La Russie met fin à l'encadrement du rouble

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* Le rouble va pouvoir flotter librement * La banque centrale interviendra pour combattre la spéculation * Elle a abaissé ses prévisions économiques par Elena Fabrichnaya et Jason Bush et Lidia Kelly MOSCOU, 10 novembre (Reuters) - La banque centrale russe a annoncé lundi renoncer à encadrer les fluctuations du rouble et dit s'attendre à trois ans de stagnation économique sur fond de tensions en Ukraine et de baisse des cours du pétrole. L'abandon de l'encadrement de la monnaie nationale était prévisible après la décision mercredi dernier des autorités monétaires de limiter leurs interventions sur le marché des changes destinées à freiner la baisse de la devise. Le rouble a perdu plus de 8% face au dollar la semaine dernière et près de 30% depuis le début de l'année, conséquence de la chute du prix du baril et des sanctions occidentales censées punir Moscou pour son rôle en Ukraine, qui ont favorisé les sorties de capitaux et freiné les investissements. La devise regagnait plus de 2,7% face au dollar RUBUTSTN=MCX et 2,3% face à l'euro EURRUBBTN=MCX , la banque centrale ayant promis d'intervenir systématiquement pour punir les spéculateurs si elle percevait une menace pour la stabilité financière. Jusqu'à présent, Moscou laissait le rouble flotter dans une fourchette de neuf roubles face à un panier mêlant dollar et euro RUS=MCX . La banque centrale avait déjà de fait abandonné sa bande de fluctuation la semaine dernière en annonçant limiter ses interventions quotidiennes à 350 millions de dollars. ID:nL6N0SV52T Elvira Nabioullina, son gouverneur, a également annoncé lundi que la Banque de Russie limiterait temporairement l'apport de liquidités en rouble aux banques russes en raison de ce qu'elle a qualifié d'opérations spéculatives contre la monnaie. L'HORIZON ÉCONOMIQUE S'ASSOMBRIT Par ailleurs, la banque centrale a annoncé qu'elle s'attendait à une croissance de 0,3% seulement cette année, nulle en 2015 et de 0,1% en 2016, avant un rebond de 1,6% en 2017. Ces chiffres s'appuient sur l'hypothèse d'un maintien des sanctions contre la Russie jusqu'à fin 2017 et d'un rebond modeste du cours du baril à 95 dollars l'an prochain, avant une nouvelle baisse. "Le pétrole à 95 (dollars) est peut-être optimiste mais l'hypothèse de sanctions en vigueur jusqu'en 2017 semble très réaliste et sous-entend que la Russie a choisi la planification à long terme", a commenté Tim Ash, analyste de Standard Bank. Le scénario de base de l'institut d'émission prévoit une baisse de 3,1% des investissements l'an prochain, avec une inflation de 6,2% à 6,4% d'ici la fin de l'année, supérieure à son objectif de 4,5%. La banque centrale a en outre revu en hausse ses prévisions de sorties nettes de capitaux, à 128 milliards de dollars (103 milliards d'euros) pour cette année et 99 milliards pour 2015. Si la santé de l'économie se dégrade, cela n'affecte pas la popularité des dirigeants du pays: la proportion de Russes approuvant l'action du président Vladimir Poutine a même atteint un record à 88% selon l'institut de sondages Levada Center. "L'opinion publique pense que ces difficultés économiques sont le fait des ennemis étrangers de la Russie", explique Christopher Granville, directeur exécutif de Trusted Sources, un cabinet de conseil londonien spécialisé dans les pays émergents. (avec Alexander Winning, Juliette Rouillon et Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison)

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