La taille du secteur bancaire n'est pas en soi un risque

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LA TAILLE DU SECTEUR BANCAIRE N'EST PAS EN SOI UN RISQUE
LA TAILLE DU SECTEUR BANCAIRE N'EST PAS EN SOI UN RISQUE

par Carmel Crimmins et Sinead Cruise

DUBLIN/LONDRES (Reuters) - Malgré les craintes suscitées par la crise financière chypriote, l'ampleur démesurée du secteur bancaire de certains pays de la zone euro, comme Malte ou le Luxembourg, ne constitue pas à elle seule une menace d'instabilité, et c'est surtout la qualité des prêts qui doit être prise en compte.

L'Eurogroupe a validé vendredi l'aide internationale de 10 milliards d'euros accordée à Chypre, qui doit de son côté lever 13 milliards d'euros dont la majorité sera obtenue par la fermeture de Laïki et la restructuration de Bank of Cyprus, respectivement deuxième et première banques du pays.

Le secteur bancaire chypriote représente près de huit fois son produit intérieur brut (PIB), ce qui est plus du double de la moyenne européenne.

Même sans tenir compte des banques internationales installées à Chypre, notamment russes, le total des actifs détenus par les trois principaux établissements du pays est cinq fois plus élevé que l'ensemble de l'économie du pays.

Mais l'origine de la crise est bien à chercher dans la stratégie choisie par les banques chypriotes, qui ont utilisé l'accumulation des dépôts pour miser sur l'économie grecque, ce qui les a considérablement exposées quand l'UE a imposé des pertes sur les obligations souveraines émises par Athènes.

Laïki a presque quadruplé ses provisions pour pertes au troisième trimestre 2012, à 400 millions d'euros, et le taux des créances douteuses de Bank Of Cyprus avait lui atteint 17% en septembre.

Cette exposition excessive à des prêts en défaut est l'un des principaux arguments brandis par les acteurs du secteur et les autorités luxembourgeoises, dont le secteur bancaire représente 22 fois le PIB, pour différencier les situations des deux pays.

"Notre centre financier est bien plus diversifié; il compte 142 banques, qui sont principalement des filiales d'établissements étrangers très importants, avec un ratio de solvabilité supérieur à 15%", explique ainsi Marc Saluzzi, président de l'Association luxembourgeoise des fonds d'investissement.

COMPARAISON FAUSSÉE

En excluant les établissements internationaux, le coeur du système financier luxembourgeois se résume à trois banques, BCEE, contrôlée par l'Etat, BGL BNP Paribas, où le français BNP est majoritaire, et Banque Internationale à Luxembourg (BIL), dont la majorité du capital est détenue par la famille royale du Qatar.

"Nous estimons que ces établissements possèdent un peu moins de 100 milliards d'euros d'avoirs extérieurs, soit 45% du PIB", explique Frank Gill, directeur des notes souveraines européennes chez Standard & Poor's. "Mais ce sont presque entièrement des (...) valeurs mobilières, qui peuvent être immédiatement converties en liquidités."

Après le Luxembourg, Malte possède le deuxième secteur financier de la zone euro rapporté à son économie, à environ huit fois son PIB, mais l'importance des établissements étrangers fausse la comparaison.

Si l'on exclut les acteurs internationaux, en particulier turcs, le secteur bancaire maltais se résume à deux établissements, HSBC Malta, filiale de la première banque européenne, et Bank of Valletta, et leurs actifs représentent moins de 300% du PIB.

L'incertitude créée par le plan d'aide à Chypre, en particulier la mise à contribution des plus gros déposants ("bail-in"), accentue cependant la vulnérabilité des banques maltaises.

"Le principal risque pour Malte, c'est que ses investisseurs étrangers commencent à rapatrier leurs actifs à cause des doutes suscités par le 'bail-in' chypriote", explique Myles Bradshaw, gestionnaire de portefeuille chez Pimco.

"Cela pourrait avoir des conséquences économiques défavorables importantes, qui pourraient à leur tour créer un problème en terme de qualité des actifs des banques locales. Conjugué à une forte récession, cela pourrait forcer Malte à solliciter une aide extérieure."

La majorité des analystes jugent toutefois que la Slovénie sera le prochain pays de la zone euro à demander un plan d'aide, ce qui souligne encore que la taille du secteur bancaire d'un pays n'est pas la meilleure grille de lecture.

En effet, le secteur financier slovène représente seulement 1,4 fois le PIB du pays, bien moins que la moyenne européenne, mais le taux des créances douteuses a atteint l'an dernier 14,4%, et Ljubljana, comme Nicosie, n'a pas assez d'argent pour recapitaliser ses banques.

Julien Dury pour le service français, édité par Marc Angrand

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