La trêve se confirme en Syrie mais la prudence reste de mise

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CESSEZ-LE-FEU EN SYRIE
CESSEZ-LE-FEU EN SYRIE

par Mariam Karouny et Dominic Evans

BEYROUTH (Reuters) - Douze heures après son entrée en vigueur, le cessez-le-feu semble tenir jeudi en Syrie mais la prudence est de mise et Kofi Annan a demandé l'aide du Conseil de sécurité pour obtenir de Damas le retrait des soldats déployés dans les zones urbaines.

Cette disposition du plan de paix négocié par l'ancien secrétaire général des Nations unies n'a pas été respectée par l'armée syrienne. L'opposition comme les puissances occidentales y voient matière à douter de la sincérité de Bachar al Assad.

"Toutes les parties ont l'obligation d'appliquer pleinement le plan en six points. Cela inclut à la fois les dispositions militaires du plan et l'engagement à aller vers un processus politique", rappelle Kofi Annan dans un communiqué diffusé à Genève.

Rendant compte de sa mission aux membres du Conseil de sécurité, le médiateur international a souligné que Damas ne s'était pas mis en totale conformité avec son plan de paix et que le régime devait retirer ses soldats et ses armes lourdes déployées dans les zones urbaines, rapportent des ambassadeurs.

Son successeur à la tête du secrétariat général des Nations unies, Ban Ki-moon, a souligné pour sa part qu'il appartenait au gouvernement syrien de tenir ses engagements, d'autant que le cessez-le-feu semble fragile.

Barack Obama et Nicolas Sarkozy, qui se sont entretenus par téléphone dans l'après-midi, ont pressé Bachar al Assad de respecter scrupuleusement et sans condition les termes de l'accord de paix.

CRAINTES POUR VENDREDI

Pour l'essentiel, les armes se sont tues jeudi à 06h00 heures locales (03h00 GMT) et le silence est retombé sur les villes jusque-là bombardées de Homs, Idlib ou Hama. Un silence irréel, selon des activistes témoignant de rues vides et d'habitants prudents.

La télévision officielle syrienne a accusé des insurgés d'avoir fait exploser une bombe à Alep (nord) deux heures après le début de la trêve, tuant un officier et blessant 24 autres militaires. La chaîne y voit le signe que les "terroristes" veulent déstabiliser la Syrie et saboter le plan de paix.

L'agence officielle de presse Sana rapporte, elle, que des "terroristes" ont fait exploser une autre bombe dans la province d'Idlib (nord) et qu'un membre du Parti Baas d'Assad a été assassiné à Deraa (sud), berceau de la contestation.

Du côté des opposants, le Conseil national syrien (CNS) rapporte que trois personnes au moins ont été tuées depuis le début de la trêve.

Mais les diplomates, Ban Ki-moon et Kofi Annan en tête, s'accordent à dire que la trêve est très fragile compte tenu du fossé qui s'est creusé entre les parties syriennes.

La France a souligné, par le biais de sa délégation permanente aux Nations unies, que ce cessez-le-feu était "un pas positif qui doit être suivi de très près".

L'opposition craint pour sa part que le régime ne renoue avec la répression dès les manifestations prévues vendredi, journée des grandes prières hebdomadaires dans les mosquées, et souligne que l'armée ne s'est pas retirée des zones urbaines, comme le prévoyait le plan Annan.

"Il n'existe aucune preuve d'un retrait significatif", a déclaré à Genève Basma Kodmani, la porte-parole du Conseil national syrien (CNS) en exil.

"Ce cessez-le-feu n'est que partiellement observé. Il est clair pour nous qu'il impliquait le retrait de toutes les armes lourdes présentes dans les villes et les zones peuplées. Cela ne s'est pas produit", a-t-elle poursuivi.

Pour Burhan Ghalioun, président du CNS joint par téléphone, la journée de vendredi sera le premier test majeur de la sincérité du pouvoir.

"Le peuple syrien sortira demain et ce sera la manifestation la plus importante possible de l'expression de la volonté du peuple syrien", a-t-il dit. "Nous verrons demain si le gouvernement tient son engagement et tout en appelant le peuple syrien à manifester avec force, nous lui demandons d'être prudent parce que le régime ne respectera pas le cessez-le-feu et va ouvrir le feu", a-t-il ajouté.

OBSERVATEURS

A Damas, le porte-parole du gouvernement, Djihad Makdissi, a réaffirmé que Damas était "pleinement engagé" dans le succès du plan Annan et que, puisqu'aucune attaque n'avait visé les forces gouvernementales, "il n'y a(vait) aucune raison de rompre le cessez-le-feu".

Le gouvernement syrien a assuré à Kofi Annan qu'il respecterait le cessez-le-feu tout en se réservant un droit de riposte, avait annoncé mercredi à Genève Ahmad Fawzi, porte-parole de l'émissaire spécial des Nations unies et de la Ligue arabe. Tous les éléments du plan devaient être respectés, soulignait-il, notamment le "point 2" qui appelle au retrait des forces armées déployées autour des zones urbaines.

Le général norvégien Robert Mood, qui a passé la semaine à Damas pour discuter du déploiement d'une mission d'observateurs de l'Onu, s'est dit "prudemment optimiste".

Mais de Genève, où il a rendu compte de sa mission à Kofi Annan, il a insisté jeudi sur le "très haut degré de suspicion mutuelle" qui existe entre les parties syriennes. "Il est terriblement difficile pour elles de franchir cet abysse", a-t-il ajouté, selon l'agence norvégienne de presse NTB.

Le plan Annan prévoit le déploiement de quelque 250 observateurs mandatés par l'Onu pour surveiller le cessez-le-feu. En décembre-janvier, une mission similaire de la Ligue arabe avait été impuissante à enrayer les violences.

Ban Ki-moon demandera au Conseil de sécurité "l'approbation du déploiement d'une mission d'observateurs de l'Onu aussi vite que possible", souligne Annan dans son communiqué. "Cela nous permettra d'agir rapidement pour ouvrir un dialogue politique sérieux qui prendra en compte les inquiétudes et les aspirations du peuple syrien", ajoute-t-il.

avec Stephanie Nebehay à Genève et Louis Charbonneau aux Nations unies, Jean-Philippe Lefief, Benjamin Massot et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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