La Syrie accusée aux funérailles d'Hassan à Beyrouth

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FUNÉRAILLES DU GÉNÉRAL WISSAM AL HASSAN À BEYROUTH
FUNÉRAILLES DU GÉNÉRAL WISSAM AL HASSAN À BEYROUTH

par Dominic Evans

BEYROUTH (Reuters) - Des milliers de personnes se sont rassemblées dimanche dans le centre de Beyrouth pour assister aux funérailles du général Wissam al Hassan, accusant la Syrie d'être impliquée dans l'attentat qui lui a coûté la vie vendredi et exigeant la démission du Premier ministre libanais Nadjib Mikati.

Le chef des services de renseignement des Forces de sécurité intérieure, qui avait mis au jour en août un complot impliquant un ancien ministre libanais et deux responsables militaires syriens pour déstabiliser le Liban, a été tué dans l'explosion d'une voiture piégée qui a fait huit morts et 80 blessés dans le quartier d'Achrafieh.

L'armée libanaise a déployé des forces dans toute la capitale et les véhicules ne pouvaient plus accéder au centre de la ville, et notamment à la place des Martyrs où Hassan doit être inhumé.

De nombreux Libanais présents faisaient flotter au vent la bannière bleu ciel du Courant du futur, la formation d'opposition à dominante sunnite. D'autres arboraient le drapeau national frappé du cèdre, mais on pouvait voir aussi celui de la rébellion syrienne.

"Dégage Nadjib, dégage!", pouvait-on lire sur une banderole, en écho aux appels à la démission lancés à l'encontre des dirigeants des pays touchés par le Printemps arabe.

"BACHAR RESPONSABLE DE TOUT"

Une partie de la foule place des Martyrs a repris également à son compte les déclarations de certains responsables politiques libanais pointant du doigt la Syrie et son président Bachar al Assad.

"Nous accusons Bachar al Assad, le président syrien. Il est responsable de tout - dans le passé, aujourd'hui, et, si nous ne nous dressons pas contre lui, dans le futur", a déclaré Assmaa Diab, une jeune fille de 14 ans présente sur la place avec sa soeur et son père.

La colère populaire s'adressait également au Premier ministre, accusé d'être trop proche du mouvement chiite pro-iranien Hezbollah et du régime syrien.

Nadjib Mikati a présenté samedi sa démission au président Michel Souleïmane qui lui a demandé de demeurer en fonction pendant quelque temps encore.

"Nous sommes ici pour dire à Mikati que nous n'avons plus besoin de lui et pour dire au Hezbollah que nous ne voulons plus de son petit jeu. Mikati accepte trop de pressions de la part de la Syrie", a estimé Hamza Akhrass, un étudiant de 22 ans venu du Sud-Liban pour les funérailles.

Le cortège funéraire devait partir du quartier général des forces de sécurité intérieure dont Hassan était le chef, puis passer sur les lieux de l'attentat, avant d'arriver à la place des Martyrs.

Le général sera enterré aux côtés de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri lui aussi tué dans un attentat à la voiture piégée sur le front de mer à Beyrouth en 2005.

FABIUS JUGE "PROBABLE" L'IMPLICATION SYRIENNE

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a jugé dimanche "probable" une implication de Damas dans l'attaque perpétrée vendredi.

"On ne sait pas encore exactement qui est derrière, mais tout indique que c'est le prolongement de la tragédie syrienne", a dit Fabius. "Je pense que c'est un prolongement de ce qui se passe en Syrie, ce qui rend encore plus nécessaire le départ de Bachar al Assad."

De son côté, Samir Geagea, leader politique chrétien opposé à Bachar al Assad, a souhaité la suspension de tous les accords militaires et de sécurité avec la Syrie et l'expulsion de l'ambassadeur syrien à Beyrouth.

"La situation est fragile", a commenté un diplomate occidental redoutant un retour de l'instabilité dans le pays et rappelant que la mort de Rafic Hariri avait été suivie par une vague d'assassinats.

"Je ne sais pas s'il s'agit de la première d'une série d'attaques, mais l'histoire suggère que cela peut être le cas", a-t-il ajouté.

Des membres de la communauté sunnite ont manifesté vendredi soir et samedi dans plusieurs villes du pays, brûlant des pneus dans le centre de Beyrouth et dans la ville portuaire de Tripoli, où quatre personnes ont été blessées par des tirs isolés dans le quartier alaouite de Djebel Mohsen.

Le reste de la capitale est demeuré calme au cours de la nuit, les habitants redoutant de nouvelles violences alors que des soldats circulant en jeep patrouillaient dans les rues.

Les quartiers d'Hamra et Gemmaizeh, réputés pour leur activité nocturne, sont demeurés calmes aussi, de nombreux restaurants ayant fermé.

Pierre Sérisier et Pascal Liétout pour le service français

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