La théorie du complot contre Mohamed Merah mise en doute

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La théorie du complot contre Mohamed Merah mise en doute
La théorie du complot contre Mohamed Merah mise en doute

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Le parquet de Paris a mis mercredi en doute l'existence d'enregistrements audiovisuels censés démontrer que Mohamed Merah, l'homme qui a tué sept personnes en mars dernier, a été victime d'un meurtre pour cacher des secrets d'Etat.

Le jeune Français a été abattu le 22 mars à Toulouse par le Raid, unité d'élite, lors d'un assaut donné à son logement où il était retranché depuis plus de 30 heures.

Il n'a pas pu matériellement faire d'enregistrements sonores ou vidéo lors du siège, car aucun moyen d'enregistrement n'a été retrouvé en sa possession, estime le parquet de Paris dans un communiqué de mise au point, une démarche rare.

Les avocates de son père algérien, Mohamed Ben Alla Merah, qui a déposé plainte pour "meurtre avec circonstances aggravantes" lundi à Paris, ont maintenu qu'elles remettraient ces supposées preuves "dès que possible" au parquet.

"J'ai autre chose à faire que de me précipiter au Palais. Le parquet peut attendre un peu", a dit Me Isabelle Coutant-Peyre à Reuters. Elle n'a pas souhaité préciser la date de la remise.

Me Zahia Mokhtari a dit à la presse algérienne disposer de deux vidéos de 20 minutes démontrant que son client avait "été utilisé par les services français et ensuite liquidé".

La presse algérienne a publié cette semaine ce qu'elle présente comme des transcriptions, dont de supposés extraits ont été joints dans la plainte déposée à Paris.

Le parquet, qui a demandé la communication de ces enregistrements à la défense, annonce ne pas les avoir obtenus malgré son insistance et s'interroge.

"Le parquet ne peut que constater des incohérences factuelles majeures entre les transcriptions figurant dans la plainte et les éléments objectifs de la procédure judiciaire", dit le communiqué du procureur.

LA DCRI SURVEILLAIT MERAH

Le parquet explique qu'il est matériellement impossible que Mohamed Merah ait pu faire des enregistrements sonores et vidéos puisqu'aucun appareil - téléphone portable ou autre - "n'a été découvert lors de la perquisition menée dans l'appartement, pas plus que sur Mohamed Merah".

Ce qui est présenté comme des transcriptions laisse penser, aux yeux de ceux qui les présentent comme authentiques, que Mohamed Merah était un agent de renseignement français et qu'il a été exécuté pour le faire taire, mais il pourrait donc s'agir d'un faux, selon le parquet.

Lors des négociations avec le Raid, il a communiqué avec un talkie-walkie fourni par les policiers, et il avait auparavant appelé la chaîne France 24 d'une cabine, souligne-t-il.

Par ailleurs, le parquet remarque que, selon ce qu'il sait des conversations entre Mohamed Merah et les policiers - qui font l'objet de rapports versés au dossier - il n'y est jamais apparu un dénommé Zuhair, supposé "agent traitant" de Mohamed Merah dans les services secrets français.

Mohamed Merah, dans ces conversations, "a revendiqué la paternité des sept assassinats commis et fourni des indications effectives quant au lieu où se trouvait l'arme ayant servi à la commission de ces crimes", souligne le bureau du procureur. Il s'est aussi réclamé d'Al Qaïda.

Mohamed Merah, 15 fois condamné dans sa jeunesse, qui a tué trois militaires à Toulouse et Montauban puis trois enfants juifs et un rabbin dans une école de Toulouse, était connu des services de renseignement français, ont admis ces derniers.

Après un premier voyage en Afghanistan, le téléphone portable de sa mère, qu'il utilisait, a été placé sur écoute et une caméra aurait été installée face à son logement de mai à juin 2011, selon un livre des journalistes Franck Heriot et Jean-Manuel Escarnot sur le personnage, "Vous aimez la vie, j'aime la mort", qui sort cette semaine.

Ces surveillances ont été arrêtées sans explication. La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a ensuite interrogé Mohamed Merah fin 2011 à son retour d'un autre voyage en zone pakistano-afghane, sans qu'il soit inquiété. Il aurait fait état d'un séjour touristique.

On sait aujourd'hui qu'il a sans doute rencontré des activistes sur place. Le nouveau ministre de l'Intérieur Manuel Valls a demandé un rapport sur cette affaire. Une information judiciaire est par ailleurs conduite sur les crimes de Merah et son frère est en prison. Les juges ont demandé la levée du secret-défense sur les documents DCRI le concernant.

Edité par Yves Clarisse

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  • M1531771 le mercredi 13 juin 2012 à 17:53

    Complot ou pas, ce B â t a r d n'a eu que ce qu'il méritait !