La saga de l'UMP masque les manquements de la majorité

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par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Le conflit à l'UMP fait verser des larmes de crocodile à la majorité socialiste, consciente des avantages de voir ainsi masqués les affres de l'envolée du chômage, les doutes sur le mariage homosexuel ou l'avenir de la sidérurgie française.

Relayée en direct par les chaînes d'information continue, la bataille à rebondissements entre Jean-François Copé et François Fillon pour la présidence de l'UMP a mis en sourdine une actualité particulièrement délicate pour le gouvernement.

"La couverture médiatique fait passer au second plan des sujets qui pourraient avoir un écho important dans l'opinion comme le chômage ou le débat sur Florange, important pour l'imaginaire collectif et qui correspond à une promesse de François Hollande", analyse Jérôme Fourquet, de l'Ifop. "La majorité en bénéficie".

Le réveil de François Fillon, mercredi 21 novembre, pour contester les résultats du vote dans son parti a éteint la polémique née des propos de François Hollande invoquant "la liberté de conscience" des maires hostiles au mariage des homosexuels.

Relativement étouffée, elle aussi, la contestation entourant la construction de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes chère au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, pomme de discorde avec les élus écologistes.

Le "noeud de vipères" à l'UMP, selon l'expression du chef du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux, a aussi limité l'impact des critiques sur l'envolée du chômage, au plus haut depuis 1998, ou les déclarations intempestives du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, sur ArcelorMittal, propriétaire du site sidérurgique de Florange.

Au bout d'une dizaine de jours toutefois, les formules viennent à manquer pour qualifier la guerre à la tête du premier parti d'opposition de France.

"Cette crise ne va pas durer éternellement et la fenêtre d'opportunité pour le PS ne saurait rester ouverte bien longtemps", prédit Jérôme Fourquet.

SURENCHÈRE

Le politologue évoque aussi une possible "surenchère" entre les caciques de l'UMP pour s'attirer les faveurs "d'une opposition de droite très remontée contre la majorité".

Pour l'heure, les socialistes rivalisent d'ingéniosité pour qualifier les malheurs du camp adverse en se gardant toutefois de tout triomphalisme, brandissant tantôt la défense de la démocratie, tantôt l'image des politiques, voire le spectre de l'extrême droite.

Mercredi, après le conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, jugeait "affligeant, préoccupant pour la démocratie" une crise à même de rompre le "lien de confiance pourtant indispensable à renouer entre les Français et la politique".

Bruno Le Roux s'est fait jeudi plus cinglant. "On voit bien que les enjeux de pouvoir, la préparation des prochaines échéances rendent fou mais quand elles rendent fou à ce point !", a-t-il lancé lors de son point de presse hebdomadaire.

Le feuilleton inspire même les artistes, tel le producteur Luc Besson évoquant "la comédie la plus drôle de l'année". "Ils sont en saison 2 et ne vont pas tarder à faire la saison 3", s'amuse dans Le Parisien le réalisateur du "Grand Bleu".

Le sujet est omniprésent dans les propos des responsables reçus à l'Elysée dans le cadre des consultations liées aux conclusions de la mission Jospin sur les institutions.

"C'est vrai que c'est désolant", a ainsi commenté le président du Sénat, le socialiste Jean-Pierre Bel à propos d'"une coupure" à l'UMP entre "ceux qui sont dans la course à l'échalote avec le Front national, et ceux qui sont plus attachés au principes républicain".

A la question de savoir si François Hollande s'était montré "amusé" ou "inquiet" de cette situation, Jean-Pierre Bel a répondu : "Ni amusé, ni inquiet, il constate".

A l'Elysée, on limite au maximum les commentaires, tout en laissant toutefois entendre que "c'est le moment d'avancer plus vite" dans les réformes.

Avec Julien Ponthus et Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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