La transition énergétique s'appuiera sur le nucléaire

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par Marion Douet

PARIS (Reuters) - Ségolène Royal a présenté mercredi un projet de loi de transition énergétique axé notamment sur la rénovation des logements et les transports propres, mais qui remet à plus tard les décisions qui permettront de baisser le poids du nucléaire.

La quatrième ministre de l'Ecologie de François Hollande a réaffirmé la place de l'atome, soulignant que cette énergie, très controversée mais peu émettrice de carbone, allait aider la France à accomplir cette transition énergétique.

"C'est grâce à l'énergie nucléaire aujourd'hui, à la sécurité qu'elle apporte que nous pouvons accélérer et faire sereinement la transition énergétique", a dit la ministre lors de la conférence de presse de présentation de son projet de loi.

Le nucléaire, très critiqué en raison des risques de sûreté et des investissements colossaux à réaliser sur le parc, représente une énergie de base, qui n'est pas intermittente et dont les coûts de production actuels restent compétitifs.

"Mais bien évidemment nous devons diversifier nos sources d'énergie", a ajouté Ségolène Royal, en confirmant l'objectif de campagne de François Hollande de réduire de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité à l'horizon 2025.

"LAISSER LA MAIN À EDF"

Le texte ne décrit pas la façon dont cet objectif sera atteint, ni l'âge auquel devront s'arrêter les réacteurs français, suscitant les critiques des opposants de l'atome.

"En se fixant uniquement des objectifs sans mettre en place les outils pour les atteindre, le gouvernement laisse clairement la main à EDF sur les décisions énergétiques", dit Greenpeace.

Le projet prévoit un outil de réévaluation des besoins d'énergie, secteur par secteur, présenté tous les cinq ans dans une programmation pluriannuelle. En fonction de celle-ci, EDF décidera de l'évolution de ses installations.

Le pouvoir pour l'Etat de fermer des centrales nucléaires, aujourd'hui uniquement détenu par EDF et par l'Autorité de sûreté nucléaire, ne figure pas dans le projet de loi comme l'avait pourtant annoncé François Hollande lors de la dernière conférence environnementale.

"On ne peut pas parler de transition énergétique quand on laisse EDF décider de la politique énergétique de notre pays à la place des parlementaires et à la place de l'Etat", a déclaré le député écologiste Noël Mamère, évoquant à propos de ce texte "une des grandes mystifications du quinquennat".

Sans que son nom soit cité, la fermeture de Fessenheim est entérinée dans cette loi à travers le plafonnement de la capacité nucléaire à 63 gigawatts, son niveau actuel. Avec la mise en service de l'EPR de Flamanville en 2016, la plus vieille centrale du parc français devra ainsi fermer ses portes.

Contacté, EDF n'a pas souhaité faire de commentaires.

DÉCENTRALISER L'ENERGIE

Avec le nucléaire, le modèle énergétique français est traditionnellement très centralisé, se confrontant par essence au développement des énergies renouvelables produites dans des unités plus petites, bâties sur des schémas régionaux et qui peuvent être utilisées localement voire autoconsommées.

Le texte prévoit un objectif de 32% de renouvelables dans la consommation d'ici 2030, bien au-delà des 23% actuellement fixés pour 2020 et sur lesquels la France accuse du retard.

Les procédures de construction des parcs éoliens et photovoltaïques seront simplifiées par des autorisations uniques afin d'écourter les délais, jusqu'à trois fois plus longs en France que dans d'autres pays, a rappelé Ségolène Royal.

Surtout, plusieurs mesures permettront aux collectivités, notamment aux régions, d'appuyer le développement de ces énergies mais aussi de participer à la rénovation des bâtiments, qui engloutissent 44% de l'énergie consommée en France.

Elles auront notamment la possibilité d'agir comme tiers financeur dans les travaux de rénovation et accéderont aux prêts "transition énergétique et croissance verte" mis en place par la Caisse des dépôts.

L'Association des Régions de France (ARF) a globalement salué le texte, estimant que la ministre n'avait "rien cédé sur l'essentiel malgré les pressions" tout en regrettant certains arbitrages qui devront être débattus devant le Parlement.

Après plusieurs consultations, notamment devant le conseil d'Etat, le projet de loi devrait être examiné en commission à l'Assemblée nationale à l'automne, pour une adoption début 2015.

(avec Michel Rose, édité par Yves Clarisse)

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