La succession chez Thales à nouveau bloquée

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LA SUCCESSION CHEZ THALES À NOUVEAU BLOQUÉE
LA SUCCESSION CHEZ THALES À NOUVEAU BLOQUÉE

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Le processus de succession à la tête de Thales est à nouveau bloqué, un désaccord entre l'Etat et Dassault Aviation sur la composition du conseil d'administration menaçant le choix d'un tandem pour remplacer le PDG sortant, a-t-on appris lundi de sources proches du dossier.

Le conseil d'administration qui était prévu à 18h00 et désormais reporté sine die devait introniser un duo constitué de l'ex-patron d'EDF Henri Proglio comme président non exécutif et de l'actuel numéro deux de Thales, Patrice Caine, au poste de directeur général, selon ces sources.

Le principal point d'achoppement tient à cette modification de la gouvernance de l'équipementier d'aérospatiale et de défense révélée le mois dernier par Reuters.

"C'est le flou total, ça évolue de minute en minute", dit une source proche du dossier. "D'une certaine façon, le fait qu'il y ait une discussion sur ce point précis fait que nous repartons de zéro".

"Il n'y a pas de discussion sur le choix d'Henri Proglio en tant que tel mais le problème de composition du conseil d'administration pourrait remettre en question sa nomination et par ricochet celle de Patrice Caine", ajoute-t-on.

DASSAULT REFUSE DE PERDRE UN ADMINISTRATEUR

Un choix avant Noël paraît désormais hautement improbable et il faudra donc probablement attendre janvier, ont précisé les sources, plus deux de mois après la nomination le 15 octobre de Jean-Bernard Lévy chez EDF à la surprise générale, y compris celle de Dassault.

L'Etat et Dassault Aviation, qui détiennent respectivement 26,4% et 25,3% de Thales, sont liés par un pacte d'actionnaires qui court au moins jusqu'au 31 décembre 2016.

"Le pacte d'actionnaires peut vaciller si les deux parties n'arrivent pas à se mettre d'accord, même si c'est un scénario noir encore prématuré", disent deux sources proches du dossier.

Ni Thales, ni Bercy n'ont souhaité faire de commentaire, tandis que Dassault n'était pas disponible dans l'immédiat.

La nomination du ticket Proglio-Caine à la tête de Thales nécessite en préalable une modification du conseil d'administration.

Pour Patrice Caine, la situation est simple : il prendrait le siège du secrétaire général Philippe Logak, nommé fin novembre PDG par intérim pour éviter une vacance du pouvoir lors de la prise de fonction de Jean-Bernard Lévy chez EDF.

C'est sur l'entrée au conseil de Thales d'Henri Proglio, réputé proche de la famille Dassault, que se cristalliseraient les tensions.

L'Etat souhaite que Dassault renonce à l'un de ses administrateurs, mais le groupe industriel refuse car la perte d'un de ses quatre sièges au conseil le placerait en déséquilibre face à l'Etat qui en conserverait cinq, a précisé l'une de ces sources.

Le conseil de Thales comporte au total 16 membres.

Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, est directement à la manoeuvre pour l'Etat dans ce dossier épineux, les deux actionnaires ayant déjà eu du mal à se mettre d'accord fin 2012 sur la succession de Luc Vigneron, le prédécesseur de Jean-Bernard Lévy, avant de déboucher sur un consensus juste avant Noël.

L'autre équipementier français d'aérospatiale et de défense, Safran, a, lui, pris les devants en nommant début décembre un tandem choisi en interne pour succéder au PDG Jean-Paul Herteman dont le mandat s'achève fin avril 2015.

(Avec Jean-Baptiste Vey et Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Jean-Michel Bélot)

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