La Russie renonce de fait à soutenir le rouble

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par Jason Bush et Alexander Winning MOSCOU, 5 novembre (Reuters) - La Banque centrale de Russie a de fait abandonné mercredi la bande de fluctuation du rouble en annonçant la fin de ses interventions quotidiennes massives pour soutenir une monnaie tirée vers le bas par les sanctions occidentales et la chute des cours du pétrole. L'institution a déclaré qu'elle limiterait désormais ses interventions à 350 millions de dollars par jour si le rouble sortait de sa bande, en soulignant que le taux de change serait désormais largement fixé par le marché. Elle n'est toutefois pas allée jusqu'à abolir officiellement la bande de fluctuation. Le rouble, qui a déjà perdu quasiment un quart de sa valeur depuis le milieu de l'année, a rapidement reculé après cette annonce. Il a atteint un plus bas historique face au dollar, à 45,02 pour un dollar, avant de se reprendre légèrement à 44,82 à 15h10 GMT, soit tout de même une baisse de 2,8% sur la journée. La baisse des cours du pétrole et les sanctions occidentales imposées en raison de la crise en Ukraine ont asséché les exportations russes et les rentrées de capitaux, un double mouvement qui a affaibli le rouble. La Russie avait déjà annoncé officiellement son intention de laisser flotter sa monnaie à partir de la fin de 2014 mais la dégradation de ses finances semble l'avoir contrainte à précipiter le mouvement. Elle dispose toujours d'environ 440 milliards de dollars de réserves de changes après en avoir dépensé quelque 70 milliards cette année. Ne sachant pas combien de temps elle devra subir les contraintes extérieures actuelles, elle paraît maintenant soucieuse de ne plus puiser dans ses réserves avec le même rythme effréné que ces dernières semaines. La Russie a ainsi déboursé 29 milliards de dollars le mois dernier, parfois au rythme d'environ 2,5 milliards par jour. QUELLES CONSÉQUENCES POUR POUTINE? Un effondrement du rouble pourrait avoir des répercussions politiques pour le président Vladimir Poutine, qui demeure fortement populaire après 14 années au pouvoir. La stabilité de la monnaie jusque cette année a même été l'une de ses principales réalisations dans un pays marqué par l'hyperinflation et la dégringolade du rouble dans les années 1990, après l'effondrement de l'Union soviétique. Des économistes considèrent que, si elle n'est pas officiellement abandonnée, la bande de fluctuation du rouble n'a désormais plus de sens. "C'est un mouvement de fait vers un taux de change flottant à partir de maintenant", déclare Vladimir Ossakovski, chef économiste pour la Russie de Bank of America Merrill Lynch. Economiste chez ING, Dmitri Polevoï abonde dans ce sens: "En agissant ainsi, la banque centrale fait perdre à la bande actuelle quasiment toute pertinence pour la dynamique de taux de change du rouble." "Clairement, l'idée, c'est que la limite supérieure de la bande n'est plus le plafond du taux de change, donc en réalité il peut évoluer librement et dès lors il est flexible", ajoute-t-il. Nombre d'économistes sont favorables à un taux de change flexible pour le rouble, en jugeant que cela préservera la Russie des chocs extérieurs tels qu'une baisse des cours du pétrole, principale source de revenus à l'exportation du pays. En ralentissant artificiellement la chute du rouble, les interventions massives de la banque centrale ont en outre encouragé la spéculation contre la monnaie russe, jugent les détracteurs de cette politique. "C'est un pas dans la bonne direction", écrit dans une note Neil Sharing, chef économiste pour les marchés émergents chez Capital Economics. "Le rouble risque de continuer à s'affaiblir dans les prochains jours mais devrait trouver un niveau plancher plus rapidement que cela n'aurait été le cas avec l'ancien système." (Avec Darya Korsunskaya et Sujata Rao à Londres; Bertrand Boucey pour le service français, édité par Véronique Tison)

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  • M6194462 le mercredi 5 nov 2014 à 17:41

    Poutine s'en tape, il ponctionne directement des $$ sur les paiements de gaz et de pétrole.