La trêve déjà mise à mal en Syrie

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LA TRÊVE DÉJÀ VIOLÉE EN SYRIE
LA TRÊVE DÉJÀ VIOLÉE EN SYRIE

par Dominic Evans

BEYROUTH (Reuters) - La trêve conclue en Syrie, à peine entrée en vigueur, a été violée à plusieurs reprises vendredi matin.

Proposé par le médiateur international Lakhdar Brahimi à l'occasion de la fête musulmane de l'Aïd el Adha, qui dure jusqu'à lundi, le cessez-le-feu a été accepté du bout des lèvres par les deux camps.

Mais des opposants ont annoncé dans la matinée la mort de trois personnes sous des tirs de chars ou de snipers à Harasta, un faubourg de Damas.

Des rebelles dans une ville du nord du pays proche de la frontière turque où se trouve un correspondant de Reuters ont signalé qu'un des leurs avait été abattu par un tireur embusqué.

"Il n'y a pas d'Aïd pour nous rebelles sur la ligne de front", a déclaré Basel Eissa, un insurgé interrogé sur place. "Le seul Aïd que nous célébrerons sera la libération."

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), des combats ont également repris entre forces gouvernementales et insurgés autour de la base de Wadi al Deïf, verrou sur l'axe Damas-Alep. Les rebelles tentent de prendre d'assaut la caserne et l'artillerie loyaliste a tiré sur un village avoisinant.

L'armée gouvernementale a tiré six roquettes sur le quartier de Khalidiya à Homs (centre), blessant deux personnes.

L'OSDH, ONG proche de l'opposition basée à Londres qui recense les violences dans le pays via un réseau d'informateurs, a ajouté que trois personnes avaient été blessées par des tirs des forces gouvernementales en manifestant à la sortie d'une mosquée à Inkhil, dans la province de Deraa (sud).

D'autres rassemblements de protestation dans d'autres localités de la province, où le soulèvement contre Bachar al Assad a débuté en mars 2011, ont été dispersés par les forces de sécurité, a précisé Rami Abdoulrahman, président de l'OSDH.

CALME INITIAL

L'armée syrienne a annoncé jeudi soir qu'elle appliquerait le cessez-le-feu, tout en se réservant le droit de répliquer à d'éventuelles actions de "groupes terroristes armés".

Le président syrien est apparu à la télévision publique en train d'assister aux prières de l'Aïd al Adha dans une mosquée de Damas, entouré de hauts responsables.

Un commandant de l'Armée syrienne libre dans la ville de Homs a également assuré que ses combattants respecteraient la trêve mais il a réclamé la libération de milliers de prisonniers dès vendredi matin. Certains groupes rebelles islamistes, comme le Front al Nousra, ont rejeté l'arrêt des combats.

Après une nuit d'affrontements à Alep, Damas et dans l'ouest du pays, l'OSDH a constaté que le pays était calme dans l'ensemble aux premières heures de la journée, avant les premiers incidents.

Jeudi soir encore, des habitants de Damas ont fait état de tirs d'artillerie sur un quartier de la capitale syrienne, en provenance de positions occupées par les forces gouvernementales sur les hauteurs de la ville.

Ces tirs visaient Hadjar al Assouad, un quartier populaire où vivent des déplacés du plateau du Golan occupé par Israël d'où des insurgés avaient attaqué les forces gouvernementales.

Des combats ont aussi été signalés jeudi à Alep, la grande ville du nord du pays, et près de Tel Kalakh, non loin de la frontière avec le Liban à l'ouest de Homs.

LE HCR PRÊT À AGIR

Le conflit en Syrie a fait plus de 32.000 morts depuis mars 2011, selon l'OSDH.

Prédécesseur de Lakhdar Brahimi, Kofi Annan était lui aussi parvenu à arracher une trêve aux belligérants en avril, mais elle n'avait pas tenu longtemps.

Les agences humanitaires de l'Onu se tiennent toutefois prêtes à profiter de la moindre accalmie dans les combats pour tenter de fournir une aide aux civils, a dit un responsable des Nations unies à Genève.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'est préparé à distribuer une aide d'urgence à 13.000 familles dans des zones jusqu'alors inaccessibles, notamment à Homs et à Hassaka, ville du nord-est de la Syrie.

Le Programme alimentaire mondial, autre agence de l'Onu, a identifié 90.000 personnes en 21 endroits différents, d'Alep à Homs en passant par Lattaquié, auxquelles il va tenter de faire parvenir une aide par le biais d'agences locales.

Avec Mariam Karouny, et à Genève Stephanie Nebehay, Bertrand Boucey et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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