La Russie resserre son étreinte sur la Crimée

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LA RUSSIE RENFORCE SON EMPRISE SUR LA CRIMÉE
LA RUSSIE RENFORCE SON EMPRISE SUR LA CRIMÉE

par Lidia Kelly et Alissa de Carbonnel

MOSCOU/PEREVALNE Ukraine (Reuters) - La Russie a encore resserré lundi son étreinte sur la Crimée, région autonome d'Ukraine que ses forces contrôlent depuis le week-end mais que le nouveau gouvernement pro-occidental de Kiev s'est engagé à ne jamais abandonner.

Malgré les bruits de bottes et les rumeurs de partition, le ton reste toutefois à la recherche d'une solution diplomatique à la crise qui a entraîné la chute du président Viktor Ianoukovitch le mois dernier.

La Russie a demandé lundi en fin de journée une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette réunion devait débuter à 15h30 heure locale (20h30 GMT). Le Conseil s'est déjà réuni vendredi et samedi mais n'a pris aucune décision.

Les menaces de rétorsions internationales contre Moscou ont eu leurs premières conséquences sur le plan financier. La Bourse de Moscou a chuté de près de 11% et les sociétés russes ont perdu en valeur près de 60 milliards de dollars. La Banque centrale russe a puisé dix milliards de dollars dans ses réserves pour soutenir le rouble qui a perdu 2,5%.

L'action du groupe Gazprom, monopole d'Etat russe qui fournit l'Europe occidentale en gaz, a perdu 14%.

Pour le vice-ministre russe de l'Economie Andreï Klepatch, toutefois, cette "hystérie" des marchés devrait vite se calmer.

Les forces russes basées à Sébastopol, aidées par des unités venues de Russie, ont pris durant le week-end le contrôle des points stratégiques de Crimée, République autonome d'Ukraine où les Russes de souche sont majoritaires et qui voit d'un mauvais oeil le pouvoir issu de l'insurrection à Kiev.

Le président ukrainien par intérim, Oleksander Tourtchinov, a affirmé que la présence militaire russe continuait de s'accroître dans la région et a exhorté Moscou à mettre un terme à son "agression".

DES SOLDATS RUSSES TRAVERSENT LE DÉTROIT DE KERTCH

La Flotte de la mer Noire a démenti avoir lancé un ultimatum aux forces ukrainiennes de Crimée, comme l'avait affirmé auparavant une source proche du ministère de la Défense à Kiev.

Les gardes-frontières ukrainiens ont cependant affirmé dans la soirée que des soldats russes avaient traversé en ferry le détroit de Kertch, qui entre la mer Noire et la mer d'Azov sépare la Fédération de Russie de la péninsule de Crimée.

Les forces ukrainiennes avaient fait état dans la journée d'une concentration de blindés près du port de Taman, du côté russe du détroit, puis des hommes armés auraient pris le contrôle du terminal des ferries côté ukrainien.

Kiev a également signalé des mouvements de navires de guerre russes autour du port de Sébastopol, qui abrite une partie de la Flotte de la mer Noire. A Perevalne, entre Simféropol, capitale de la Crimée, et la mer Noire, des soldats russes encerclent deux bases de l'armée ukrainienne.

Dans l'est de l'Ukraine, autre région russophone, des partisans du Kremlin, agitant le drapeau tricolore de la Fédération russe, ont pris en partie le contrôle du gouvernement régional à Donetsk, fief de Viktor Ianoukovitch, en scandant "Poutine, viens !".

Au même moment, le président russe Vladimir Poutine assistait à la dernière journée de manoeuvres militaires organisées dans le nord-ouest de la Russie. Le maître du Kremlin avait ordonné la tenue de ces manoeuvres le 26 février pour vérifier les capacités opérationnelles des forces russes du Centre et de l'Ouest.

Le gouvernement de Kiev a rappelé dimanche les réservistes, quand le Kremlin a obtenu du Parlement russe l'autorisation d'intervenir si nécessaire en Ukraine, une mesure que le nouveau Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk considère comme une "déclaration de guerre".

INTERVENTION RUSSE "PAS NÉCESSAIRE POUR LE MOMENT"

Sergueï Narichkine, président de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, a toutefois assuré lundi qu'il n'était "pas nécessaire pour le moment" d'envoyer l'armée en Ukraine.

