La trêve ébranlée par le raid de Daïr az Zour, selon Moscou

le , mis à jour à 22:55
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 (Actualisé avec accusations de Damas, violations de la trêve 
selon Moscou, et situation à Homs) 
    par Dmitry Solovyov et Lisa Barrington 
    MOSCOU/BEYROUTH, 18 septembre (Reuters) - Les raids aériens 
de la coalition sous commandement américain qui ont visé samedi 
des positions de l'armée syrienne dans la région de Daïr az Zour 
mettent en péril la trêve en vigueur en Syrie, a estimé dimanche 
le ministère russe des Affaires étrangères, qui réclame une 
enquête approfondie. 
    Selon Bachar Djaafari, ambassadeur de Syrie à l'Onu, 83 
soldats syriens ont été tués et une centaine d'autres blessés au 
cours des quatre raids menés par deux F-16 et deux A-10 venant 
d'Irak dans cette région de l'est de la Syrie où l'armée combat 
le groupe Etat islamique (EI).  
    L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), citant 
une source militaire à l'aéroport de Daïr az Zour, avance quant 
à lui un bilan d'au moins 90 morts dans les rangs des forces 
syriennes.  
    L'armée américaine a reconnu que des avions de la coalition 
avaient frappé par erreur les positions de l'armée syrienne 
alors qu'elle pensait viser des djihadistes de l'Etat islamique. 
L'administration américaine a fait part de ses "regrets". 
  
    Dans un communiqué, le ministère russe des Affaires 
étrangères a déclaré dimanche que ces frappes se situaient "à la 
frontière entre la négligence criminelle et la connivence 
directe avec les terroristes de l'Etat islamique". 
    Cet incident, a-t-il ajouté, trouve son origine dans le 
"refus entêté" des Etats-Unis de coopérer avec la Russie dans la 
lutte contre l'EI, le Front Fatah al Cham (ex-Front al Nosra) et 
d'"autres groupes terroristes".  
    "Nous exhortons vivement Washington à exercer la pression 
nécessaire sur les groupes armés illégaux opérant sous son 
patronage pour mettre en oeuvre sans condition le plan de 
cessez-le-feu. A défaut, l'application de l'ensemble des 
dispositions des accords russo-américains négociés à Genève le 9 
septembre pourrait être compromise", a ajouté le ministère. 
    Réfutant la thèse de l'erreur, Bachar Djafaari a quant à lui 
affirmé que "l'agression (avait) pour objectif de faire échouer 
le cessez-le-feu" conclu par les Etats-Unis et la Russie.  
     
    REGAIN DE TENSION À ALEP, OÙ L'AIDE EST TOUJOURS BLOQUÉE 
    La situation est d'autant plus précaire que le ministère 
russe de la Défense a affirmé que les insurgés se préparaient à 
une offensive d'envergure contre l'armée syrienne à Alep, la 
grande ville du nord du pays divisée depuis l'été 2012 entre 
forces gouvernementales et rebelles. 
    Moscou, qui soutient militairement le régime de Bachar al 
Assad depuis un an, reproche aux Etats-Unis de ne pas respecter 
ses engagements, notamment celui consistant à distinguer les 
"terroristes" de l'opposition légitime. 
    L'OSDH a parallèlement rapporté que des avions avaient 
bombardé la ville ce dimanche pour la première fois depuis 
l'entrée en vigueur de la trêve, lundi dernier. 
    Des camions chargés d'aide humanitaire étaient censés gagner 
Alep dimanche matin. Le convoi a une nouvelle fois été retardé, 
les conditions n'étaient pas réunies pour assurer la sécurité du 
transport. "C'est un moment difficile", a déclaré à Reuters un 
haut responsable de l'Onu chargé de l'aide humanitaire à Genève. 
"Les convois de l'Onu sont un sujet hautement politisés", a-t-il 
ajouté. 
    Les forces syriennes encerclent la zone rebelle, prenant au 
piège 300.000 civils qui ne sont plus ravitaillés en nourriture. 
    Le cessez-le-feu expire théoriquement ce dimanche soir. 
    "La trêve, comme nous l'avons (...) dit au département 
d'Etat, ne tiendra pas", a prédit samedi un chef rebelle à Alep. 
   
    Des combats ont été parallèlement signalés dimanche à l'est 
de Damas, dans les faubourgs sous contrôle des rebelles. 
    Le ministère russe de la Défense a dénombré 50 violations du 
cessez-le-feu ces 24 dernières heures, selon l'agence de presse 
RIA. 
    La trêve est également menacée par la situation à Homs, où 
250 à 300 rebelles doivent être évacués lundi du quartier 
assiégé d'Al Waer, dernier secteur entre leurs mains, selon le 
maire de la ville. Pour l'opposition, une telle évacuation 
sonnerait le glas du cessez-le-feu.   
 
 (Bertrand Boucey, Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André 
pour le service français) 
 
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