La stratégie d'enracinement du FN dans le sud de la France

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La stratégie d'enracinement du FN dans le sud de la France
La stratégie d'enracinement du FN dans le sud de la France

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) - Dédiabolisation imposée par Marine Le Pen, rajeunissement des cadres et ouverture vers des personnalités: le Front national a adopté une stratégie multiforme pour s'enraciner dans les territoires en crise, notamment dans le sud de la France.

Le parti d'extrême droite s'est attaché à élargir le socle de son électorat dans des zones fragilisées où il a réalisé ses meilleurs scores aux élections présidentielle et législatives.

"La dédiabolisation est en route", résume Thibaut de la Tocnaye, candidat FN dans le Vaucluse.

Dans ce coin du sud de la France, Marine Le Pen a obtenu son meilleur score à l'élection présidentielle (31,5%), une performance encore améliorée par sa nièce Marion, qui a bouclé en tête le premier tour du scrutin législatif (34,63%).

Marion Maréchal-Le Pen reste la figure la plus emblématique de cette nouvelle génération frontiste, dont l'image se démarque de celle du parti d'extrême droite à la réputation sulfureuse, essentiellement bâtie sur la personnalité de son grand-père.

"Etre jeune et être femme renvoie une image moins dure", convient-elle.

La "fillette", comme la surnomme son adversaire UMP Jean-Michel Ferrand, a pourtant devancé dans les urnes l'homme aux six mandats de député. Le maintien de la socialiste Catherine Arkilovitch, contre l'avis de sa direction nationale, lui entrouvre les portes d'une Assemblée nationale qu'elle pourrait définitivement pousser dimanche à l'issue d'une triangulaire qui se présente favorablement pour elle.

"Je suis dans une démarche d'implantation à long terme", prévient l'étudiante en droit de 22 ans. "Je tiens à conserver la dynamique de cette campagne pour m'enraciner durablement dans le Vaucluse."

Dans le département voisin du Gard, le Front national poursuit les mêmes visées, mais avec d'autres moyens.

LES LIGNES BOUGENT

En Camargue, il expérimente le principe de l'ouverture. Sur ce territoire en souffrance, Marine Le Pen a demandé à l'avocat Gilbert Collard de battre une campagne où l'ancrage du vote extrémiste est déjà ancien.

Une démarche qui n'a pas pour l'instant suscité l'adhésion d'autres personnalités, mais qui fonctionne sur le terrain.

Le ténor du barreau marseillais, résidant depuis une douzaine d'années dans le Gard, y a réalisé l'un des meilleurs scores du FN avec 34,57% des suffrages au premier tour du scrutin législatif, même si le maintien du candidat UMP arrivé troisième rend le résultat de la triangulaire incertain.

Autre territoire, autre stratégie de conquête à Marseille où le Front national mise davantage sur le rajeunissement.

Dans la deuxième ville de France, où Marine Le Pen a réalisé plus de 21% des voix sur l'ensemble de la ville lors de la présidentielle, le parti d'extrême droite avait ainsi choisi d'investir des candidats pour la plupart inconnus du grand public lors des élections cantonales du mois de mars 2011.

Rapidement, ces derniers se sont démarqués de leurs aînés, qui sont nés et ont grandi avec les déchirures de l'Histoire.

"A l'image de Marine, cette nouvelle génération n'a pas vécu les mêmes choses que Jean-Marie Le Pen", affirme Stéphane Ravier, opposé en duel au second tour du scrutin législatif dimanche dans les quartiers nord de Marseille à Sylvie Andrieux, la députée sortante déchue de son investiture par le PS en raison de ses démêlées avec la justice.

"Cette pédagogie, qui fait que nous sommes mieux entendus et mieux perçus, est aussi en train de faire bouger les lignes entre les états-majors politiques parisiens et les cadres de terrain", se félicite le candidat frontiste.

Pour lui, le Front national est clairement entré dans une stratégie de longue haleine destinée à s'enraciner durablement, "à Marseille comme partout ailleurs".

S'il reconnaît que la meilleure école reste celle de la rue, il évoque aussi l'existence de "formations de plus en plus pointues" pour les cadres et les futurs candidats du parti.

"Durant l'année plus calme qui s'annonce, ces formations seront renforcées et développées. Elles découlent d'une volonté de montrer aux Français que nous sommes tout à fait capables de gouverner, tant au niveau local qu'au niveau national", conclut le cadre frontiste.

Edité par Yves Clarisse

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  • aacdoux le jeudi 14 juin 2012 à 14:03

    Jean-François devrait venir vivre dans notre région...visiter nos prisons et constater du bon sens (peut être pas dans le sens de l'histoire de la "poucette", comme dit notre philosophe/fonctionnaire Michel Serre) des Provençaux et ses sens court-circuiteraient son cerveau. A moins qu'il ne soit pas fait de chair et d'os.