorale du Hamas, en 2006, est hors de question, dit-on de sources israéliennes. "Le document stipule l'ouverture des points de passage, de tous les points de passage et pas juste de Rafah", a toutefois affirmé Khaled Méchaal.

Le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a récusé l'accord de cessez-le-feu publié par le Mouvement de la résistance islamique. Il s'agit "d'un bout de papier dont je ne me souviens pas qu'il ait été évoqué par quiconque. Il n'y a pas de signatures dessus", a-t-il dit au micro de Radio Israël.

Le ministre a par ailleurs assuré qu'"une grande partie" des roquettes à moyenne portée du Hamas avaient été détruites.

"Le Hamas est parvenu à toucher les zones construites d'Israël avec une tonne d'explosif et les cibles de la bande de Gaza en ont reçu 1.000 tonnes", a-t-il souligné, ajoutant que l'accord de cessez-le-feu n'était qu'un moyen de sauver la face pour les "vaincus".

Le Hamas a fait du 22 novembre un jour férié dédié à la "victoire de la résistance", qui a "obtenu et imposé une nouvelle formule : si vous frappez Gaza, nous frapperons Tel Aviv et au-delà", selon son porte-parole, Abou Zouhri.

Le mouvement islamiste a par ailleurs rendu hommage au rôle du Caire, où l'accord a été annoncé par le ministre égyptien des Affaires étrangères, Mohamed Amr, en présence de la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton.

Cette dernière a remercié le président Mohamed Morsi pour ses efforts de médiation et dit que le nouveau pouvoir égyptien, dominé par les Frères musulmans, avait fait preuve dans cette crise de responsabilité et d'esprit de décision.

Avec Noah Browning à Gaza et les rédactions de Jérusalem et du Caire, Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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