La tentation des forces vives de la France de "baisser les bras"

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CRAINTES D'UN DÉCOURAGEMENT DES FORCES VIVES DE LA FRANCE
CRAINTES D'UN DÉCOURAGEMENT DES FORCES VIVES DE LA FRANCE

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La France doit redouter la tentation de ses citoyens les plus actifs de "baisser les bras", autant sinon plus qu'une explosion de colère, estime le président du Conseil économique, social et environnemental (Cese) dans une interview accordée à Reuters.

Jean-Paul Delevoye, qui avait diagnostiqué en 2011 une France psychologiquement fatiguée et au bord du "burn out", lorsqu'il était médiateur de la République, la juge aujourd'hui écoeurée par le comportement de sa classe politique.

C'est cet écoeurement qui s'est manifesté, selon lui, dans les urnes lors des élections européennes De dimanche dernier, qui ont vu le Front national rallier un quart des suffrages et infliger à l'UMP et au Parti socialiste au pouvoir un recul cinglant.

Les révélations sur le système de fausses factures de la société Bygmalion utilisé pour couvrir des dépassements de frais de campagne de Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP lors de la présidentielle de 2012 n'ont fait que l'amplifier.

"Les citoyens ont l'impression que la classe politique les a abandonnés. C'est la raison pour laquelle le vote FN a été, non un vote d'adhésion, mais un vote de rejet d'une classe politique qui ne les écoute plus", analyse Jean-Paul Delevoye.

"Il y a aujourd'hui une attente de projet politique", ajoute l'ex-parlementaire et ministre UMP, qui prédit une "crispation institutionnelle" entre un exécutif inaudible, une majorité au bord de la rupture, une opposition "complètement éclatée" et des élus locaux "en opposition avec l'Etat" en raison de ses projets de réforme des collectivités territoriales.

CHAOS OU RECOMPOSITION ?

Tout cela peut mener vers "un formidable chaos ou une formidable recomposition" estime Jean-Paul Delevoye, pour qui, cependant, le risque est peut-être surtout de décourager les forces vives du pays.

"Il y a un autre risque (...) c'est qu'un certain nombre d'hommes et de femmes qui sont la colonne vertébrale de l'action publique ou économique arrêtent à un moment donné par lassitude de défendre le pays", explique-t-il.

"Je vois un grand nombre d'investisseurs qui se disent 'jusqu'où allons-nous défendre la France' (...), un certain nombre de jeunes qui estiment que leur avenir est en dehors de la France et un grand nombre de fonctionnaires (...) qui aujourd'hui sont fatigués."

Il juge le moment venu pour les dirigeants politiques français de gauche et de droite de sortir des "postures" et "calculs politiciens" pour adopter une culture du compromis sur des sujets comme la fiscalité ou l'énergie.

"Tout espoir n'est pas perdu mais on est à minuit moins deux", fait valoir l'ancien président de l'Association des maires de France.

Il invite François Hollande, dont la popularité est au plus bas, à oublier l'échéance de l'élection présidentielle de 2017.

"Le président de la République doit à mon avis intégrer le fait qu'en 2017 ce sera extrêmement compliqué pour lui", dit Jean-Paul Delevoye. "Est-ce que ce n'est pas une opportunité d'avoir un président de la République qui peut se consacrer uniquement aux décisions intéressantes pour la France ?"

LE CRÉDIT DE MANUEL VALLS

"Aujourd'hui, beaucoup de responsabilités pèsent sur les épaules du Premier ministre (Manuel Valls), qui est un des rares à garder un certain crédit", ajoute-t-il en revanche.

Le président du Cese juge tout aussi rare le "crédit politique" dans l'opposition de droite.

Il doute d'un retour gagnant de Nicolas Sarkozy à la faveur des déboires de l'UMP, de nouveau au bord de l'implosion sous le choc de l'affaire Bygmalion, qui a contraint à la démission son président, Jean-François Copé.

L'ancien chef de l'Etat, estime-t-il, est certes capable de reconquérir la droite mais sans doute pas la France.

Pour lui, le débat sur le retour ou non de Nicolas Sarkozy camoufle avant tout "la lassitude et la colère" des électeurs de droite face aux divisions de l'UMP et à "la faiblesse" de leaders "qui ne portent pas de projet".

Le président du Cese estime enfin que ceux qui jugent aujourd'hui possible l'élection de la présidente du Front nationale, Marine Le Pen, à la présidence de la République en 2017 "jouent à se faire peur."

"Je ne crois pas à la perspective de Mme le Pen présidente de la République en 2017 mais on ne doit absolument pas écarter cette hypothèse pour ne pas se déresponsabiliser et baisser la garde", avertit cependant Jean-Paul Delevoye. "On devrait tous agir comme si c'était possible."

(Edité par Ingrid Melander)

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  • bordo le jeudi 12 juin 2014 à 08:17

    Double peine : nous avons baissé les bras ET nous allons partir. M. Delevoye a parfaitement raison, mais il est déjà trop tard. Tous les enfants de ces "forces vives" (drôle d'expression, y aurait' il donc des "poids morts"?) sont déjà en stage à l'étranger ou travaillent à l'étranger. La France sera bientôt comme une agréable grande Venise, en moins humide (sauf pour le marais poitevin).

  • ccondem1 le mercredi 11 juin 2014 à 09:57

    Idem fbordach. Et sans doute depuis plus longtemps, car ce n'est pas en 2012 que la débandade a commencé ! ;-)

  • ccondem1 le mercredi 11 juin 2014 à 09:55

    Vazy mol.lande, tu vas nous sauver ! ;-)

  • nanard83 le mardi 10 juin 2014 à 20:43

    Des fonctionnaires sont fatigués ......Pas pour la recherche d'un emploi , en tous cas !!!

  • adnstep le mardi 10 juin 2014 à 08:50

    Encore un qui parle beaucoup pour ne rien dire.Allez, un bon geste, Delevoye : démissionne et fait supprimer ton poste, ce sera toujours ça d'économisé.

  • clau0646 le lundi 9 juin 2014 à 18:36

    @janaliz, non ! Juppé dans sont apparence premier de la classe, n'a pas le bon cerveau ! il faut un homme de la société civile, un vrais ! encore faut il le trouver !!

  • JERIKAE2 le vendredi 6 juin 2014 à 08:55

    les francais n ont plus rien a perdre (vu les taxes presentes et a venir), politiques ne vous etonnez donc pas de ce qui advient , ce n est qu un debut,mais la mauvaise foi fait aussi partie de vos arguments

  • fbordach le lundi 2 juin 2014 à 21:41

    C'est fait, je travaille moins, pour gagner moins mais surtout payer moins d'impôts, il n'y a pas de raison que ce soient toujours les mêmes parasites qui profitent du travail des autres!

  • nebraska le lundi 2 juin 2014 à 17:40

    Enfin un politicien qui ouvre les yeux ! Champagne !

  • M2473957 le samedi 31 mai 2014 à 23:55

    A r.espic : moi cest dans un pays de C O N S que jai peur de vivre quand jentends des propos pareils!