La stratégie nucléaire de GDF Suez au révélateur de la Belgique

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par Benjamin Mallet et Caroline Jacobs

PARIS (Reuters) - GDF Suez va probablement revoir à la baisse ses ambitions dans le nucléaire, même s'il obtient cet été une prolongation de la durée de vie de ses réacteurs en Belgique, qui constituent sa vitrine dans le secteur.

Le groupe français, qui n'a pas réussi à obtenir l'exploitation d'une centrale nucléaire en France, pourrait participer à des projets au Moyen-Orient, notent des analystes. Mais l'impact politique de la catastrophe de Fukushima et la crise qui complique les montages financiers l'incitent de plus en plus à la prudence.

En Belgique, le gouvernement présentera d'ici à la fin juillet un plan d'équipement en nouvelles capacités de production pour accompagner sa décision de sortir du nucléaire d'ici à 2025.

Pour GDF Suez, qui devrait annoncer les contours de sa nouvelle stratégie une fois ces projets connus, l'enjeu consiste d'abord à négocier la prolongation pour dix ans de la durée de vie de trois de ses sept réacteurs belges, les plus vieux, dont la fermeture pourrait intervenir en 2015.

Ses sept réacteurs, répartis dans deux centrales, sont d'autant plus essentiels pour GDF Suez qu'ils sont les seuls dont il assure l'exploitation via sa filiale belge Electrabel.

"La décision belge est importante pour GDF Suez (...). Si vous ne disposez pas d'une base nucléaire existante, il est probable que vous ne serez pas vu comme un opérateur ou un investisseur crédible dans cette technologie à l'étranger", juge Fabien Roques, responsable des recherches sur l'électricité en Europe au sein du cabinet de consultants IHS.

POSITION DE FORCE

L'ensemble des réacteurs nucléaires belges a représenté environ 8,5% de l'Ebitda de GDF Suez en 2011 avec une contribution que les analystes de Credit Suisse évaluent à environ 1,4 milliard d'euros.

GDF Suez doit cependant faire face à une pression croissante de la part de l'Etat belge, qui lui a imposé en 2010 et 2011 une taxe de 212 millions d'euros qu'il prévoit de porter à 550 millions cette année pour les producteurs d'énergie nucléaire.

Selon plusieurs analystes, la société semble toutefois en position de force pour négocier dans la mesure où la sécurité d'approvisionnement de la Belgique pourrait être menacée dès 2015 en cas de fermeture effective des trois réacteurs les plus anciens d'Electrabel.

"GDF Suez pourrait être plus important pour la Belgique que la Belgique ne l'est pour GDF Suez", estime Vincent de Blic, analyste chez JP Morgan.

Un analyste basé à Paris juge quant à lui qu'un compromis acceptable "consisterait à fermer deux réacteurs, ce qui serait en accord avec une sortie progressive du nucléaire, et à prolonger la durée de vie des unités récentes".

"PAS FORCÉMENT LE NUCLÉAIRE"

Un porte-parole de GDF Suez explique que "la question de la visibilité à long terme sur les aspects économiques et réglementaires est une composante essentielle pour arrêter sa stratégie".

Le groupe a jusqu'ici souhaité maintenir à long terme la place actuelle du nucléaire dans son mix de production, avec une cible de 10% à l'horizon 2030.

Il a en outre privilégié ces dernières années la nouvelle génération de réacteurs, les partenariats et les environnements économiques les plus sécurisés, ciblant en priorité la France, le Royaume-Uni, la Pologne, le Brésil et les États-Unis.

"Aujourd'hui, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, et même en Chine, la construction des nouvelles centrales nucléaires se heurte à des difficultés de plus en plus grandes, avec notamment le problème du financement qui est lié au risques spécifiques du nucléaire", souligne cependant Jean-Marie Chevalier, professeur à l'université Paris-Dauphine spécialisé dans les questions énergétiques.

"Si j'étais GDF Suez, ce n'est pas sur le nucléaire que je miserais."

Selon un analyste basé à Londres, GDF Suez a encore toutefois la possibilité de participer à de nouveaux projets nucléaires au Moyen-Orient, mais lui aussi estime que la société devra protéger sa "vitrine" en Belgique pour y parvenir.

Un autre analyste, basé à Paris, estime de son côté que le rachat d'International Power place de fait le nucléaire au second plan dans la stratégie du groupe.

"GDF Suez va se focaliser sur les pays émergents, notamment en Amérique latine, mais plutôt dans le gaz et les renouvelables et pas forcément dans le nucléaire. Je ne pense pas que le groupe ait une stratégie forte de développement dans le nucléaire, au moins sur le court terme", dit-il.

LE DEUIL DES AMBITIONS EN FRANCE ?

GDF Suez semble notamment avoir fait le deuil de ses ambitions en France, où il a été relégué au rang de simple investisseur dans le projet de réacteur de Penly - d'ailleurs suspendu depuis - avant d'en sortir complètement, et où sa demande de construction d'une nouvelle centrale dans la vallée du Rhône est restée lettre morte.

Les projets du nouveau gouvernement, qui veut réduire la part du nucléaire dans le mix de production, limitent d'autant plus ses perspectives dans le pays.

Quant au Royaume-Uni, la mise en place d'un cadre réglementaire s'y annonce longue, et GDF Suez a indiqué qu'il ne prendrait pas de décision avant 2015, dans le cadre du projet de nouvelle centrale nucléaire examiné par sa coentreprise NuGen, qu'il détient avec Iberdrola.

Edité par Dominique Rodriguez

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