Sur le plan diplomatique, sur fond de contacts intensifs, appels au calme et menaces de représailles se succèdent de part et d'autre.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération (OSCE) cherche à mettre sur pied un groupe de contact international pour tenter de régler la crise. La chancelière allemande Angela Merkel aurait convaincu Vladimir Poutine d'accepter cette idée.

Réunis à Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères se sont entendus pour envisager de prendre des "mesures ciblées" à l'encontre de la Russie si elle refuse de désamorcer la crise ukrainienne. Parmi ces mesures figure une possible suspension des pourparlers avec Moscou sur les questions relatives aux visas.

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev et le vice-président américain Joe Biden ont eu un entretien téléphonique. Le chef du gouvernement russe a jugé "nécessaire de protéger tous les citoyens ukrainiens, y compris ceux de Crimée, et les citoyens russes installés en Ukraine".

A Washington, le président Barack Obama a estimé que la Russie était dans cette crise du "mauvais côté de l'histoire" et a précisé que son gouvernement examinait une série de sanctions économiques et diplomatiques visant à isoler Moscou.

La Pologne a obtenu une réunion d'urgence de l'Otan mardi à Bruxelles, qui sera la deuxième en trois jours.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a appelé les Occidentaux à laisser de côté leurs "calculs géopolitiques" et à penser avant tout au peuple ukrainien.

(Guy Kerivel pour le service français)

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  • Haroun75 le lundi 3 mar 2014 à 23:31

    Qui veut aller habiter en Russie ? Qui utilise des produits "Made in Russia" ? Qui surf, cherche, ou ouvre un compte de trading avec des outils russes ? Qui s'abreuve et abreuve ses proches de films, séries, films d'animation .. etc.. russes ? Les dictateurs et la misère sont à l'Est et les pro-Russe sont à l'Ouest !

  • ZvR le lundi 3 mar 2014 à 20:20

    Le problème c'esr que les russes sont soutenus par les chinois, qui n'oublient pas que ceux qui mettent le bazar en Ukraine sont les mêmes qui ont organisé les guerres de l'opium chez eux; accessoirement les mêmes qui ont financé et organisé la révolution Bolchévique et beaucoup d'autres festivités du même style à travers le monde.....

  • ZvR le lundi 3 mar 2014 à 20:16

    Ben les "occidentaux" tels que Fabius Bhl et les néocons américains, souhaitent dépecer la russie qui recommence à devenir ennuyeuse et leur met des bâtons dans les roue notamment en Syrie et en iran dont ils n'ont pas pu s'emparer; du coup contre offensive sur l'ukraine qui est une attaque directe contre la russie toujours en employant leurs moyens favoris subversion terrorisme coup d'état. Ca ne veut pas dire que le gouvernement ukrainien n'était pas corrompu, ce n'est pas l'enjeu.

  • M8951316 le lundi 3 mar 2014 à 18:59

    envoyons BHL et Fabius en première ligne !!

  • nono67 le lundi 3 mar 2014 à 18:59

    La démocratie ne s'exprime que par les urnes, 'est ce qu'on ne cesse de répéter au monde entier depuis 50 ans . Et là on reconnait un pouvoir issu d'un coup d'état dans un pays démocratique ? Lavrov a mille fois raison dans ses commentaires . On ne sortira pas grandi en europe d'avoir suivi la politique américaine .

  • j.tavern le lundi 3 mar 2014 à 18:56

    La Crimée doit décider par référendum de son nouveau destin = payer des impôts à l'Ukraine ou la Russie. Dans les 2 cas même c la même chose alors l'UE ferait mieux de s'occuper d'abord chez elle du chômage et la pauvreté corollaire de ses politiques (Allemande) austérité et précarité pour les + faibles dans la zone euro .

  • nono67 le lundi 3 mar 2014 à 18:55

    Pour une fois, les russes n'ont pas tort . L'occident ne peut pas accepter qu'un président élu démocratiquement soit renversé par des manifestants , aussi nombreux sont ils , de la capitale. Si le mouvement avait été général dans le pays , cela aurait peut etre été plus acceptable . Les pays occidentaux ( fafa en tête ) se sont mobilisé pour générer un plan de sortie de crise avec des elections anticipées et dès le lendemain avec la prise du pouvoir par la rue, ils n'en parlaient plus.

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