La touche française des démineurs irakiens contre l'EI

le
0
UN DÉTACHEMENT FRANÇAIS EN IRAK POUR FORMER DES DÉMINEURS IRAKIENS CONTRE L'EI
UN DÉTACHEMENT FRANÇAIS EN IRAK POUR FORMER DES DÉMINEURS IRAKIENS CONTRE L'EI

par Marine Pennetier

SUR UNE BASE MILITAIRE AUX EMIRATS ARABES UNIS (Reuters) - A Ramadi, ville tombée sous la coupe du groupe Etat islamique en mai et reconquise lundi dernier par l'armée irakienne, on parle désormais de "maisons IED", du nom de ces engins explosifs improvisés qui font des ravages dans les rangs des forces irakiennes.

"Entrée, cuisine, frigos, salle à manger" : les combattants de l'organisation djihadiste truffent régulièrement d'explosifs artisanaux les lieux qu'ils sont contraints de quitter et Ramadi n'a pas fait exception à la règle, raconte l'adjudant-chef Mikhail de la 13e demi-brigade de Légion étrangère (DBLE).

Un détachement de ce régiment français basé aux Emirats arabes unis forme depuis février des stagiaires de l'Iraki Counter Terrorism Service (ICTS), une unité d'élite, au déminage, à la gestion des attentats-suicides ainsi qu'au secourisme de combat et leur dispense également des instructions sur le tir et l'armement.

Tous les quatre mois, une trentaine de légionnaires rejoignent ainsi l'académie de l'ICTS, à Bagdad, pour assurer des formations qui peuvent durer de quinze jours à huit semaines.

"Les IED sont le problème le plus important que les Irakiens rencontrent sur le terrain et c'est un domaine dans lequel ils ne sont pas forts", souligne le lieutenant colonel Enguerrand, qui s'est rendu à Bagdad l'été dernier.

Pendant la formation, dispensée en arabe et en anglais, "on met à disposition tous les pièges qui sont utilisés actuellement par Daech et on leur apprend entre autres à réagir et à investir un appartement qui pourrait être piégé".

"Avec leur retour d'expérience et la mort de leurs camarades, ils trouvent des techniques et notre aide leur permet de se mettre à niveau".

"FRENCH TOUCH"

Depuis dix mois, la DBLE, épaulée par des spécialistes du génie, s'est occupée de 1.700 des 15.000 militaires irakiens formés par la coalition contre l'Etat islamique. Et, sur le terrain, les résultats commencent à se faire sentir, souligne-t-on côté français.

"Lors du début de la reprise de Ramadi, sur les trois premiers jours, ils (les Irakiens) ont rencontré 62 IED et ils n'ont eu que quatre blessés, ce qui est remarquable par rapport aux tristes bilans qu'ils avaient pu avoir sur d'autres opérations", souligne le lieutenant colonel Enguerrand.

"Il y a six mois, on aurait eu 60 morts" dans cette situation, renchérit l'adjudant-chef Mikhail. "Notre plus grand satisfecit, c'est de voir maintenant comment ils 'checkent' les maisons, comment ils cherchent les IED, comment ils prennent les bons réflexes".

L'armée irakienne a subi de lourdes pertes à l'été 2014 et les premiers soldats formés par la France en février de cette année étaient des jeunes entre 25 et 26 ans assez peu expérimentés, souligne le major infirmier Emmanuel.

Si la France n'est pas la seule à apporter son aide à l'armée irakienne et aux combattants kurdes et reste loin derrière les Etats-Unis qui fournissent le plus gros contingent d'instructeurs, elle est la seule à s'immerger complètement au sein de l'ICTS, fait-on valoir à la DBLE.

"La French touch, c'est qu'on est le seul détachement à vivre avec eux. On est complètement immergé au sein de l'ICTS, on habite avec eux, on mange avec eux, on dort au même endroit", souligne le lieutenant colonel Enguerrand.

Quant à la touche légion étrangère, c'est un "plus". "Quand on fait l'instruction pour des étrangers et qu'on vient de la légion étrangère, on a forcément des facilités au niveau pédagogique à enseigner à des gens qui ne partagent pas le même langage que nous. C'est quelque chose qui est très apprécié".

(Edité par Simon Carraud)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant