La trêve globalement respectée dans l'est de l'Ukraine

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(Actualisé avec entretien Poutine-Porochenko et déclarations du patriarche orthodoxe de Kiev) par Gareth Jones et Gabriela Baczynska KIEV/DONETSK, Ukraine, 6 septembre (Reuters) - Le cessez-le-feu conclu la veille par les autorités ukrainiennes et les séparatistes pro-russes de l'est du pays était globalement respecté samedi, mais, dans la région, civils et combattants s'attendent à une reprise rapide des hostilités. Le président ukrainien Petro Porochenko et son homologue russe Vladimir Poutine se sont entretenus par téléphone. Ils sont tombés d'accord pour dire que le cessez-le-feu était dans l'ensemble respecté mais que des mesures supplémentaires seraient nécessaires pour en assurer la pérennité. "Les deux chefs d'Etat ont déclaré que globalement le cessez-le-feu était appliqué (...) (et) ils ont discuté de mesures pour parvenir à un cessez-le-feu permanent", écrit la présidence ukrainienne dans un communiqué. Les deux dirigeants ont aussi souhaité une "implication maximale de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dans la surveillance" de cette trêve. Le Kremlin a par la suite effectué un compte-rendu similaire de cette conversation. Des tirs sporadiques ont tout de même été signalés samedi dans les faubourgs de Donetsk, ville aux mains des milices prorusses. "C'est positif jusqu'ici, mais nous savons que (les forces ukrainiennes) en profitent pour faire venir plus d'hommes et de munitions avec l'intention de s'en prendre à nous encore plus violemment", a commenté un cadre des séparatistes surnommé Montana. "De toutes façons, je ne fais pas confiance à (Petro) Porochenko et ce n'est pas lui qui décide, mais les Américains, ce qui est pire", a-t-il poursuivi. Les Occidentaux, qui ont également accueilli cette trêve avec circonspection, y voient le résultat d'une nouvelle manoeuvre de Vladimir Poutine qui joue brièvement la carte de l'apaisement chaque fois que se profile la menace de nouvelles sanctions contre la Russie. Ksenia, un habitante de Donetsk qui dit avoir entendu des tirs au cours de la nuit, se montre elle aussi sceptique. CALME À MARIOUPOL "Je ne sais pas de quel genre de cessez-le-feu il s'agit si les tirs continuent. Ce n'est pas une trêve mais une mascarade. La guerre va continuer pendant des années. Des Slaves tuent d'autres Slaves. Il n'y a rien de pire", déplore-t-elle. Selon Dmitro Timtchouk, expert des questions de défense au service des forces gouvernementales, les séparatistes ont déjà violé la trêve à plusieurs reprises dans la région. "Les forces ukrainiennes respectent les modalités du cessez-le-feu et ne tirent que lorsqu'elles sont prises pour cibles", assure-t-il. Le calme est totalement revenu à Marioupol, ville stratégique sur la mer d'Azov où d'intenses combats se sont déroulés vendredi. "Beaucoup de mes hommes ont eu leur première nuit de sommeil depuis des jours. J'ai très bien dormi", s'est félicité un officier ukrainien. Ces derniers jours, des combats acharnés se sont déroulés autour de Donetsk, notamment dans le secteur de l'aéroport toujours tenu par l'armée, et à l'est de Marioupol où les militaires ont tenté d'arrêter une offensive des séparatistes. L'accord de cessez-le-feu conclu à Minsk en présence d'une délégation russe et de représentants de l'OSCE prévoit un échange de prisonniers, la création d'un corridor humanitaire et le maintien des belligérants sur leurs positions actuelles. Cet apaisement n'a pas empêché le patriarche Philarète, primat de l'Eglise orthodoxe d'Ukraine, d'affirmer que Vladimir Poutine était désormais sous l'influence de Satan et portait personnellement la responsabilité du bain de sang. L'Eglise orthodoxe d'Ukraine a rompu avec le patriarcat de Moscou en 1992 après la chute de l'Union soviétique et l'avènement d'une Ukraine indépendante. Philarète a comparé Vladimir Poutine à Caïn, personnage biblique, fils d'Adam et Eve, qui tue son frère Abel. (Avec Aleksandar Vasovic à Marioupol, Jean-Philippe Lefief et Bertrand Boucey pour le service français)

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