La taxe EBE fait hurler les patrons

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Ce nouvel impôt ne concernera que les entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse 50 millions d'euros.

Ils ne décolèrent pas, les patrons, quand on leur parle de la nouvelle taxe sur l'excédent brut d'exploitation (EBE). Et que le gouvernement en abaisse in extremis un peu le taux «à environ 1 %», contre 1,15 % annoncé il y a quinze jours, ne change rien à l'affaire. «Cette fois, les masques tombent. Le gouvernement peut nous raconter tout ce qu'il veut, sur le CICE(crédit d'impôt compétitivité emploi, NDLR), sur la "pause fiscale"..., nous serions bien crétins de bien vouloir encore y croire!» tonne le patron d'un groupe du CAC 40.

Pour les grandes entreprises, la taxe sur l'EBE a fait l'effet d'une douche glacée au sortir de l'été. Le débat s'était engagé sur un postulat: il est plus intelligent de taxer la capacité bénéficiaire que le chiffre d'affaires. D'où l'idée de créer un impôt sur l'EBE et, dans le même temps, de supprimer deux taxes assises sur le volume d'activité, l'IFA (impôt forfaitaire annuel) et la C3S (contribution de solidarité). Prévue depuis 2009, la disparition de l'IFA (500 millions de recettes) aura bien lieu... mais pas celle de la C3S (plus de 5 milliards). Enterrée aussi, la piste d'une baisse du taux d'imposition sur les sociétés. Le dirigeant d'un groupe du CAC 40 sort sa calculette: «Pour les grandes entreprises, le taux d'imposition des bénéfices est en train de franchir la barre des 40 %!»«Vu de l'étranger, l'effet est désastreux», témoigne un patron de banque. Un autre abonde: «La France devient un territoire à éviter. Nous le paierons, collectivement, infiniment cher.»

«Des clowns tragiques»

Chacun imagine déjà le scénario: «On crée un nouvel impôt, on l'installe dans le paysage, et on le fait prospérer!» dit un patron. «Ce sera comme pour la CSG. Elle devait être temporaire et avec taux faible. Elle existe toujours vingt plus tard et n'a cessé d'augmenter», s'emporte Benoist Grossmann, qui dirige Idinvest. Un procès d'intention? «La crédibilité de ce gouvernement vis-à-vis des entrepreneurs est plus basse que jamais. Ce sont des clowns tragiques, dont la politique ajoute l'illisibilité à l'incompétence et au dogmatisme.» On mesure, à ces propos tenus par un dirigeant du CAC 40, le fossé qui sépare désormais les deux mondes. Un autre formule tout de même un espoir: «Que Bruxelles ne se laisse pas berner par ce tour de passe...»

«Moi, je suis quelqu'un de rationnel, confie un industriel du CAC. Je constate que l'insécurité fiscale a encore augmenté dans ce pays, où l'on est capable de créer un impôt nouveau en seulement six semaines. Et ça, ça paralyse l'investissement et l'embauche.» Au moment où s'élaborent les budgets des entreprises pour 2014, celui du gouvernement pèse-t-il sur les décisions? «Je ne peux plus justifier d'investir en France», lâche le dirigeant d'un grand groupe. «Difficile, quand rien n'est stable, ni défini, ni définitif, d'avoir des stratégies durables... Et cela fait quinze mois que cela dure», tempête un autre. «D'autant plus que cet impôt viole les principes préexistants, et en particulier celui de la consolidation, qui permet de compenser les déficits d'une filiale par les bénéfices d'une autre», renchérit un de ses homologues.

Le gouvernement se pique de politique industrielle? «Mais, en taxant l'EBE, on taxe les entreprises qui investissent lourdement. Dans l'automobile, la chimie, les infrastructures, cette taxe va annuler tout le bénéfice de la hausse 2014 du CICE!» gronde un industriel. Plusieurs groupes du CAC 40 estiment déjà qu'il leur en coûtera au moins 100 millions d'euros.

Le nouvel impôt pénalisera en fait surtout les groupes qui consacrent des sommes importantes à l'amortissement de leurs investissements (typiquement dans des outils de production industrielle, mais aussi dans les réseaux télécoms ou de l'énergie), ainsi que ceux qui ont d'importants frais financiers - à l'image des sociétés de concessions par construction fortement endettées - ou provisions pour risques - c'est le cas du secteur bancaire, qui paierait un tribut global de 400 à 500 millions d'euros.

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  • bsdm le vendredi 27 sept 2013 à 16:51

    L'exil des sièges sociaux et les délocalisations d'usines vont s'accélérer Encore un nouvel impôt fou et suicidaire !

  • KAFKA016 le mercredi 25 sept 2013 à 18:09

    60 000 ENTREPRISES ONT DISPARU ENTRE JUIN 2012 ET 2013 , A QUI LE TOUR!

  • glaty le mercredi 25 sept 2013 à 12:26

    ET LES SOCIALISTES S'ETONNENT QUE LES GENS QUI VEULER PARTENT A L'ETRANGER POUR ETRE BIEN MOINS TAXE.QUELLE FOUTAISE CE GOUVERNEMENT AVEUGLE