La Thaïlande aux urnes, la paralysie politique menace

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LA THAÏLANDE AUX URNES
LA THAÏLANDE AUX URNES

par Martin Petty et Andrew R.C. Marshall

BANGKOK (Reuters) - Les élections législatives de ce dimanche, en Thaïlande, organisées sous haute sécurité, risquaient de plonger un peu plus encore le pays dans la crise politique qui dure depuis plus de deux mois.

Le Premier ministre, Yingluck Shinawatra, a dissous le Parlement et convoqué ce scrutin anticipé pour tenter de sortir de la contestation.

Mais l'opposition boycotte les urnes et le scrutin s'est déroulé dans un climat lourd: samedi, à la veille du scrutin, sept personnes ont été blessées par des coups de feu et des explosions lors d'affrontements entre pro- et anti-Yingluck dans un quartier du nord de Bangkok, où le scrutin a été annulé.

Dimanche, hormis quelques échauffourées, les opérations de vote se sont déroulées globalement dans le calme. Les bureaux de vote devaient fermer leurs portes à 15h00 locales (08h00 GMT) et aucun résultat n'était attendu ce dimanche.

"La situation générale est calme", a déclaré à Reuters le chef du Conseil national de sécurité, Paradorn Pattanatabutr. "Nous n'avons reçu aucune information relative à des violences ce matin. Les manifestants se réunissent pacifiquement pour montrer leur opposition à cette élection", a-t-il ajouté.

Des centaines de manifestants ont cependant réussi à empêcher la mise en place de dizaines d'urnes en bloquant le District Office de Ratchathewi, dans le centre de la capitale.

"Nous ne paralysons pas l'élection. Nous la reportons", a déclaré l'un des manifestants dans ce quartier.

"Nous avons effectivement besoin d'élections, mais il faut avant cela des réformes", renchérissait un autre manifestant.

Dans le sud du pays, dans la province de Pattani, un attentat à la bombe a tué trois soldats et un responsable de l'organisation des élections mais la police a affirmé que l'attaque, imputée à des rebelles musulmans, n'avait aucun lien avec la crise politique.

Dans le nord et le nord-est de la Thaïlande, les opérations de vote se sont déroulées sans anicroche, selon Paritporn Hongthanithorn, leader des "chemises rouges" - les partisans du gouvernement - à Udon Thani, un bastion de Yingluck Shinawatra.

Les autorités ont annoncé que 130.000 membres des forces de l'ordre devaient être déployés à travers le pays, 12.000 à Bangkok pour assurer la sécurité des élections.

A l'ouverture des bureaux de vote, à 08h00 (01h00 GMT), les forces de l'ordre étaient cependant peu visibles dans le district de Sathorn, dans le centre de la capitale.

L'IMPOSSIBLE QUORUM

Le week-end dernier, les contestataires avaient réussi à perturber très largement le vote anticipé: à Bangkok, les bureaux de vote étaient restés fermés dans 49 des 50 districts de la capitale.

Ce dimanche, il n'y a pas eu de scrutin dans 28 circonscriptions du sud du pays, où aucune candidature n'a pu être enregistrée à temps en raison de blocus mis en place par les contestataires. Des élections partielles ont été reprogrammées d'ores et déjà pour le 23 février, mais le processus pourrait durer en fait de longues semaines dans le sud du pays.

De ce fait, il sera impossible que le Parlement élu dispose du quorum nécessaire à l'investiture d'un Premier ministre - fixé à 95% au moins des 500 députés.

Yingluck devrait dès lors être reconduite à la tête d'un gouvernement chargé d'expédier les affaires courantes.

Mais, estime Thitinan Pongsudhirak, spécialiste de la politique thaïlandaise à l'Université Chulalongkorn de Bangkok, "elle apparaîtra alors de plus en plus faible, à la tête d'un gouvernement intérimaire à l'autorité déclinante, plus vulnérable aussi aux accusations portées contre elle tandis que les blocus dans Bangkok deviendront insupportables".

La commission électorale s'attend à un déluge de plaintes, de contestations et de recours. Le risque existe que les élections soient purement et simplement annulées, comme ce fut le cas en 2006.

L'opposition estime qu'il lui est impossible de remporter des élections sans une profonde réforme préalable du système politique qui, affirment ses chefs de file, assure la victoire du Puea Thai, le parti de Yingluck et de son frère, Thaksin Shinawatra, en exil après avoir été déposé par l'armée en septembre 2006.

Le "système Thaksin" qu'ils dénoncent mêlent corruption et népotisme. Pour y mettre fin, ils proposent la mise en place d'un "conseil du peuple" qui serait chargé de réformer le pays.

La crise politique révèle aussi les déchirures internes de la société thaïlandaise: les classes ouvrières et rurales du nord et du nord-est soutiennent largement le camp Thaksin quand ses opposants recrutent essentiellement leurs soutiens dans les classes moyennes urbanisées et les élites.

Avec Alisa Tang et Panarat Thepgumpanat; Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français

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